Août-septembre 2002 ... Tremblement de terre à Indianapolis ... Séisme médiatisé dans une Amérique se préparant à affronter le premier anniversaire du 11 septembre ... Blessure d'orgueil pour un pays sûr de sa dominance dans tous les domaines. A l'heure de la punition annoncée sur "l'Axe du Mal". Tellurisme télévisé de grande magnitude sur l'échelle des valeurs américaines. Piqûre de rappel. Répliques à attendre. Et pas seulement dans le domaine du sport. Tout cela dans un même événement. Et pour un match de basket. Significatif et signifiant.
Sous les sifflets d'une bonne partie du public et des applaudissements adressés à l'équipe adverse, les joueurs américains quittèrent le terrain. Tête basse. Crispés et abattus. Sans un sourire. Sans un regard pour les équipiers. Sans taper dans la main des vainqueurs. Comme le veut la tradition. Défaits à domicile (80-87), humiliés sur leur "parquet" par une fantastique équipe argentine. Lors d'un Championnat du monde organisé dans la ville la plus "basket" des Etats-Unis. Et il n'y avait rien à redire sur cette victoire méritée des Pumas argentins. Quelques jours plus tard, la République yougoslave (78-81) en quarts de finale et l'Espagne (75-81) en phase finale firent de même. L'équipe américaine est ramenée à un rang qui n'est plus le sien depuis bien longtemps. Terminant à la 6e place derrière la Yougoslavie, l'Argentine, l'Allemagne, la Nouvelle-Zélande, l'Espagne. Dans le même "panier" que des puissances émergentes - Lituanie, Brésil, France ... Angola, Liban et Algérie. Ou dans la "corbeille" des has been, Russie, Chine, Croatie, Canada, Turquie, Porto-Rico ... Alors que la "Dream Team" américaine survolait et surclassait, jusque-là, le monde entier.
Championnats du monde 2002 (Indianapolis, EU)
. Vainqueur : Yougoslavie & Finaliste: Argentine
. Surprises : Nouvelle-Zélande en demi-finale, le parcours de Porto-Rico, Allemagne 3e et Espagne 4e, Turquie 8e
et Russie 9e (!) du championnat ...
. Joueurs remarqués : Divac-Stojakovic-Bodiroga (Yougoslavie), Ginobili-Snonocchi (Argentine),
Jones-Penney-Cameron (N-Z), Elias Ayuso (Porto-Rico), Nowitzki (meilleur marqueur du Tournoi)-Okulaja-
Demirel-Nikagbatse-Lücke (Allemagne), Gasol-Garbajosa-Angulo (Espagne)
. Le Cinq du tournoi : Nowitzki (Allemagne) + Stojakovic (Yougoslavie) + Ginobili (Argentine) + Cameron (NZ) +
Yao Ming (Chine)
Français dans la NBA 2002-2003
. Tariq Abdul Wahad (Dallas Mavericks), Jérôme Moiso (New Orleans Hornets), Tony Parker (San Antonio Spurs)
et Antoine Rigaudeau (Dallas Mavericks). Mickael Pietrus (Pau-Orthez) et Boris Diaw (Pau-Orthez) devraient être
sélectionnés cette année.
. Performances France : L'équipe de France masculine est vice-championne aux JO de Sydney 2000 derrière les
EU. L'équipe de France féminine est championne d'Europe de basket en 2001, les équipes féminines de Bourges
et de Valenciennes ont été vainqueur et finaliste(s) de l'Euroligue de basket 2001, 2002 et 2003
NBA 2002-2003
. Finales Conférence Ouest: San Antonio vs. Dallas + Finales Conférence Est: Detroit vs.New Jersey : champion désigné mi-juin 2003
Que sera, sera ??? Que sera sera !
Septembre 2002 ... Le monde du basket américain, ébranlé, était bien marri de devoir affronter un bouleversement qu'il ne voulait pas voir. Incredible, Incroyable, Inoui... Les commentateurs d'outre-Atlantique s'interrogèrent sur les raisons de l'échec de U.S.A Basketball à SES championnats du monde. Sacre annoncé mais vite déçu. Ils incriminèrent une préparation bâclée, trop courte.
Vrai, certainement! Rassemblée seulement 2 semaines avant le début de la compétition, l'équipe a eu, en tout et pour tout, 11 séances d'entraỵnement et 2 matches amicaux. Donc fiasco le plus total lors du tournoi : fond de jeu insipide, état d'esprit déplorable des joueurs comme des spectateurs américains, entre mépris et indifférence. Les spécialistes critiquèrent également les choix du comité de sélection ayant appelé de très bons joueurs, mais non les meilleurs. En effet, les super-stars américaines avaient laissé entendre que cette compétition mineure ne les intéressait pas. Ce qui était du plus mauvais effet. Quand l'Amérique avait besoin de certitudes après le traumatisme du World Trade Center. Malgré l'apport de joueurs tels Paul Pierce (Boston Celtics) ou Baron Davis (New-Orleans Hornets), véritables icơnes dans leur ville respective, cela ne fut pas suffisant. Désormais, il est évident que l'équipe de basket des Etats-Unis a besoin de ses meilleurs joueurs pour se mesurer au monde. Déjà, pour les Jeux Olympiques d'Athènes 2004, de Pékin 2008. Et pour les futurs Championnats du monde.
En 10 ans la planète basket a changé du tout au tout.
En 1992, aux JO de Barcelone, la National Basketball Association (NBA) avait envoyé ses VRP de luxe Michael Jordan, Ervin Magic Johnson et autres vedettes confirmées pour ce qui reste aujourd'hui la plus éclatante maỵtrise et emprise d'une équipe sur une compétition et sur son sport. Les joueurs de la Dream Team (aux noms indélébiles dans la mémoire collective : Magic Johnson et Charles A.Barkley, Larry Byrd, Patrick Ewing, Michael Jordan, Chris Laettner, Karl Malone, Scottie Pippen, John Stockton) avaient admis que les plus dures confrontations étaient au cours de leurs entraỵnements. Non dans les matchs-exhibition.
Une décennie a passé. La NBA, qui a voulu et imposé une mondialisation du basket, connaỵt une profonde mutation. La génération de 92 a laissé la place à de nouvelles stars beaucoup plus individualistes. Tant sur le terrain que dans leurs relations sociales. Avec leur entourage, leurs entraỵneurs et leurs employeurs. Une génération Me, Myself and I (et Moi, et Moi, et Moi !!!), qui associe basket, célébrité et ... Argent.
NBA, 3 lettres magiques : Entreprise florissante. Empire. Show
. 29 équipes professionnelles: bientơt une 30e (Charlotte) et une 31e (venue d'Europe ?). Salaire moyen de joueur: $2,5 millions/an. Merchandising: $2,15 milliards (progression 2002:+22%). Entreprise diversifiée et internationalisée: création d'une Ligue féminine, d'une télévision, de sites Internet, 65-67 joueurs étrangers.
. Slogan : ce qui est bon pour le basket est bon pour la NBA, donc bon pour le monde
Une autre conséquence du show médiatique Basket des Jeux Olympiques de Barcelone fut la mondialisation de ce sport, la séduction du modèle US et le formidable appel d'air du rêve américain. D'ó, aujourd'hui, l'entrée toujours plus large des joueurs non américains au sein de la Ligue professionnelle américaine.
La formation universitaire américaine n'assure plus, comme avant, son rơle d'antichambre de la NBA. Le basket américain subit aujourd'hui une remise en cause de son identité face aux joueurs issus de tous les continents. L'entrée de joueurs chinois, et notamment de Yao Dynasty1 Ming, dans la NBA est symptomatique d'une mondialisation du basket qui ne touche plus seulement les fans. Yao Ming constitue un véritable phénomène socio-économique. Pas uniquement un simple (très bon) joueur dans la Ligue de basket la plus spectaculaire, la plus médiatique et la plus relevée du monde. Il est le révélateur - comme bien souvent en sport, quand on y porte attention - de la société (américaine ici, et, au delà, occidentale, mondiale) appelée à s'ouvrir et à sortir des stéréotypes communément véhiculés.
Selon un journal américain, les joueurs européens "n'avaient pas grandi en conduisant des Hummers (grosse jeep de l'armée américaine très en vogue outre-Atlantique) au lycée, et ils ne traỵnent pas dans les parkings à menacer des arbitres" 2. Faisant allusion à deux affaires, parmi tant d'autres, qui ont défrayé la chronique et entraỵné maintes polémiques. Lebron James, LA star des lycées américains, déjà sur-médiatisé, a vu une banque lui offrir un crédit de plusieurs centaines de milliers de dollars pour s'acheter cette voiture. Rasheed Wallace, joueur des Portland Trailblazers au casier disciplinaire bien rempli, a menacé physiquement un arbitre. Allen Iverson, une des stars de la ligue et un des joueurs les plus plébiscités par le public, avait enregistré un album de rap sexiste. Au cours de l'été 2002, il fut placé en garde en vue, suite à son escapade mouvementée pour retrouver sa femme. Il a été récemment pris dans une fusillade à la sortie d'un night-club.
Outre ces problèmes hors du terrain, multipliés ces dernières années, de plus en plus d'entraỵneurs et de recruteurs s'interrogent sur la qualité, la mentalité des joueurs américains. Joueurs, pour grande majorité, conservant une attitude playground, ó le spectacle prime sur l'effort et l'efficacité, et tendant souvent à oublier les fondamentaux du jeu. George Karl, sélectionneur de l'équipe américaine aux championnats du monde d'Indianapolis, estimait que "l'argent et l'avarice de la NBA" avaient "un effet sur notre nature compétitive" : "il n'y a pas de doute, pour moi, que l'Européen de 16, 17, 18 ans est plus entraỵné. Il est sur le terrain plus que nos jeunes joueurs".
Les universités américaines avaient ce rơle d'école, de formation pour les futurs joueurssélectionnés dans la Ligue professionnelle. Or, désormais, rares sont les jeunes vedettes à rester plus d'un an dans les cursus de la Faculté, alors que, 10 ans auparavant, les joueurs prenaient leur temps et y restaient 3 ans. Pour les lycéens les plus talentueux, admiratifs des succès de Kevin Garnett, Kobe Bryant ou Tracy Mac Grady, leurs idoles ne vont pas à l'université, préférant polir leur talent, voire effectuer leur formation en NBA, dans une ligue ó la compétition est particulièrement féroce. Le jeu - et sa philosophie - appris sur les playgrounds américains a, pour lui, la spontanéité, mais n'enseigne rien ni n'assimile personne, quant à son approche tactique et à ses fondamentaux (shoot, écrans, placement pour le rebond, etc...)
Vent d'Est
De fait, les joueurs non américains sont, chaque année, plus nombreux aux Etats-Unis. Ils ont une culture et un apprentissage plus classiques du basket et s'adaptent beaucoup mieux à des schémas de jeu élaboré. En comparaison, les joueurs extra-américains ont reçu, en foncier, une formation plus normale, plus axée sur les bases du jeu d'équipe et ó les qualités individuelles sont, avant tout, au service du collectif. Cette conception et cette vision du jeu intéressent particulièrement les recruteurs NBA. Pour preuve : au 5 mars 2003, la ligue américaine comptait 65 joueurs "internationaux" issus de 34 pays3. Les trois meilleures équipes de la saison régulière 2003 (Sacramento, Dallas, San Antonio) comptent plusieurs joueurs non américains et ceux-ci y jouent un rơle majeur. L'an dernier et ce, pour la première fois dans l'histoire de la NBA, un Européen, l'Espagnol Pau Gasol, a été élu meilleur rookie (débutant) de l'année.
Principaux joueurs NBA nés hors Etats-Unis
. Vlade Divac (1990-?), Yougoslave. Pivot : Sélectionné par les Los Angeles Lakers, il étonne par son jeu complet et créatif, peu fréquent chez un pivot. Il joue désormais aux Sacramento Kings, aux cơtés de son compatriote Peja Stojakovic, ó ils sont les pièces maỵtresses d'une des meilleures équipes de NBA
. "Dream" Tim Duncan (1997-?), Iles Vierges. Pivot-ailier : Les San Antonio Spurs ne regrettent pas d'avoir choisi ce joueur aussi complet que réservé. Peu expansif sur et hors du terrain, il possède tous les fondamentaux du jeu, grâce à 4 années passées à l'université. Il emmena son équipe au titre dès sa deuxième saison aux Spurs. Naturalisé Américain, il participera aux JO d'Athènes 2004
. Patrick Ewing (1985-2002) Jamạcain. Pivot : Sélectionné par les New York Knicks, il fut transféré à Seattle durant l'été 2000, puis fit une dernière année à Orlando. Sa famille émigra à Boston lorsqu'il était encore enfant. Introverti et n'ayant pas gagné pour NY le titre promis, médias et public new-yorkais ne lui ont vraiment témoigné reconnaissance qu'une fois à la retraite, alors que leur équipe sombra dans l'oubli. Elu dans les 50 meilleurs joueurs de l'histoire du basket
. Toni Kukoc (1993-?), Croate. Arrière-ailier : Il arriva chez les Chicago Bulls alors que Michael Jordan prenait sa première retraite. Par ses qualités physiques, il convainquit les sceptiques en tenant le rythme de la NBA, compensant ses rares limites par une lecture très fine du jeu. Il remporta avec les Bulls 3 titres, dans l'une des meilleures équipes de l'histoire. Son rơle était sous-estimé au cours de ces 3 succès. Aujourd'hui, à Milwaukee
. Hakeem "The Dream" Olajuwon (1984-2002). Nigerian. Pivot : Sélectionné par les Houston Rockets, avec lesquels il remporta 2 fois le championnat (1994 et 1995). Il joua sa dernière saison avec les Toronto Raptors. Considéré comme l'un des 5 meilleurs pivots de l'histoire de la NBA. Très vif pour sa taille (2,16m), il excellait dans des feintes baptisées "Dream Shakes". Naturalisé Américain, il participa aux JO de 1996 dans la sélection américaine. Elu comme l'un des 50 meilleurs joueurs de l'histoire du basket
. Drazen Petrovic (1989-1993). Croate. Arrière : Sélectionné par les New Jersey Nets, aujourd'hui encore, considéré comme l'un des meilleurs shooteurs ayant joué dans la Ligue, malgré le peu de temps qu'il y a passé. Il s'imposa, après une première année difficile. Injustement oublié pour le All Star Game de 1993, il mourut quelque temps après dans un accident de voiture. Intronisé dans le panthéon des joueurs ayant marqué l'histoire du basket, le Hall of Fame
. Detlev Schrempf (1985-2001). Allemand. Ailier: Natif de Leverkusen, formé à l'université américaine de Washington, il fut sélectionné par l'équipe de Dallas. Peu convaincant, il n'a réussi que sous le maillot d'Indiana puis de Seattle. Joueur très complet, il fut le premier Européen à être sélectionné dans un All Star Game (1993)
Deux cultures de ce sport se mesurent et s'affrontent. Des recruteurs présument que pour la Draft de juin 2003, beaucoup de valeurs sûres universitaires américaines risquent d'être surprises par leur classement de sélection, voire leur non-sélection : en Europe et en Amérique Latine, on trouve des joueurs aussi jeunes et plus complets, plus travailleurs, moins portés sur leurs fonds athlétiques pour s'imposer.
Ainsi les recruteurs vont jusqu'à prospecter en République Populaire de Chine, sortant des sentiers battus. Les Houston Rockets ont déniché le phénomène sportif et médiatique de l'année. Yao Ming a montré, en cette saison 2002-2003, d'étonnantes qualités techniques et de sens du jeu. Comme ses prédécesseurs chinois Zhi Zhi Wang et Mengke Bateer, à l'impact sportif et médiatique infiniment plus limité, Yao Ming a fait une entrée tonitruante dans la ligue mondialisée du basket-ball.
Avec ses qualités de joueur, Yao Ming est une formidable grille de lecture de la société américaine et de la perception par cette dernière de l'Empire du milieu. Greg Anthony, ancien joueur et analyste sur la chaỵne sportive ESPN, soulignait, alors que le pivot des Houston Rockets s'apprêtait à jouer à New York devant des milliers de supporters asiatiques, que "pour la Chine, cela est comparable à ce qui arriva avec Jackie Robinson", en référence au premier joueur noir à jouer dans la ligue professionnelle de baseball. Yao Ming est, tout d'abord, le premier ambassadeur sportif de son pays d'origine aux Etats-Unis, Il est devenu, aussi, l'exemple de réussite socio-économique du pionnier. Et, ainsi, un motif de fierté de toute la communauté chinoise et asiatique installée chez l'oncle Sam. Cette minorité, qui continue à ressentir un certain mépris des autres communautés, voit dans ce joueur de 2,26m un personnage public fédérateur et représentatif d'une bonne éducation (confucéenne). Yao Ming sera-t-il le symbole d'une Chine continentale qui se veut désormais fréquentable? Servira-t-il de déclic sportif et intellectuel à l'externalisation d'une Chine jusque-là amassée sur elle-même ? Deviendra-t-il une carte maỵtresse dans un jeu diplomatique, ó le soft power est privilégié ?
Il s'agit, pour la République populaire de Chine, d'être prête pour les chantiers politiques à venir, les défis économiques et sportifs à assumer, les responsabilités régionales et mondiales à exercer. Priorité ? Les Jeux Olympiques 2008 de Pékin.
Sydney 2000 et la Coupe du monde de football Corée-Japon 2002 n'ont pas été à la hauteur des espérances chinoises. Les dignitaires communistes ne sauraient négliger cet événement planétaire du rendez-vous de 2008. Leur équipe de basket masculin (et/ou féminin) sera l'une des fortes chances de médaille en sport d'équipe pour l'Empire du milieu. Entrée dans l'OMC, laChine, avec un succès collectif de cette ampleur, deviendrait un acteur plus largement visible et rendrait crédibles ses vues de puissance sur le continent et sur la scène internationale. Envoyer se former son joueur le plus prometteur dans la ligue américaine est la meilleure des écoles pour lui confier, dans 4 ans, le leadership sur l'équipe nationale, en être le polymère central. Apprendre la science du jeu américain pour mieux s'en servir et le contrer le moment voulu : Sun Ze voisine avec Clausewitz. Laissant loin derrière les néo-conservateurs américains, besogneux lecteurs de Leo Strauss et d'Alan Bloom.
Yao Ming sera, à n'en pas douter, un atout pour aboutir à une solution avec Taiwan. La RPC, pays initiateur de la diplomatie du ping-pong avec l'Amérique, compte bien sur son joueur fétiche, très populaire aussi sur l'ile, pour rapprocher Taipei et Pékin, faute d'une solution militaire envisageable. Yao Ming a ainsi prévu, cet été, de visiter Taiwan et Hong Kong. Pour endosser, à l'avenir, des casquettes diplomatiques : l'emprise des responsables chinois sur le joueur et l'homme Yao Ming est indéniable. Les instances sportives de Pékin gardent le contrơle sur son destin sportif : les revenus du pivot des Houston Rockets sont reversés - pour moitié - aux autorités chinoises. Enfin, il a été mobilisé, il y a peu, pour participer à la campagne de dons pour lutter contre la pandémie du SARS qui sévit dans son pays. Ainsi, le joueur est considéré comme "le premier ambassadeur du pays" 4.
Son éducation, sa politesse, son entregent, son savoir-faire, sa modestie, son habileté, son sens de la formule, son gỏt du travail sont loués par les supporters, les entraỵneurs américains ... et la communauté américano-asiatique. Cette dernière (5% de la population des Etats-Unis) voit dans ce joueur son premier héraut, auquel elle reconnaỵt une vraie proximité. Ici et là, les commentaires sont significatifs. "Il est comme nous" revient régulièrement, telle une antienne. Et, dans ce pays ó l'importance culturelle du sport est autrement plus développée que dans le reste du monde, Yao Ming est un motif de fierté communautaire plus qu'ailleurs. Alors que cette minorité est dépeinte comme insaisissable, fermée, peu athlétique et âpre au gain, Yao Ming va à l'encontre de tous ces stéréotypes. Un citoyen américain d'origine asiatique, pour qui "l'asianité n'a jamais été motif de fierté"5, a, maintenant, fait sa "révolution culturelle". Ce que Michael Chang ou Tiger Woods n'ont pas réussi à faire, Yao Ming l'a accompli le plus simplement du monde. Gordon Quan, éld'origine asiatique au conseil municipal de Houston, voit, avec la réussite du joueur chinois, sa popularité et son aura politique fortement grandir. Aussi, les valeurs que le joueur véhicule, souvent méprisées au pays des cow-boys, sont perçues chez lui comme un gage de bonne éducation et de civilité. Ce joueur transcende les a priori culturels et leur donne, par son prisme médiatisé, sa chatoyance, une symbolique et une dynamique toute(s) autre(s).
Lorsque les médias ont monté en épingle l'attitude raciste du pivot vedette des Los Angeles Lakers, Shaquille O'Neal, qui avait appelé, en se moquant, Yao Ming Ching-chong-yang-wah-ah-so, celui-ci eut une réponse qui enchanta autant qu'elle déstabilisa le public. Il admit, en effet, que le chinois est une langue difficile à apprendre puis invita le joueur noir américain à dỵner,"afin de mieux se connaỵtre". Cette réponse aurait pu dénoter un manque de personnalité ou de charisme, une faute de gỏt pour les médias et le public américains. Là ó ceux-ci tentaient de fabriquer une rivalité extra-sportive. Rien de tout cela ! Shaq O'Neal a "perdu une occasion de se taire". La popularité et l'humanité de Yao Ming y ont beaucoup gagné. Pédagogie à rebours pour une société si imbue d'elle-même.
Joueurs chinois en NBA
. Yao Ming (pivot, Houston Rockets): 2,26m, 134 kgs, 22 ans. Statistiques (Points: 13,5 & Rebonds: 8,2 & Passes: 1,7 & Contres:1,8) + Distinctions (1er choix de la Draft 2002. Elu 2e meilleur rookie. Joueur de Première Ligue de l'Année. Elu meilleur Cinq majeur rookie de l'Année. Elu Pivot titulaire au All Star Game)
. Wang Zhizhi (ailier, Dallas Mavericks 2000-2002, LA Clippers 2002-2003): 2,16m, 124 kgs, 25 ans. Statistiques (Points: 5,1 & Rebonds: 1,9 & Passes: 0,3 & Contres: 0,3). Distinctions (Sélectionné en 36e position par Dallas. 1er joueur chinois à évoluer en NBA)
. Mengke Bateer (pivot-ailier, Denver Nuggets 2001-2202, San Antonio Spurs 2002-2003): 2,11m, 131 kgs, 27 ans. Statistiques (Points: 3,8 & Rebonds: 2,7 & Passes: 0,7 & Contres: 0,1)
Enfin, le pivot des Houston Rockets symbolise un sésame, un ticket d'entrée pour nombre d'entreprises qui désirent exporter et commercer en Chine. Le joueur, devenu nouvelle coqueluche des médias et du public américains, est donc un bon pari commercial à court et moyen terme. Des entreprises telles que Visa Mastercard, Apple, Gatorade ont ou vont faire apparaỵtre le joueur dans leurs campagnes de publicité. Nike et le joueur sont actuellement en fin de contrat et ce dernier jouerait la montre afin de faire monter les enchères. Pourtant les équipementiers hésitent à rémunérer au prix fort un joueur de son gabarit (au jeu plus statique de pivot et moins spectaculaire que les arrières) auquel les adolescents ne peuvent s'identifier. Il pourrait être l'exception qui confirme, tant son image est porteuse ... et le marché chinois avec. En attendant, les matches de la NBA sont retransmis en boucle sur la télé et le câble chinois. Générant d'autres contrats juteux et une meilleure image de marque des Etats-Unis d'Amérique.
A court terme, les entreprises, qui ont signé des contrats de parrainage publicitaire avec Yao Ming, capitalisent sur l'image saine et novatrice du joueur, ceci essentiellement à l'attention du consommateur américain. A moyen terme, la combinaison de l'émergence d'une classe moyenne chinoise avec l'entrée de ce pays d'un milliard deux cent millions d'êtres humains dans l'OMC, incite les multinationales à se positionner sur ce marché plus que prometteur. Yao Ming est un atout commercial de premier choix pour tous les entrepreneurs misant sur lui.
Ceux-ci peuvent acquérir une visibilité, une renommée et donc une longueur d'avance le jour ó le marché chinois sera prêt à investir largement dans les biens d'équipement et de crédit à la consommation. Le joueur, outre l'effet de mode, est bien une carte maỵtresse stratégique et commerciale pour les entreprises partenaires.
Yao Ming est le joueur qui saura faire accepter les traditions de la communauté américano-asiatique, et la sortir du carcan ethno-centré qu'on lui prête. Bien malgré lui, qui se déclare simple joueur de basket-ball, Yao Ming risque d'être l'acteur et le facteur de phénomènes sociaux et politiques lourds à assumer. Ce joueur symbolise le tournant planétaire que prend la NBA. Cette dernière vampirise l'actualité et emblématise les talents du monde du basket-ball. Pour l'heure, les meilleurs joueurs européens n'hésitent plus à venir se frotter aux joueurs de l'oncle Sam, auxquels ils n'ont plus grand chose à envier. La récession économique que traverse le sport européen y est pour beaucoup également, alors que les "maigres" salaires proposés outre-Atlantique font le bonheur des basketteurs du Vieux Continent. A l'instar du football où l'Europe impose les standards de jeu et financiers, le basket des Etats-Unis a su imposer sa vision des choses et en est devenu le maỵtre-étalon. Que ce soit en Europe, en Amérique Latine ou en Asie, et demain en Afrique.
Mondialisation ? On a dit mondiali- sation ? Elle n'est pas ou n'est plus là ó l'on l'attend.
En l'espèce, les échanges sont fructueux. Les Européens s'adaptent et y apportent leur touche personnelle, pour ce qui serait le raccourci d'une intégration à l'américaine. Melting-pot qui a fait la richesse de ce pays depuis plus de deux siècles. Yao Ming en est le dernier exemple. Fierté de son pays d'origine et de toute une communauté expatriée, il est aussi le symbole que le basket NBA, autrefois forteresse des joueurs américains, s'ouvre à qui saura saisir sa chance. Révolution culturelle et Grand Bond en Avant sont bien au rendez-vous du XXIe siècle.
Bùi Xuân Quang
Groupe de Recherches sur l'Asie
Université de Paris X-Nanterre, mai 2003