
Munich 1972 à travers trois productions cinématographiques:
21 hours at Munich/Les 21 heures de Munich, William A. Graham, film américain,
1976, docu fiction : association de “documents d’archives et de reconstitutions
fictives ”
One Day in September/Un Jour en Septembre, Kevin McDonald, film britannique,
1999, documentaire qui, à partir de documents d’époque et de témoignages, en
particulier du dernier survivant du commando palestinien, décrit et analyse le
déroulement des événements. Ce film a obtenu l’Oscar du Meilleur documentaire en
2000.
Munich, Steven Spielberg, film américain, 2005, présente les suites de la
tragique prise d’otages de Munich.
Munich est un film blockbuster
américain de Steven Spielberg, écrit par Tony Kushner et Eric Roth, sorti en
France en 2006. Il est inspiré du livre Vengeance: The True Story of an Israeli
Counter-Terrorist Team de Georges Jonas, publié en 1984 pour la première fois.
Le film se déroule après le drame des Jeux Olympiques de Munich de 1972, où un
groupe “Septembre noir ” de militants palestiniens prit en otage neuf athlètes
israéliens au sein même du village olympique. En effet, au matin du 5 septembre,
huit membres de cette organisation s’introduisaient dans le bâtiment de la
délégation israélienne, bloc 31, abattaient deux athlètes et séquestraient les
neuf survivants. La terreur s’installa alors au cœur même de l’arène olympique.
Zoom sur un peuple malheureux et sa voix étouffée. La cause palestinienne
voulait être entendue. Elle est écoutée.
Cas d’école de surlecture de la réalité. Un mirage médiatique : pas d’incident
dans les tractations des autorités allemandes avec les preneurs d’otages. Une
double réussite : tous les “terroristes ” sont abattus et tous les otages sains
et saufs. Une vision réalité : les policiers allemands (du Land de Bavière,
fédération oblige) sont dépassés, ils ne savent gérer la crise (c’est cette
catastrophe qui entraîne la création d’un groupe anti-terroriste : le GSG-9). De
multiples erreurs sont commises. Une tentative brouillonne d’arrestation-assault
tourne au massacre des otages et de cinq des huit Palestiniens sur le tarmac de
l’aéroport de Munich. Pour une Allemagne voulant arracher le cliché des Jeux
“racistes ” de Berlin, opération ratée. Munich désormais en surimpression de
Berlin.
En même temps, les Jeux de Munich de 1972 ont fait écho aux Jeux de Mexico de
1968.
L’année 1968 est année-force, turning point sur le plan international. Le
pasteur Martin Luther King ainsi que Bob Kennedy sont assassinés, le “printemps
de Prague ” écrasé par les chenilles soviétiques, le Vietnam à cœur ouvert et le
Biafra en pleine exsanguination…
Plus proche des Jeux et donc des yeux du monde entier, la répression de la
révolte étudiante dite de Tlatelolco par l’armée mexicaine à quelques jours de
la cérémonie d’ouverture. Mais aussi et surtout, protestation contre la
ségrégation vivace installée aux Etats-Unis, par poing levé, ganté de noir et
tête baissée de Tommie Smith et de John Carlos, arrivés premier et troisième du
200 mètres. (Pour mémo, ils partagent une paire de gants, ce qui explique la
différence de main levée.) Ils sont exclus à vie des JO. Mais sont devenus
porte-parole des damnés de la terre. Tabous levés. Plus de sanctuarisation, plus
de sacralisation désormais. Symbolisation parlante. Médiatisation maximale. Ce
que le Black Power a dit à la conscience universelle, d’autres peuvent et vont
le faire. Au bon endroit, au bon moment : right time in right place. Just do it
! : on ne s’étonne plus que, 40 ans après, les fabricants d’équipements sportifs
aient “récupéré ” pour le merchandising ces images vintage et ce slogan
mobilisateur des années 68.
Cette année est année charnière, voire plus. Elle marque la fin du 20e siècle.
Nonobstant les graves crises internationales qui apparaissent désormais comme
queues de comète. Il faut vivre avec. En effet, le Vietnam en passe d’être un
conflit terminé (accords de Paris signés en janvier 1973, Nixon démissionné en
1974). Les étudiants américains ne veulent plus mourir pour le Vietnam. Mais,
pour le monde entier, le mourir pour s’est érodé dans les esprits. Les
Etats-Unis ont les mains libres pour envoyer leurs GI s’embourber en Afrique, au
Moyen Orient … dans des conflits de natures bien différentes. Ils ont dès lors
perdu leur avantage sur le reste du monde. Erreurs stratégiques multiples.
Relations avec Israël floues, fébriles et tendues. En France, la “chienlit ” de
mai 1968 est véritablement une rupture avec la société figée et conservatrice …
Un chapitre de l’Histoire se clôt.
Une image, de par son symbolisme, sa puissance, sa beauté, sa vérité, marque les
Jeux et les consciences humaines bien plus que beaucoup de discours politiques.
Plus pour longtemps.
1972 est l’année d’un nouveau siècle, un nouveau chapitre. Siècle du terrorisme.
Aveugle ou ciblé.
C’est bel et bien cela qui frappe lorsque le groupe “Septembre noir ” prend en
otage une partie de la délégation israélienne. C’est encore une fois, une image,
celle de ce Palestinien encagoulé sur le rebord de la terrasse d’un bâtiment,
qui imprègne les esprits.
D’ailleurs, le nom donné au groupe n’est pas un hasard, il correspond au
souvenir d’un acte barbare du Roi Hussein de Jordanie, qui ayant peur du
renversement décide de mettre un terme à la présence des fedayins palestiniens
dans le pays. Ainsi, en 1970, l’armée jordanienne fait près de 3500 morts. La
Palestine s’impose alors au Monde et donc dans les relations internationales.
Certes, mais c’est aussi et surtout la mort qui pénètre cette enceinte sacrée
des JO. Au poids des photos, reportages télévisuels, de toute cette cinem-action
s’ajoute le choc du sang. Le sang est versé. Démarreur du siècle nouveau.
Effet zoom. Cependant, attention à l’effet boomerang.
Israël ne peut laisser passer ce massacre. Eretz Israël doit réagir. Mais
comment ? Comme d’habitude depuis 24 ans. Espionnage. Assassinat.
Contre-terrorisme.
Le film retrace donc une partie de l’opération Colère de Dieu, à travers
l’œillère d’un agent du Mossad, Avner, interprété par Eric Bana, chargé de
traquer et d’assassiner une liste de responsables de Munich sur ordre de Golda
Meir, premier ministre d’Israël de 1969 à 1974.
“Oublions la paix pour l’instant, nous devons montrer au monde que nous sommes
forts “
Phrase terrible. Surtout sachant qu’une première réponse a déjà été envoyée aux
Palestiniens. Le 9 septembre, des bases de l’OLP en Syrie et au Liban mais aussi
des camps de réfugiés sont bombardés par l’aviation Israélienne. Bilan, plus de
deux cents morts, pour la plupart civils.
Mots et maux cristallisant parfaitement ce qu’est “l’après Munich ”. Cette
incapacité à dépasser la loi du Talion. Cette fuite en avant vers un
hyper-terrorisme (Intifada en série et contre-intifada en 1987 et 2000). Une
escalade de la violence à nulle autre pareille. Mais pour aller où ? Quel but à
atteindre ? Aucun responsable des gouvernements israéliens suivants n’est un
“Politique ”. Quelqu’un ayant du nez, des oreilles, de la sagesse pour ne
serait-ce que chercher une fin politique à ces troubles complexes. Personne.
Seule la réponse militaire et le plus souvent disproportionnée est la voix-voie
d’Israël. Résultat : les terroristes professionnels Palestiniens se retirent et
laissent place au peuple Palestinien et à ses bombes humaines. Des terroristes
civils, des boucliers humains face à des soldats de l’aman. Effet résonance,
consolidation des rapports entre Palestiniens et autres pays du Golfe dans un
premier temps et plus généralement des pays arabo-musulmans dans un second
temps. Sentiment international assez mitigé voire mauvais sur un Israël de plus
en plus seul, encerclé, hébété ...
Le 11 septembre est une piqûre de rappel de Munich et non pas le début d’une
nouvelle ère. Cet évènement n’est que la suite logique à la réaction contre
“Septembre noir ”. Il est de bon ton, de nos jours, de parler de résolution des
conflits. Voilà un conflit qui n’a jamais reçu l’attention qu’il mérite afin
d’être résolu. C’est pourquoi la Chine doit faire attention. Elle n’est pas à
l’abri d’un acte de contestation pro Tibétain ou pro Droits de l’Homme… Tant que
ce qui a commencé à Munich ne sera pas analysé correctement. Tant que des
schémas simplistes et faux, tel que la théorie du choc des civilisations par
exemple, continuent de gouverner la politique des dits grands pays. Le monde
reste exposé à un ou plusieurs évènements choquants pour certains, légitimes
pour d’autres.
Autre film : Un jour en septembre, documentaire britannique sur cette longue
journée du 5 septembre 1972. Autre approche : autre support, point de départ,
point de vue. Il s’agit, ici, d’un quasi reportage avec témoins, images
d’archives. Au contraire du film américain. Le sujet est traité différemment.
Une ambiance pesante s’installe grâce aux diverses musiques qui prennent à
partie le spectateur. Un véritable effort de recherche a été mené. Cela se voit,
même si ce n’est finalement qu’une mise en bouche. Le plat principal étant la
réponse israélienne et internationale à Munich. Ce film peut être considéré
comme un bortsch. En outre, petit bémol quant au parti pris flagrant. Délit de
pathos superflu. Enfin, il aurait été intéressant d’examiner les rapports
Allemagne-pays arabes, et Allemagne-Israël. Où sont les symétries de traitement
?
Dernier film, 21 heures à Munich, téléfilm américain avec entrelacs d’images
d’époque, sorti en 1976. L’action se situe au cœur des négociations entre
“Septembre noir ” et les autorités allemandes.
Au niveau cinématographique, la réalisation est maladroite (comme la réaction
des policiers à Munich et à l’aéroport). Le jeu des acteurs n’est pas crédible
tant dans les rôles que dans les dialogues. Cependant, il y a une volonté
notoire de coller aux faits et rien qu’aux faits. Résultat mitigé. Qui est cette
femme potiche devant le bâtiment de la délégation israélienne qui parle avec
Issa autour d’une cigarette ?
Psychologiquement crédible ? Sinon, ce serait une énorme erreur de casting
policier, étant donné les mentalités et les cultures des protagonistes. Quel a
été le rôle joué par Zvi Zamir directeur général du Mossad durant la prise
d’otages, l’assaut ? 2 phrases choc marquent les esprits : “6 millions de
tristes fantômes sont revenus ” et “Nous (Palestiniens) sommes morts et oubliés
depuis trop longtemps ”.
En conséquence, ces œuvres sont complémentaires et diverses. Diversité de
support, de style, de facture, d’angle d’attaque … Et, si on peut considérer le
film de McDonald ainsi que le téléfilm de 1976 comme une introduction au film de
Spielberg, ils restent tous quelque peu simplistes en termes de géopolitique.
Donc, du politique.
Reflet d’une époque traumatisée. Balbutiement du nouveau siècle. Siècle
terroriste et terrorisé. Inexorablement ?
Benjamin Donaz GREASIE
Ben_donaz@yahoo.fr
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L’histoire mouvementée des Jeux olympiques a connu bien des incidents et des
drames. Formidable caisse de résonance dans l’imaginaire individuel comme dans
la mémoire collective, les Jeux créent l’événement. Pas uniquement sportif.
Qu’on se souvienne des Jeux de Mexico 1968 comme écho mondial de toutes les
turpitudes de cette année charnière inoubliable. Mais Munich 1972 a été tout
autre chose …Il y a eu mort d’athlètes, mort d’hommes, mort des valeurs
véhiculées par l’olympisme. Il y a eu télescopage entre politique et sport, là
où on s’y attend le moins…
Ainsi donc à Munich en 1972 l’édifice des Jeux, bâti sur le symbole, sur des
valeurs universellement admises et partagées se lézarda, fut défiguré et en
demeure, dès lors, fragilisé.
Que s’est-il passé ? Quels sont les faits ? Qu’en est-il resté ?
Trois réalisations cinématographiques, s’échelonnant de 1976 à 2005, mettent en
lumière la logique sous-jacente aux actions entreprises par les uns et les
autres. Décortiquant les motivations et les enchaînements, les trois visions
juxtaposées, avec le recul du temps, donnent au grand public une réponse, une
clef pour comprendre, pour ensuite interpréter l’actualité. Œuvres de fiction
pour une pédagogie de l’information, de la connaissance. Les œuvres d’art - le
septième en particulier - ne sont-elles pas le révélateur du déjà là non encore
exprimé ?
Donc, le 5 septembre 1972, des millions de spectateurs suivent le déroulement
des Jeux dont le seul suspense est la performance sportive. En même temps, un
commando de huit Palestiniens de l’organisation “Septembre noir” s’introduit
dans l’enceinte protégée du Village Olympique, force l’entrée du bâtiment
israélien, abat deux occupants et prend les neuf autres en otages. Les
négociations au plus haut niveau n’aboutissent pas. Des rigidités, une
évaluation défaillante de la situation, des moyens insuffisants retardent la
prise de décisions. 21 heures après, terroristes preneurs d’otages et otages,
tous sont morts à l’exception de trois dont le sort sera "réglé”plus tard.
Complétant l’apport purement documentaire des deux premiers films de 1976 et
1999, la fiction de Spielberg expose les suites de la prise d’otages. On
découvre, sidéré, le montage, par l’Etat d’Israël, de l’opération de
représailles dénommée “Colère de Dieu ”. Quatre hommes ont pour mission
impérative de supprimer onze représentants de “Septembre noir ” jugés
responsables de l’attentat de Munich. Deux des survivants palestiniens du
commando sont exécutés. Le troisième a échappé à l’assassinat jusqu’à présent.
L’opération dura plus de 20 ans, fit une dizaine de victimes ciblées mais aussi
un innocent en Norvège.
Il s’est agi d’une entreprise ultra secrète de vengeance étatique menée comme
une vengeance privée mais avec de gros moyens. On fait tuer les adversaires
palestiniens et, ce faisant, on sacrifie sciemment ses propres agents
d’exécution. La stratégie adoptée par l’Etat d’Israël exprimée par Golda Meir,
premier ministre, est calquée sur l’action terroriste des Palestiniens. Œil pour
œil, dent pour dent. Loi du talion. A la violence répond la violence. Sans
médiation, sans concession. Sur pied d’égalité avec les terroristes. Spirale
sans fin, étanche à toute argumentation, à toute tentative de compréhension
réciproque. Spirale inefficace puisque chaque responsable palestinien abattu est
remplacé par un autre souvent plus extrémiste. Attitude d’Etat hors-la-loi,
sciemment adoptée ! Invention de l’Etat-Janus : Etat-modèle, Etat-voyou !
L’attentat de Munich a bafoué les symboles de l’olympisme universellement admis.
Enceinte du Village olympique violée, souillée. L’humanité a régressé. Si les
Grecs anciens offraient des sacrifices sanglants avant les Jeux, au moins les
victimes étaient-elles animales ! L’Assemblée des Hommes n’attend, ni avant, ni
pendant, ni après les Jeux de telles manifestations sacrificielles et les
proscrit.
Les Jeux ont été détournés de leur signification. Ils ont été instrumentalisés
au service de la politique. Ils ont servi de tribune de visibilité et de
porte-voix pour des actions violentes au service de causes inaudibles dans le
brouhaha quotidien. Ainsi le terrorisme, n’ayant ni cadres ni limites, s’est
banalisé, s’est propagé dans le monde. Il s’est organisé en institution
parallèle et en voie alternative. La création d’Al-Qaida en 1987 par Oussama Ben
Laden est une mise en pratique de ce nouveau moyen d’action. Fragiliser les
personnes, vulnérabiliser les populations, insécuriser la société occidentale.
Tous coupables. Tous punissables. En premier lieu, les Etats-Unis mais aussi
leur allié et protégé israélien et enfin, les pays occidentaux en général.
Société occidentale exécrée car porteuse d’idéaux et de valeurs décrétés
universels. Société arrogante avec bonne conscience, sûre de son bon droit à
exploiter les ressources et les hommes du reste du monde dans son seul intérêt.
En miroir, l’Autre. Dans sa différence. Les autres. Parce que différents.
Le terrorisme, action violente ayant le but précis de nuire est, d’une part, un
moyen de dire qu’on existe : cri de désespoir. C’est, d’autre part et le plus
souvent, un moyen d’imposer ses vues par la force et l’intimidation : aveu de
faiblesse et d’impuissance. Pourquoi cette attitude ? Répondre à la puissance
par la démesure ? Réagir à un trauma subi personnellement ou à l’insupportable
imposé aux générations antérieures ? Terrorisme pour se venger des massacres,
des sévices, des spoliations, des brimades ou de l’indifférence ? Voir rouge en
franchissant la ligne jaune, bordure entre l’humain et l’inhumain ? Effets
cumulés des colonisations, de l’impérialisme, du partage du monde en vue d’en
exploiter les ressources et les hommes et de plus d’en retirer un prestige
ostentatoire. En somme le terrorisme est un comportement bien intégré
d’imitation. De mimétisme en boucle. Effet boomerang : comportement
spectaculaire, et spectacularisé par "retour à l’envoyeur".
La potentialité de violence étant disséminée partout et n’importe où, chacun est
suspect. Toutefois au prétexte de contrôler cette terreur au quotidien, la
prévention entraîne par dérive insidieuse ou délibérée une répression parfois
abusive et entretient l’action-réaction de la violence sans fin. Intifada.
Contre Intifada. Terrorisme. Anti-terrorisme.
Des populations ne pouvant pas faire entendre, de façon raisonnable, leurs
différences et leurs aspirations à autre chose que ce qu’on leur impose de
l’intérieur ou de l’extérieur, sont acculées à la résignation ou à la réaction
violente. Et des organisations structurées sont toutes prêtes à leur "venir en
aide"dans ce cas.
L’exemple de Munich 1972 a-t-il servi d’enseignement répulsif, exemplaire d’un
enchaînement qui évolue en déchaînement de violence ? Pas du tout, c’est
l’inverse qui s’est produit. Munich n’a été que le signe avant-coureur d’une
longue litanie d’attentats perpétrés un peu partout. Les actions terroristes se
sont succédé, sans rien résoudre des désaccords, dissensions et affrontements.
Les accords d’Oslo n’ont pas eu les effets escomptés et les espoirs se sont
perdus. Le cycle infernal attentat-représailles-nouvel attentat s’est établi et
généralisé. Le 11 septembre 2001 à New York en est l’illustration la plus
spectaculaire, la plus symbolique, la plus dramatique. Des attentats avaient
déjà eu lieu à New York en 1993 contre le World Trade Center, d’autres se
produisent ici ou là depuis. Comptes mis à jour et soldés. Alternativement.
Successivement. Sans fin.
Ce processus violence pour violence avec escalade dans l’horreur n’offre pas
d’issue sinon de déshumanisation réciproque. Ce triste fait rappelé est
indépendant du sport mais méritait d’être cité car il concerne bien la violence
pure et dure. Terrorisme-terreur. Banalisé. Routinisé.
Revenons aux Jeux, désacralisés par le terrorisme. Ce dernier s’est institué
moyen de pression avec lequel il faut compter. Il s’est même structuré. Ses
recrues sont formées. Des capitaux sont collectés. Les réseaux, sans besoin de
logistique lourde, mobiles, flexibles, informatisés, à l’aise avec les
techniques de communication les plus pointues, peuvent être opérationnels
rapidement. Les villes organisatrices des JO, point de mire de tous les médias,
de tout groupe en mal de reconnaissance ou de volonté de nuire, ont donc à
prévenir la répétition d’actes violents banalisés.
Les Jeux comportent une manifestation préliminaire itinérante, l’acheminement de
la flamme olympique. Le parcours découpé en tronçons disséminés dans le monde
entier, se prête à des rassemblements humains lors de la traversée des
différents Etats. Ce parcours est assuré d’une bonne couverture médiatique. Les
conditions sont donc optimales pour transmettre un message fort et global. Les
sympathisants du Tibet, en perturbant le parcours officiel de la flamme, ont
utilisé ce moyen pour influer sur la politique chinoise au Tibet. Notamment à
Paris, institutionnels et sympathisants ont utilisé ce mode d’action. Il ne
s’agit pas là de terrorisme ni de véritable violence délibérée malgré des
débordements mais d’une dérive caractérisée et évidemment intentionnelle de
l’utilisation du sport à des fins politiques. Les "délégations
sportives”chinoises d’accompagnement se comportaient selon ce schéma. La
réaction violente dans la contre-manifestation des autorités et du service
d’ordre est tout de suite comme le négatif recherché de la manifestation
pacifique. Effet zoom bien au-delà de ce qui est montré et vu. La Chine, très
soucieuse de son image à l’extérieur malgré son intransigeance interne, sait
adapter ses réactions d’autant plus que dans le cas présent l’impact est mondial.
Il ne faut pas imaginer faire fléchir la Chine mais avec des entrevues entre
Chinois et Tibétains, la Chine a nuancé ses réactions et affiché ouverture au
dialogue. Pour que les JO ne disparaissent pas avant d’avoir commencé. Même sans
issue favorable, ces entretiens ont le mérite d’exister et d’avoir rétabli la
discussion aux yeux du monde. Même remarque similaire sur la menace de boycott
proférée par les athlètes participants et leurs dirigeants bien que l’impact en
soit moins directement visible.
Le dramatique séisme de la province du Sichuan est venu interférer avec cette
épineuse phase des futurs Jeux. Décisions d’hommes, devenir des hommes sur des
plaques lithosphériques mouvantes ! L’homme face à l’homme, l’homme face à la
nature, la Nature face à l’Homme. A qui le dernier mot ?
En août 2008, action en direct sous l’œil de la communauté mondiale rivé sur les
écrans. Attente d’une grandiose manifestation, festive par définition. Que les
dieux du stade soient sur le stade. Qu’on déifie des champions et des
championnes pour leurs exploits humains. Que leur gloire rejaillisse sur la
Nation qui les a si bien préparés, c’est la loi du genre. Ce Sacré seul convient,
autre chose serait dérive, excès, hors de propos. Pékin 2008, Vancouver 2010,
Londres 2012…
Prochainement, les athlètes vont libérer l’agressivité de leur énergie vitale
surentraînée, canalisée pour se surpasser. Ce spectacle se suffit à lui-même
dans sa pureté. Tout le reste n’est que manipulation, dérive, opportunisme.
Pas d’angélisme : il y aura toujours des dissensions entre les hommes. Même si
elles se résolvent pour une génération, il n’est pas garanti que les décisions
prises pour porter remède aux désaccords, soient encore admises par la
génération suivante. Toutefois, ce qui est constant c’est que la violence
contraint mais ne convainc pas. Dès que l’étau se desserre, identités,
particularismes, nationalismes, penchants, égoïsmes individuels et collectifs
revendiquent droits à la différence et à l’expression. Ne pas le voir, c’est
faire preuve d’aveuglement. Ne pas en tirer enseignement, c’est faire preuve
d’inconséquence et de suffisance. Malgré la “détermination inébranlable ”.
Bourreaux et victimes confondus.
Les antagonismes se règlent par le face-à-face accepté. Au dissensus admis, la
confrontation peut constituer étape de maturation vers compréhension mutuelle et
tolérance.
Les Jeux Olympiques peuvent-ils encore faire sens ? Après Munich 1972 et Pékin
2008.
Aimée Teyssier-Guintrand GREASIE
aguintrand@orange.fr