« Le voilà, le vrai problème. Arriver à faire comprendre aux pays
arabes, par exemple, qu’ils peuvent, dans le cadre des Jeux olympiques, jouer au
football contre Israël… Les Jeux constituent une telle caisse de résonance que
l’acte sportif devient acte politique ». Lord Killanin, président du CIO (Comité
International Olympique) entre 1972 et 1980, a ainsi évoqué, à la veille des
Jeux de Montréal de 1976, le refus du gouvernement canadien de voir Taiwan
participer aux côtés de la Chine Populaire.
Pourtant, les membres de l’organisme sportif font régulièrement appel à la
christique Charte, imposant aux membres du mouvement olympique « à demeurer
étranger à toute influence politique ou commerciale… ». Henri Sérandour,
président du CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français), après le
passage chahuté de la flamme à Paris, a clamé : « Ne demandez pas aux sportifs
de faire ce que les politiques n’ont pas réussi à faire, ne leur demandez pas
non plus de sacrifier leurs rêves ni leur rôle…Demandez plutôt le respect de la
trêve olympique, ce serait déjà formidable que les combats partout dans le monde
durant cette année 2008 s’arrêtent » (Le Monde, 12 avril 2008). Certes ! Pendant
les Jeux antiques, une trêve était observée entre les différents belligérants du
monde hellène, le temps d’une olympiade. Cette dichotomie entre engagement
sportif et engagement citoyen ne peut plus être opératoire, par la nature même
de l’évènement. D’où la question du boycott sportif, acte éminemment politique.
Boycotts effectifs ou avortés dans l’histoire des Jeux illustrent combien cette
compétition a pu être et va être nécessairement l’enjeu des diverses
configurations stratégiques, le jeu des logiques de blocs, le hors-jeu des
contingences nationales. Bien au-delà des idéaux sportifs et du temps olympique
qui, tous les quatre ans, souhaitent introduire une trêve dans le cours des
choses. Boycotts désireux de peser sur le mouvement du monde en refusant à des
individus d’aller se mesurer à d’autres : s’éviter pour mieux s’affronter en
somme. Boycotts visant, par l’absence des principaux protagonistes d’une
olympiade, à en délégitimer la portée et la trace.
Pour un peu, on l’aurait oublié. JO et champ politique vont de pair. Depuis la
chute du Mur de Berlin, les olympiades n’ont, il est vrai, guère prêté à
d’autres polémiques que les molles dénonciations des Jeux toujours plus sous
emprise de l’industrie du sport. La vague de troubles sociaux et d’évènements
politiques des années 60-70 a bien failli emporter l’olympisme du baron de
Coubertin (Mexico 68 et répression des étudiants, Munich 72 et le terrorisme,
Montréal 76 et le boycott africain, absence du bloc Ouest à Moscou en 1980 et du
bloc communiste à Los Angeles 84). A l’inverse, le succès économique en 1984 de
la seule ville alors candidate, Los Angeles, a lancé l’ère de Jeux Olympiques
déconnectés de toute influence du cours des affaires (inter)nationales.
L’histoire retient plus les exploits de Carl Lewis que l’absence de l’URSS. En
1988, à Séoul, la disqualification sportive de Ben Johnson a plus remué les
foules que la non-réconciliation politique des deux Corées.
Avec la fin du communisme réel, les discours sur la fin de l’Histoire ont fait
entrevoir, au début des années 90, une ère pacifiée : avènement inexorable d’un
monde de démocraties et de marchés. De loisirs également. Les Jeux se doivent
d’être un grand barnum sportif, distrayant, époustouflant les foules au gré des
records battus et des médailles glanées. Evénement auto-proclamé et ritualisé.
Séoul (1988), Barcelone (1992), Atlanta (1996), Sydney (2000), Athènes (2004)
ont prospéré financièrement, se rendant présentables au prix de grands travaux
et d’expulsions des sans-abris des centres-villes. Ces quinzaines olympiques
sont venues appuyer une époque devenue quelque peu insouciante, où tourisme et
mercantilisme se mêlent en joyeuse kermesse. Les soubresauts de l’actualité
internationale ont pu alimenter certaines peurs, sans toutefois remettre en
cause l’organisation ou la participation des athlètes aux Jeux. Pour ne citer
que l’essentiel, le démantèlement de l’Empire soviétique ou le 11 septembre
2001, et son corollaire de menaces terroristes, n’ont pas altéré l’enthousiasme
du public et le succès financier. Seule l’ombre fugace du dopage (affaire Ben
Johnson et affaire des sprinteurs grecs Kenteris-Thanou en 2004 notamment) a
dérangé. A l’occasion. Il y a affaires et affaires… Et on ne mélange profits
lucratifs et ennuis vite oubliés. Le spectacle doit être assuré.
13 juillet 2001. Ni Osaka, ni Paris, encore moins Toronto ou Istanbul. Non,
Pékin pour 2008. Samaranch y a vu le futur économique de l’olympisme, la
promesse de contrats télévisés juteux. Cap à l’Est pour le grand bond en avant
du mouvement olympique. Les ONG, ardents défenseurs des Droits de l’Homme, ont
vu cette désignation comme un quitus à toutes les infractions sociales et
environnementales sur lesquelles la Chine assure son développement au pas de
charge. Ce choix a fait l’effet d’une bombe auprès des contempteurs du régime
autoritaire chinois. La question politique du boycott sportif des Jeux - en
sommeil jusque-là -, est prête à revenir là où on ne l’attend plus. Prompte à
surgir pourvu que les événements la nourrissent. Que les médias internationaux
se montrent vigilants. Et que l’opinion publique s’en mêle. La révélation au
grand jour de l’oppression chinoise sur le peuple tibétain et sa condamnation
internationale rappellent cruellement à Pékin que les Jeux vont de pair avec une
exigence de respectabilité, une mise à nu de ce qu’on veut cacher, un examen de
son équation de vie, un jugement de valeur de ses alter ego. Les faits sont plus
têtus que la propagande ou l’écran de fumée. Être à hauteur des Jeux est plus
périlleux que se les voir attribuer. Revers de la médaille en somme.
De l’autre côté, faut-il alors participer aux Jeux? Les exactions contre les
manifestants tibétains rendent-elles ce régime encore fréquentable ? Le boycott
est-il un moyen de pression sur la Chine pour mettre un terme à sa politique de
répression des minorités non Han, pour dénoncer sa politique de « rééducation
par le travail » (laogai ou les goulags contemporains) ou sa collusion avec des
régimes tortionnaires, tels le Soudan ou le Zimbabwe? Ne pas concourir à Pékin
va-t-il atténuer sa politique belliciste envers ses voisins, du Nord au Sud, de
l’Est à l’Ouest, à commencer par Taiwan ? L’Empire du Milieu n’aime pas qu’on
lui fasse la leçon. Mais flaire vite les vents contraires.
Depuis le forfait du cinéaste américain Steven Spielberg, censé être le
conseiller artistique de la cérémonie d’ouverture de Pékin 2008, les dignitaires
chinois ont senti la menace, prêtant depuis une oreille faussement attentive aux
différentes récriminations. Pour la forme, une délégation de représentants
tibétains a été reçue. Le « dialogue » engagé n’est pas allé plus loin. De la
poudre aux yeux pour calmer les esprits, en attendant une répression encore plus
féroce après les Jeux. On peut faire confiance à la mémoire notariale des
Chinois. Ce semblant d’ouverture n’est toutefois pas fortuit. De nouvelles
défections, de délégations cette fois, risquent de gâcher fête et fastes
annoncés et faire perdre la face. Or, de semaine en semaine, le contexte a
évolué. Rapidement. La mobilisation de différentes ONG, Reporters Sans
Frontières notamment, a encore trouvé auprès des bases militantes des libertés
humaines un écho mobilisateur. Pékin risque de se retrouver au mois d’août en
tête-à-tête avec lui-même ou en compagnie de comparses clients peu regardants.
Donc, en se croyant toujours au centre du monde, bouger un peu mais sans rien
changer.
En décembre 2007, Amnesty International a renouvelé cette piqûre de rappel : «
La Chine s’était engagée en 2001, lorsqu’elle était candidate à l’organisation
des Jeux, à améliorer la situation des droits de l’Homme et elle avait promis
moins de censure ». Vœu pieux cependant. Pékin, à vrai dire, est inflexible sur
ces questions et s’est même braqué au cours des mois de mars et avril suite lors
des passages tourmentés de la flamme olympique à Londres puis à Paris. Pourquoi
une telle intransigeance ? Pékin est-il si sûr de son fait ? Personne pour
remettre en cause la tenue de ses Jeux ? La méthode Coué a joué à plein.
Le ministre de affaires étrangères français a appelé, le 25 mars dernier, à «
servir les Droits de l’homme » et non à « s’en servir » ! Pirouette sémantique
cachant mal l’embarras des autorités françaises. Tout au plus, les gouvernements
occidentaux s’engagent à ne pas être présents durant la cérémonie d’ouverture
pour marquer leur désapprobation. Priorité reste à « dialoguer » avec un pays en
pleine croissance économique, « réalité en effet » dont « il faut tenir compte
», comme l’a concédé Bernard Kouchner. Et chacun va en tenir compte. Parabole de
l’opéra de Pékin : cacophonie musicale, spectacle illisible et indigeste, mais
applaudi poliment. On fait toujours comme si …avec les Chinois.
Premier enseignement : les gouvernements, et encore moins les athlètes, ne sont
pas prêts à sacrifier des années d’efforts diplomatiques et physiques. Peu
importe la cause. Le poids international et l’attractivité économique de la
Chine font le reste.
Mais la question du boycott s’est-elle vraiment posée ? Si une véritable remise
en cause des Jeux a été envisageable, quelle pesée et quelle portée poids aurait
un tel renoncement? Un bref regard sur l’histoire de ces mouvements laisse
circonspect, tant les boycotts ont laissé des traces contrastées. L’argument de
leur non efficacité a ainsi souvent été invoqué pour aller concourir à Pékin.
Malgré tout. Dilemme entre présence infâmante et absence inopérante ?
Les Jeux Olympiques contemporains, en 1896, avec pour corollaire les prémices du
sport de masse, de l’événement globalisé, donnent aux exploits athlétiques une
résonance planétaire, via la radio, la presse, les projections
cinématographiques : les Jeux de Berlin, en 1936, diffusés dans 25 salles de la
capitale allemande, ont intéressé 160 000 spectateurs, férus et friands
d’actualité sportive. 75 000 touristes se sont déplacés outre-Rhin pour la
quinzaine olympique malgré la crise de 1929 touchant les pays développés. Enfin,
2800 journalistes accourus à Berlin ont informé 300 millions de lecteurs et
d’auditeurs. Aujourd’hui, c’est en milliards de téléspectateurs ou en centaines
de milliers de visiteurs que s’appréhende le rendez-vous olympique. Le boycott a
acquis ses « lettres de noblesse » par la nature médiatique même de l’événement.
Son message s’adresse tantôt à la ville hôte (Moscou 80, Los Angeles 84) tantôt
pour des causes (Melbourne 56, Montréal 76) que le monde ne peut ignorer.
Parfois, la gesticulation suffit avant le geste.
Indéniablement, le boycott des Jeux est aussi le produit d’une époque.
L’affrontement physique n’est plus de mise, devenu soit illégitime soit
impossible, au risque d’entraîner la perte des deux belligérants. Norbert Elias
et Eric Dunning ont décrit ce processus de civilisation, né avec la diffusion
des démocraties parlementaires où les luttes sont euphémiques : enjeux de
transactions et de joutes verbales plus que affrontements physiques. L’avènement
des boycotts dans la période de la Guerre froide n’est sans doute pas fortuit.
C’est aussi la réplique du faible au fort, lorsque les alternatives se font
rares.
Tel fut le mode d’action envisagé, mais jamais abouti pour les Jeux de Berlin de
1936. En « réponse » aux lois de Nuremberg du 15 septembre 1935, mesures
antisémites visant à exclure les Juifs de diverses activités économiques et
sociales, les démocraties anglaise, française et américaine ont fait part de
leur inquiétude tout d’abord, de leur profond mécontentement ensuite. Au point
d’envisager une non-participation de leurs athlètes pour les épreuves de Berlin.
Le gouvernement socialiste de Léon Blum n’a pas tranché : des crédits ont été
accordés pour 1300 athlètes aux Olympiades populaires de Barcelone (contre-jeux
socialistes jamais tenus) tandis que 200 sportifs sont venus à Berlin. Pour les
Etats-Unis, le problème fut différent. Le président de l’AAU (Amateur Athletic
Union), Jeremiah Mahoney, a écrit au Comité olympique allemand en octobre 1935,
soulignant que la politique prônée par le mouvement olympique est « l’antithèse
de l’idéologie nazie qui a pour pierre angulaire le dogme de l’inégalité raciale
». Avery Brundage, président du Comité national olympique américain et futur
président du CIO, a soutenu, au contraire, l’esprit olympique de l’Allemagne. Le
Département d’Etat comme la Maison Blanche ne se sont investis dans cette
querelle : la décision fut prise, en décembre 1935, après moult débats et
mobilisations, d’aller défendre les chances américaines à Berlin. L’Allemagne a
alors concédé des compromis mineurs : signes antisémites retirés dans les rues
de Berlin et inclusion dans l’équipe allemande de deux athlètes « mixtes »,
sportifs ayant des origines juives. Pour preuve de « bonne volonté ». Apparences
sauves. Premier recul. Pourquoi pas d’autres ?
En novembre 1956, deux semaines avant l’ouverture des Jeux de Melbourne, les
chars soviétiques ont écrasé dans le sang l’insurrection (contre)révolutionnaire
réclamant un « socialisme démocratique ». Alors, Avery Brundage, président du
CIO, toujours prompt à défendre la tenue des Jeux coûte que coûte, d’implorer :
« Chaque personne civilisée recule d'horreur devant le sauvage massacre de la
Hongrie. Mais cela n'est pas une raison pour détruire l'idéal de la coopération
internationale et de bonne volonté qui est le sceau du mouvement olympique. Les
jeux olympiques sont des compétitions entre individus, non entre nations ».
Pays-Bas, Suisse et Espagne, ayant pris fait et cause pour la rue hongroise
réprimée, se sont abstenus de participer aux Jeux australiens. Hongrois et
Soviétiques ont réglé leurs comptes dans la piscine de water-polo australienne,
l’eau virant au rouge écarlate au cours d’un match particulièrement brutal.
Quant à l’Egypte de Nasser, la crise du canal du Suez lui a permis de compter
sur une solidarité arabe (Liban et Irak) pour boycotter l’épreuve et ne pas se
mesurer aux athlètes israéliens.
1976 a marqué le point d’orgue de l’affirmation du continent africain dans son
combat contre l’Apartheid. 28 nations africaines ont refusé de se rendre à une
compétition incluant la Nouvelle-Zélande, pays ayant gardé des relations
sportives intactes avec l’Afrique du Sud, notamment en rugby. Ce régime
rétrograde a, toutefois, survécu une bonne quinzaine d’années.
1980-1984 : action-rétorsion. En réponse au boycott du bloc de l’Ouest suite à
l’invasion de l’Afghanistan, les pays alliés à Moscou ne se sont pas rendus à
Los Angeles : échec pourtant patent de cette tentative soviétique. D’une part,
1984 a redonné un souffle sportif aux Etats-Unis, fiers de montrer au monde
entier sa nouvelle perle Carl Lewis. La réussite financière des Jeux a coïncidé
aussi avec le renouveau économique américain de l’ère Reagan. L’URSS, pendant ce
temps, s’est lentement asphyxiée. D’autre part, la Chine populaire, la
Yougoslavie et la Roumanie se sont rendues à Los Angeles. Bloc de l’Est fissuré
? Visiblement, les rebelles ne se sont plus cachés pour le faire savoir.
Deuxième enseignement : ces boycotts, s’ils ont marqué l’histoire des Jeux, ne
produisent pas les effets espérés. Les absents ont toujours tort.
Que retenir de ce débat sur le boycott subrepticement évoqué, le temps d’un
échange de torches dans les rues de Londres, de Paris, de San Francisco ? Qu’il
n’existe plus au fond. La question, oubliée et remise au goût du jour par les
ONG, n’a plus lieu d’être. Les Jeux ont acquis une telle dimension sociale,
culturelle, sportive, économique que leur renoncement n’est plus envisageable
aux yeux du public. Les sponsors, les télévisions ont payé cher et tiennent à
leur retour sur investissement. Il en coûte, peut-être, aux délégations d’en
être, de défiler devant les dignitaires de Pékin, de se courber devant les hôtes
chinois pour jouer aux VRP et avoir part au gâteau. Il en coûte infiniment plus
d’être absent. De s’exclure des premiers Jeux chinois dont il faudrait payer le
prix tôt ou tard. La peste ou le choléra.
Ne pas aller à Pékin ne change, sans doute, pas grand-chose aux sort des
Tibétains. Taiwan reste, quoi qu’il arrive, une île rebelle à mettre au pas. Les
défenseurs de la liberté de la presse, les dénonciateurs de la corruption
rampante des dignitaires n’ont toujours pas voix au chapitre. Avant et après
Jeux. Les dirigeants de la RPC ont été suffisamment autistes jusqu’ici sur ces
questions. Leur infliger un camouflet n’a aucune emprise sur des « questions
nationales ». Realpolitik donc … en se pinçant le nez et toute honte bue.
Le CIO connaît ces problèmes. Il n’a tout simplement pas voulu les considérer.
Ou du moins, il les traite comme somme négligeable. Les promesses de la Chine
ont aveuglé les membres du Comité olympique. Choix pas inéluctable toutefois.
Bien analyser la situation de l’Empire du milieu aurait conduit le comité
exécutif du CIO à rejeter la candidature pékinoise, à considérer la Chine
infréquentable. Et non pas en l’adoubant. En se voilant la face. Là était son
influence géopolitique. Là auraient été expérience, pédagogie, vertu. Peut-on
trop demander au CIO ?
Aujourd’hui Pékin, demain Sotchi. La question du boycott ressurgira. Peut être.
Certainement. Puis s’éteindra à nouveau. Pour Jacques Rogge, « le boycott des
Jeux <de Pékin> ne résoudrait rien <du problème tibétain>, il ne porterait
préjudice qu’aux athlètes innocents »
Une fois encore, le mouvement olympique s’est « passé » de toute considération
politique dans son choix. Il n’assume pas son poids - revendiqué mais non assumé
- sur le cours du monde, sur l’évolution des nations. L’Histoire a à trancher.
Maintenant. Vite. Et sans états d’âme.
Pour le CIO, voilà bien que l’or - ou l’argent - pourrait, un jour, se
transformer en plomb…
Benoît Angelini, GREASIE, Université de Paris X-Nanterre
angelinifamily@hotmail.com