Des livres portant sur l’attribution à la Grande-Bretagne (Singapour 2006) des JO de 2012 : Viv Simson & Andrew Jennings, Main basse sur les JO, Flammarion 1992 + Andrew Jennings, La Face cachée des Jeux olympiques (Cadeaux, dessous de table, trafics d’influence. Comment on achète les JO), L’Archipel, Paris 2000 + Alain Lunzenfichter, Athènes 1896-Pékin 2008. Choix épiques des villes olympiques, Atlantica, Anglet 2002 + Arnaud de Rendinger, Jeux perdus. Paris 2012. Pari gâché, Fayard, Paris + Patrick Essert & Alain Lunzenfichter, Malheureux aux Jeux. 1992, 2008, 2012. Pourquoi Paris n’obtient jamais les Jeux, Prolongations + Henri Charpentier & Alain Billouin, Périls sur les Jeux. Trop vite ? Trop haut ? Trop fort ?, Le Cherche-Midi, Paris 2004 + Alain & Marie Lutzenfichter, La Politique et l’Olympisme moderne, Atlantica, Paris .
A comparer avec l’attribution d’organisation de la Coupe du monde de football 2014 : Brésil officiellement désigné, ce qui n’est que injustice réparée pour le triple champion du monde alors que Argentine, Chili et Uruguay lui ont, depuis la création de la Coupe Jules-Rimet, « brûlé la politesse »
Enjeu : Où en est l'Olympisme ? Après Athènes 2004, Turin 2006. Avant Pékin 2008,
Vancouver 2010 et Londres 2012, que penser de ce « mouvement » ayant proclamé
dans sa charte « s’opposer à toute utilisation abusive politique ou commerciale,
du sport et des athlètes » (Charte Olympique, Chap.1 : I-2, Mission et Rôle du
CIO ) ?
Le 1er août 2006, Coca-Cola et le CIO annonçaient fièrement devant la Grande
muraille de Chine la prolongation de leur partenariat aux intérêts bien mutuels.
Jusqu’en 2020, la marque de soda va s’assurer une visibilité inégalée aux yeux
de milliards de téléspectateurs et ce, tous les quatre ans. Jacques Rogge,
président du CIO, n’a pas d’ailleurs pas tari d’éloges sur la marque d’Atlanta :
« La famille olympique et Coca-Cola partagent les valeurs de l'Olympisme dans ce
qu'elles ont de plus profond »... L’Organisation Internationale Non
Gouvernementale à but non lucratif (Charte Olympique, chap. 1 :5-1) et Coca-Cola
pérennisent ainsi 92 années d’un développement commun, deux noms associés pour
le meilleur… Le lien en événement sportif de masse et marque est aujourd’hui
inévitable. Jeux Olympiques, Coupes du Monde de football et de rugby, Superbowl
de football américain, Championnat d’Europe des nations en football, finale de
la Ligue des Champions : autant d’événements suivis par le monde entier,
focalisant l’attention des médias et du public des cinq continents.
Autant de vitrines publicitaires pour les multinationales de grande consommation.
Alors que l’attribution des Jeux à Athènes devait symboliser un retour aux
origines, à la conception antique de l’affrontement, le public fut plutôt
abreuvé de références commerciales. Depuis Los Angeles 1984, le tournant a été
net et tout esprit de retour aux valeurs semble voué à l’échec, l’image se
brouillant dans la litanie des réclames publicitaires et des sponsors
omniprésents sur les pistes, dans les stades et sur les téléviseurs. Pour
redorer le blason des Jeux Olympiques et du CIO en perte de vitesse et
n’attirant que peu de villes candidates, Juan Antonio Samaranch a su attirer et
séduire plusieurs entreprises prêtes, à coups de millions de dollars, à financer
et rendre viable la tenue quadriennale des Jeux. Ce fut là une vraie gageure.
Après les Jeux de Montréal en 1976, on s’interrogeait sur la pérennité des JO.
La ville québécoise a dû éponger un déficit monstre et voit aujourd’hui son
stade olympique se délabrer lentement, inutile après le départ de son équipe de
base-ball professionnel en hiver 2004. Les Jeux de Moscou en 1980 furent pires.
Un désastre pour l’image du CIO après la défection du bloc occidental suite à
l’invasion soviétique de l’Afghanistan (décembre 1979). Bref, Los Angeles se
devait être les Jeux d’une certaine renaissance, d’un nouveau souffle…économique
s’entend. Toujours plus ! Hélas !
Depuis, foire commerciale, cirque médiatique, sport alibi, amnésie provisoire.
Les jeux sont faits. Vive les Jeux ?
En Jeu : Paris ne verra pas les Jeux. Pour longtemps encore. Que sait-on du
vote de Singapour (2005) qui attribua l’organisation des JO à Londres ? Rien ou
presque. Qui a fait pencher la balance ? Les arcanes du CIO restent
impénétrables. Les suspicions demeurent. La presse et le monde politique
français ont ergoté, pendant des semaines, pour savoir qui a bien pu enlever ce
privilège à Paris. Mais les votants ne sont pas hommes à s’épancher aux fins de
justifier leurs actes. Les rumeurs de complot ont encore de beaux jours devant
elles. Les avis franco-français étaient unanimes. 2012 devait être l’année de
Paris. « Disons le tout net : si la seule raison prévaut, l’affaire est tranchée.
Paris l’emportera et accueillera l’édition 2012 des Jeux, après une abstinence
longue de quatre-vingt-huit ans » (L’Equipe, 6 juillet 2005). Le lendemain, le
même quotidien s’interrogeait en Une « Pourquoi Londres ? ». Plus par
incrédulité que pour expliquer le pourquoi du comment de cette nouvelle débâcle.
Trois échecs en près de vingt ans. Après Lausanne en 1986, Moscou en 2001, le
Raffles City Convention Center de Singapour sonne désormais comme un nouveau
Waterloo sportif. Enterrées les illusions d’un nouvel été joyeux sur les
Champs-Elysées ou « à la Bastille ». Perdues les célébrations de rassemblement «
black-blanc-beur ». Point de cérémonie digne de champions du monde au Stade de
France en 2012. Tout juste un petit tour de chauffe ou de piste pour un meeting
de mise en jambes avant de traverser la Manche. Messieurs les Anglais, tirez les
premiers… et passez devant tout le monde !
Comment en est-on là ? On l’a dit et redit : le dossier de Paris est le meilleur.
Le Comité d’inspection du Comité International Olympique l’a certifié « de très
bonne qualité ». Les médias sont optimistes. Cette fois, c’est la bonne. Surtout
que l’ogre new-yorkais s’est révélé baudruche après le refus de construire un
stade olympique sur les bords de l’Hudson River, au cœur de Manhattan. Les
autres… Moscou ? Pas crédible, recalé par la commission d’inspection. Madrid ?
Certes mais, après tout, Samaranch n’est plus président du CIO : il ne peut
plus, d’un hochement de tête, faire élire ses favoris comme Barcelone ou, plus
récemment, Pékin. Enfin Londres, seul dossier estampillé « de très bonne qualité
» avec Paris, n’a pas à faire frayeur. Paris a séduit avec ses championnats du
monde d’athlétisme au Stade de France de l’été 2003 après l’apothéose de 1998.
La capitale anglaise n’est pas aussi belle vitrine que sa rivale. Et depuis le
tournant du gigantisme des Jeux de Los Angeles en 1984 et l’inflation d’enjeux
médiatiques et financiers, il faut revenir à plus de modestie, de simplicité,
retrouver « une taille humaine ». Jacques Rogge, nouveau chef du mouvement
olympique l’a clamé et réclamé. De l’autre côté du Channel, les Anglais, voyant
trop grand, n’ont pas saisi l’air du temps, pas compris le nouveau siècle
olympique : 12 à 15 milliards d’euros pour une quinzaine, fut-elle olympique,
c’est beaucoup trop ! Surtout avec des transports en commun ayant un, voire deux
siècles de retard ! Il faut un projet « populaire, solidaire, écologique, et
éthique ». Faire la chasse au « gaspillage et à la démesure » pour faire passer
le message du CIO. On y a cru.
Plus dure fut la chute. Les membres de la délégation française poussèrent chacun
leur métaphore sportive : Jean-Claude Killy avait prédit que l’élection « se
jouerait au centième de seconde », le rugbyman international Abdel Benazzi «
rentrait en mêlée ». Avant.
Après, le handballeur Jackson Richardson déplorait avoir perdu « sur un tir à la
dernière seconde ». Après tout, la France est habituée à ce genre de scénario
catastrophe : Waterloo, grands rendez-vous sportifs manqués de justesse… Pour
Jean Paul Huchon, plus prosaïque, « le CIO reste un aéropage, une institution
très difficile à convaincre » (L’Equipe, 7 juillet 2005). Où aurait-il fallu
revoir le jeu de séduction ? Paris avait, certes, concouru à deux élections
jouées d’avance, sa candidature déjà sacrifiée sur l’autel d’enjeux
géopolitiques et de luttes d’influences. En 1982, Jacques Chirac, maire de
Paris, s’était laissé séduire par Juan Antonio Samaranch qui lui a rappelé que
1992 serait le centenaire de l’appel du baron Pierre de Coubertin au renouveau
de l’Olympisme. Le président du CIO cherchait, à l’époque, des candidats
capables de redorer le blason olympique au sortir des déplorables Jeux de Moscou
de 1980, boycotté par le bloc de l’Ouest. La consigne était donnée de voter pour
la capitale catalane, laissant aux Français, en lot de consolation, les Jeux
d’hiver d’Albertville. Onze années plus tard, Paris a servi de faire-valoir à
Pékin. 2004 était attribuée à Athènes qui, elle-même, s’était fait souffler
l’édition de 1996 par Atlanta : Coca-Cola, un des principaux sponsors du CIO et
de CNN, a désormais gagné la timbale financière. Ajouter le principe tacite de
rotation des continents et le fait que là aussi, Pékin devait gagner pour
l’organisation des JO 2000 face à Sydney, et la Ville Lumière n’avait guère de
chances de gagner. Après la Coupe du Monde 2002 de ses rivaux coréens et
japonais, la Chine devait avoir ses Jeux . Ce qui s’est fait, sans coup férir.
Toutefois la candidature pour 2008 a révélé de nombreuses lacunes « politiques »
non résolues, semble-t-il. Paris n’alla même pas en finale, écartée par
Istanbul, avec deux fois de moins de voix qu’escompté. Aux jeux troubles des
luttes d’influences en coulisse et de coups bas, les Français ont perdu d’avance
à Moscou 1986. Quatre ans ont passé depuis et les leçons n’ont pas été retenues
en 2001. Surtout face aux trésors d’artifice et de rouerie déployés par la
diplomatie britannique.
A son arrivée au pouvoir, Tony Blair avait fait de l’organisation d’événements
sportifs internationaux l’un des symboles de la renaissance de l’Angleterre.
Pour Tony Blair et ses spin doctors, l’image de modernité et de dynamisme colle
parfaitement à celle du New Labour. En 1966, le monde était invité par le peuple
insulaire à célébrer son apport au football universel. Désormais, signal est
donné que l’Angleterre s’ouvre sur le monde pour être accueillie au « village
mondial ». Le film de présentation anglais, aux accents tiers-mondistes avec
Nelson Mandela en VRP de luxe pour Londres, devait délivrer ce message en
filigrane. La candidature pour la Coupe du Monde 2006 de football avait été
pensée ainsi. Malgré l’engagement verbal de l’Angleterre de ne pas concourir en
2006 face à l’Allemagne pour un soutien en retour à l’Euro 96 England, les
Britanniques se lancèrent à fond dans une bataille perdue d’avance. Les membres
européens de l’UEFA ne supportèrent pas cette trahison et poussèrent pour le
dossier allemand : Weltmeisterschaft 2006 en Allemagne.
A noter déjà l’investissement des autorités britanniques en la matière. Bis
repetita pour 2012. Le comité d’organisation reçut l’appui du Foreign and
Commonwealth Office ainsi que des services de renseignements : leur tâche
consista à identifier les décisionnaires et les parties clefs au sein de la FIFA
et des autres organismes sportifs internationaux, leur attitude envers la
candidature anglaise. Pour cela, faciliter l’accueil de ces individus et de
leurs proches dans l’ex-empire colonial, y compris avec des formalités de visa
simplifiées et d’arranger des rendez-vous plus ou moins informels et impromptus
avec les décideurs et faiseurs d’opinion. Enfin les journalistes avaient été
briefés pour garder, sous le coude, leurs scoops indésirables (Badfellas, FIFA
Family at War, John Sudgen, Alan Tomlinson, Mainstream Publishing, 2003).
Tour de chauffe nécessaire et leçon(s) retenue(s) pour candidater aux JO. Pour
2012, mêmes recettes employées : un journaliste du Sun, tabloïd appartenant au
francophobe Rupert Murdoch, reconnaît que « personne n’a sorti de grosse
histoire affectant la candidature sur le long terme. D’abord parce que c’était
difficile : les gens avaient peur de parler et de s’attirer les critiques du CIO
» (L’Equipe, 7 juillet 2005).
Côté personnalités, le camp politique et médiatique français n’a pas soutenu la
comparaison. Une candidature ne saurait être présentée sans la présence du plus
haut représentant de l’Etat le jour du vote ou du moins pour défendre son pays
ou la ville en lice. Cette règle tacite vaut à la FIFA et aussi au CIO. L’envoi
à Moscou, quatre ans plus tôt, du premier ministre Lionel Jospin, était perçu
comme un signe de renoncement français par les dirigeants olympiques. Pour
Londres 2012, Tony Blair avait pris le temps de convaincre, deux jours durant,
dans les coursives hôtelières de Singapour, les votants indécis. 48 heures à
sillonner les couloirs, multiplier les réunions, à convaincre 32 interlocuteurs.
Fort de son aura de nouveau pourfendeur de la pauvreté en Afrique, de
réformateur de son pays, il a porté son message haut et clair aux membres du
mouvement sportif : Londres est devenu le centre économique, culturel et
cosmopolite de l’Europe. Il a même persuadé 3 des 4 membres italiens de voter
pour Londres, tout comme il a amené, deux ans plus tôt, Silvio Berlusconi à
s’engager en Irak. Jacques Chirac, arrivé la veille du vote, fut moins discret
mais fut-il aussi efficace ? Paris clamait être un candidat fair-play. Soit.
Mais il a tout de même égratigné au passage la cuisine britannique. Et puis
celle finlandaise, « les deux plus mauvaises au monde ». Les deux membres
votants finnois du CIO ont sûrement apprécié… Mario Pescante, secrétaire d’Etat
italien aux sports, a noté que Sebastian Coe, le chef de la délégation
britannique, a réussi à s’attirer les faveurs des pays scandinaves (Corriere
della Sera, 7 juillet 2005). Les Jeux étaient, sans doute, faits pour Paris.
Fidèle à son habitude, le Président de la République a serré d’innombrables
mains, eu un mot pour un tel (« la Hongrie, c’est un pays ami, formidable »),
fait la bise à un autre. Au Japonais Chiaru Igaya, il a rappelé être un
inconditionnel du sumo, et a promis d’aller bientôt…en Mongolie en visite
officielle, comptant y voir des combats. Bref, si peu. Si convenu. Si
inefficient. Abracadabrantesque …
Londres a sorti de sa manche, en mai 2004, l’ancien double champion olympique du
1500 mètres, Sebastian Coe, en remplacement de la controversée citoyenne
américaine Barbara Cassini. La capitale britannique, à Singapour, a gagné
certainement, en désignant une « pointure », une personnalité de choix. Ancien
parlementaire, et ex-membre de la Commission des athlètes au CIO, l’homme avait
une connaissance aiguë des arcanes du CIO, et une expérience politique pour le
moins utile dans ce genre de circonstances. Deux villes candidates ont amené
leur footballeur galactique parce que le football est le sport le plus populaire
et le plus prisé en Asie : Raul, l’attaquant madrilène venu défendre Madrid et
David Beckham, icône asiatique, pour une arrivée remarquée dans le détroit de
Malacca. La France garda Zidane en réserve : il avait déjà donné pour le show
olympique à Moscou, quatre ans plus tôt, quatre ans trop tôt. A Singapour, en
vedette de sport mondialisé, un Tony Parker, basketteur des San Antonio Spurs,
au profil encore lisse et au crédit international nul. Bye, bye, Paris !
Après coup, Jean-Claude Killy n’a pas pris de pincettes. Pour lui, cet échec
marque la fin du rêve des Jeux à Paris : « c’est terminé pour la France ». Les
commentaires sont allés bon train sur le manque d’entrain spontané du citoyen
français pour le sport. Beaucoup de personnalités comptaient sur Paris 2012 pour
susciter un engouement de la pratique sportive en France, tout comme la Coupe du
Monde 98 a vu le public se passionner pour le football. Jean-Claude Killy a fait
un parallèle, étonnant, entre la perte des Jeux et la santé publique : « le
sport santé pour l’équilibre, tout cela aurait déferlé sur la France. Nous
aurions eu la capacité de modifier le niveau de santé de notre pays. Aujourd’hui
15% des Français souffrent d’obésité. Dans quinze ans, nous en aurons 30%.
L’organisation des Jeux aurait sans doute ralenti cette montée en puissance ».
Il déplore ensuite la jeunesse « sans repères » : le manque de résultats et de
régularité des athlètes français dans le monde du sport ne plaide guère pour
elle. Mais faut-il attendre des Jeux ou une Coupe du Monde, par principe
incertains dans leur attribution, pour mobiliser une ville, une nation, pour
lancer un projet, un bouleversement de société ou lui faire aimer le sport du
jour ou lendemain ? Certes non ! Les pays à forte tradition sportive -
Allemagne, Italie, Etats-Unis, Angleterre, Chine - n’ont pas attendu ce type
d’événements pour donner envie de se dépenser et de se dépasser. Le sport
participe de leur quotidien, de leur environnement naturel, de leur ethos. Il
est vain d’attendre de Paris 2012 une mobilisation de fond pour le sport. Les
effets de mode ont existé (le basket avec la Dream Team de Barcelone en 1992 ou
le volley ou le foot). Ce sont feux de paille. Il est temps de former nos
champions pour Londres 2012, de donner goût au sport aux Français et d’arrêter
de croire aux chimères du sport comme pansement social. Du coup, on n’entend
plus que des « la main a passé », « c’est déjà du passé ».
Les Jeux à la française sont morts et enterrés… Pour autant, se piquer encore
aux Jeux ?
Pour Jeux/Par jeu : Comment ne pas/plus obtenir les Jeux
Humour anglais après la désignation de Londres pour les JOs de 2012 grâce au
lobbying de Sebastian (Seb) Coe : Seb, cocotte ! (allusion à la cocotte minute
SEB : pression maximale pour un plat délicieux à la sortie et à la chochotte
française).
Mauvais feuilleton … Cruel remake : Entre « Seigneur des anneaux » mondialisé et
« Les Misérables » franco-français, il n’y a pas photo ou plutôt 4 voix de
différence réparties entre jugement culinaires à l’emporte-pièce et rancoeurs
inutiles provoquées chez les votants qui tiennent votre projet entre leurs
mains. Que valent Légion d’honneur et invitation à assister à la garden-party du
14 juillet à l’Elysée face à des paquets de dollars bien distribués ou des
contrats juteux ?
Aux Guignols de l’info sur la chaîne française Canal+, la marionnette du maire
de Paris, Bertrand Delanoë, président du Comité pour les Jeux à Paris 2012, a
beau se défausser sur d’autres de l’échec de la candidature de Paris. Il n’est
pas seul en cause. D’autres ont tellement joué perso pour profiter des Jeux à
attribuer à Paris pour 2012… Et pas des moindres. Le mal français est aussi là
où on l’attend peu. Français, malheureux aux Jeux et si peu heureux, même en
amour. Sauf au sommet de l’Etat. Et encore ! Depuis 2005, l’image de lucky
looser/mauvais perdant, de redoutable machine à perdre a fini par coller aux
basques de la France.
Pareil en Olympie. Battus mais contents ! 1992 par Barcelone, 2008 par Pékin ,
2012 par Londres … Si Paris ou une autre ville française (Lille, Lyon, Toulouse,
Grenoble, Marseille) ou une candidate dans le monde souhaitent obtenir un jour
les Jeux olympiques, l’ouvrage de Patrick Issert et d’Alain Lunzenfichter est
incontournable. Pédagogique. Il faut respecter les règles écrites du CIO
(dossier technique impeccable, ville attrayante ET attractive…) mais surtout non
écrites du CIO et de son tout-puissant parrain, Juan Antonio Samaranch
(président d’honneur à vie !). S’appuyer sur la force réelle du dossier présenté
et ne pas vendre la peau de l’ours. Ne pas être arrogant, même avec un dossier
béton (merci, Bouygues !), ne pas pavaner et tirer des plans sur la comète
(bonjour Lagardère !), ne pas oublier le poids et le prix humain des votants
(banquer à bon escient!). Choix stratégiques à réviser et à intégrer, voire à
inventer dans toute nouvelle candidature.
Compétition planétaire : rien n’est gagné d’avance. Les savoir-faire politiques
et économiques sont nécessaires. Pas suffisants. Pour voir se dérouler le tapis
rouge olympique. Le CIO n’est pas un jury d’oral à l’ENA (Ecole Nationale
d’Administration française : déjà en 2001, une note du cabinet du Premier
ministre Lionel Jospin listait les erreurs à ne plus faire après l’échec pour
2008). En amont, le meilleur dossier possible : faire collaborer sans états
d’âme ou arrière-pensées politiques et hauts fonctionnaires dans le cercle de
décision, mettre en avant sportifs de haute volée et anciennes gloires sportives
parlant le même langage que les membres du CIO. (David Douillet, à la différence
du double champion olympique, député et dirigeant sportif national Sebastian
Coe, est connu du seul monde du judo mais pas du milieu olympien. Donc, choisir
une « pointure », même étrangère, pour montrer tout l’intérêt porté aux JO.
Travailler appuis et soutiens pour avoir un socle de vote assuré au sein du CIO
(entre 70 et 120 votants, et seulement 19 en 1998 et 21 en 2005 pour la France).
S’en occuper à plein temps. Donc, mettre en place une cellule de veille
olympique permanente, mobiliser services secrets et moyens d’information
spéciaux afin d’avoir une vision précise de l’évolution du CIO. Muscler le
mouvement sportif national, le doter de moyens financiers, et disposer de
représentants de poids dans les instances internationales. La prochaine fenêtre
de tir possible pour Paris ne s’ouvre que pour 2024. Il faut commencer. Très
tôt. Vite. Patiemment. Maintenant.
Les Anglais ont inventé le sport mondialisé, mais les Français l’ont tout
d’abord administré. Il faut reprendre la main. Ne pas se contenter d’un seul
président français de fédération internationale olympique (l’escrime). Faire du
Comité olympique un poids lourd financier international, à l’image de l’Italie
ou de la Hongrie, où le gouvernement met de gros moyens. Savoir que, pour un
ex-athlète, l’absence de partenariat entre entreprise et mouvement sportif rend
très difficile une pesée internationale (En France, le Team Lagardère n’en est
qu’à ses balbutiements). Ne pas manquer de fair-play, c’est ne pas craindre le
lobbying forcené ou jouer de mauvaise foi. Comme les Anglais. C’est mettre tous
les atouts de son côté. Se donner corps et âme aux Jeux. Médias compris, tous
médias confondus … Si on veut les Jeux !
Faut-il le rappeler ? Tout se joue dans l’entre-Jeux.
Encore faut-il en avoir les bourses pleines avant et les moyens après.