GREASIE a choisi de donner la parole à un Coréen très informé pour un regard
autre sur son pays.
Entretien avec PARK Jun-ki, résident à Bordeaux depuis 12 ans
A quel moment et dans quel(s) contexte(s) l’idée d’organiser les JO à Séoul
est-elle née ? Et par qui ?
_ Cela remonte à l’époque du président Park Jung-hee. Notamment aux derniers
moments de son régime qui durcissait de plus en plus la politique de répression.
D’abord, le projet a été élaboré par quelques personnages les plus fidèles au «
président à vie », militaires issus de l’armée, (re)convertis en représentants
des domaines culturels et sportifs avant de servir de propagandistes de
l’idéologie de l’Etat. Dévoilé officiellement en octobre 1979, ce projet
semblait être terminé avec l’assassinat du président Park survenu le 26 octobre
1979. Mais un autre régime militaire dirigé par le général Chun Doo-whan a
repris très vite le dossier pour détourner l’attention de la situation chaotique
juste après son coup d’Etat. Ainsi la Corée du Sud a-t-elle déposé au CIO, le 26
février 1981, sa candidature officielle pour les JO de 1988. Et puis,
l’emportant sur Nagoya (par 52 voix contre 27), Séoul a été désigné, le 30
septembre 1981, comme ville pour accueillir les JO. C’était donc le même projet
qui a été élaboré, puis conduit à bonne fin. Et réalisé aux « moments les plus
noirs » dans l’histoire de la politique contemporaine de la Corée du Sud.
Au moment de l'attribution des JO à la Corée du Sud, quelle était la situation
globale externe, diplomatique, stratégique de la Corée du Sud par rapport à la
Corée du Nord, à ses voisins Chine, URSS, Japon, ou à ses alliés comme les
Etats-Unis et à la Communauté européenne?
_ Tout cela doit se situer dans la logique de la (nouvelle) guerre froide au
début des années 1980. Les dirigeants politiques sud-coréens de l’époque
considéraient l’accueil des JO comme une sorte de prolongement naturel de leur
politique extérieure. Si l’objectif affiché est de renforcer la position de la
Corée du Sud sur la scène internationale, il s’agit avant tout d’assurer à
celle-ci une supériorité irréversible vis-à-vis de la Corée du Nord à travers
les événements sportifs d’ampleur mondiale. Par ailleurs, après avoir passé
certains moments de doute liés aux boycotts susceptibles de provoquer les
éventuels « demis-JO » qui ont lieu déjà deux fois précédemment (Moscou en 1980
et Los Angeles en 1984), les organisateurs sud-coréens s’efforçaient d’attirer
l’attention des « puissances » du camp adverse, c’est-à-dire l’URSS et la Chine.
Non seulement pour la réussite « sportive » des JO, mais aussi pour saisir une
occasion pour que la Corée du Sud se rapproche de celles-ci. Tout cela explique
en grande partie l’importance des JO pour un régime militaire qui souffre, dès
son origine, du manque de légitimité politique intérieure et internationale. Et
par ce biais même, illustrer les rapports complexes de la politique interne et
de la politique externe. Quant aux acteurs faisant partie de l’autre « camp »,
le camp libéral (Etats-Unis, Japon, Communauté européenne), ils n’avaient aucune
raison de refuser les JO de Séoul. Cela servait leurs intérêts diplomatiques et
commerciaux. La Corée du Sud se trouvait dans une région militaire et
stratégique où les intérêts des deux camps étaient face-à-face, opposés mais
convergents.
Merci d’avoir précisé les enjeux politiques. Mais vous parlez aussi d’intérêts
commerciaux, donc économiques. Expliquez cela. D’abord pour les Grands acteurs
extérieurs. Puis, pour la Corée du Sud elle-même …
Il en va de soi pour les grandes entreprises multinationales reconnues comme «
partenaires privilégiés » (Coca Cola, Nike, Adidas…) pour des raisons déjà
connues (retombées médiatiques, marchés exponentiels, nouveaux clients,
concurrence écrasée …)
Coca Cola n’a-t-il pas fourni les JO de Moscou 1980 et les Jeux de Los Angeles
1984 ? Cela n’a pas gêné Séoul 1988 ? Et Coca Cola a-t-il gagné des parts de
marché avec la jeunesse de Corée après les JO 1988 ? Expliquez le choix du
sponsor (Nike, Adidas ou autres) pour les équipes nationales coréennes ? Cela
a-t-il fait surgir un équipementier coréen comme au Japon ?
_ Ce qui est évident, c’est que déjà, à cette époque, les enjeux économiques de
grands événements sportifs pour des multinationales étaient colossaux. Quant à
l’industrie coréenne des équipements de sport, le gouvernement a mis en place
une politique favorable à des entreprises nationales spécialisées dans ce
domaine. Mais, je pense que celles-ci n’avaient pas encore atteint le niveau de
compétitivité suffisant pour être concurrentes avec les géants américains,
allemands ou japonais.
Lesquelles ?
_ Samsung, Hyundai, etc. En fait, c’est à une véritable conversion
intellectuelle, technique, technologique et industrielle vers la spécialisation
et l’excellence pour le made in Korea tout entier
En ce qui concerne les grands conglomérats coréens, tous les analystes sérieux
s’accordent sur le fait que ce sont eux qui profitaient le mieux des JO de Séoul
: par exemple, ils avaient déjà le quasi monopole dans les grands travaux
publics d’infrastructure, secteur le plus convoité à l’occasion de JO.
Quels médias ?
_ Nationaux, dans tous les domaines de la communication. Mais aussi pour se
faire connaître à l’international. Idem pour les grands médias américains ou
européens de plus en plus investis sur les événements sportifs majeurs.
Y a-t-il eu agitation sociale? Les différentes strates sociales sud-coréennes
ont-t-elles accueilli avec plaisir, enthousiasme, fierté et orgueil ces Jeux ou
cela dépend dans les milieux sociaux ?
_ Pour mieux comprendre les JO de Séoul, il ne faut pas se limiter à l’année
1988, mais à l’ensemble des périodes, avant, pendant et après cet événement
sportif. Et une telle approche apparaît d’autant plus pertinente que la société
sud-coréenne de ces périodes est profondément marquée par les « mouvements pour
la démocratisation ». Ainsi, dès le début des années 1980, «
l’instrumentalisation politique du sport » constitue un des thèmes favoris des
étudiants qui étaient les principaux acteurs pour la contestation politique du
régime militaire au pouvoir. Pour eux, les JO sont le produit de la fameuse
politique de 3 S (screen, sport, sex) menée par le pouvoir « illégal » pour «
formater l’esprit des masses ». En réalité, au-delà des « milieux contestataires
», une telle critique n’entre pas dans une « opinion publique » soumise à la
censure systématiquement menée par l’Etat. Si l’on a observé l’irruption des
sentiments positifs (« enthousiasme », « fierté » ou « orgueil ») pendant le
déroulement des JO, la manifestation de ces sentiments sous la forme d’un
consensus social largement partagé n’était rendue possible qu’après l’année 1986
où les mouvements des étudiants se transforment en un véritable soulèvement de
caractère populaire en forçant le régime militaire à accepter certain principe
de démocratie. Enfin, il faut souligner que les groupes « progressistes »
semblaient accepter de leur part de ne pas « agiter » pendant le déroulement des
JO, ce qui contribue à renforcer l’image de la « réussite » des JO de Séoul aux
observateurs extérieurs.
Y a-t-il eu découverte ou redécouverte réciproque entre étudiants et
travailleurs coréens à cette époque ? Comme une sorte de Mai 68 coréen ?
_ Sur cette question, je n’ai jamais réfléchi. Désolé… La question sur les
relations de ces deux catégories sociales me semble intéressante, voire très
importante, au moment des JO de Séoul.
Question subsidiaire : est-ce que la diaspora coréenne a soutenu la candidature
de Séoul comme les Chinois de la diaspora, notamment les tycoons chinois de
HongKong, de Macao et de l'étranger ont pu aider financièrement et
matériellement la RPC pour Pékin 2008 ?
_ Réfléchir aux Jeux olympiques de Séoul 1988 à travers la diaspora coréenne ne
semble pas aussi simple contrairement à de nombreuses idées reçues en la
matière. Tout d’abord, on ne peut pas parler de la contribution organisée ou non
de la diaspora coréenne dans les JO de Séoul tant la notion de diaspora ou de «
compatriotes à l’étranger » (pour reprendre les termes employés en coréen)
n’avait pas de signification sociale et politique bien déterminée dans la
société sud-coréenne de l’époque. Il faut, en effet, rappeler que la diaspora
coréenne devient l’objet d’une véritable gestion du gouvernement de Séoul
seulement à partir de 1997, année où est mis en place un organe étatique
spécifiquement chargé de la politique de la diaspora. Dès lors, étant donné que
la définition légitime de la diaspora coréenne ne cesse d’évoluer dans le temps
et dans l’espace et que certaines catégories de « Coréens à étranger » sont
relativement bien connus (par exemple, les Coréens d’Amérique du Nord), il
serait plus intéressant de regarder le cas d’une partie de « compatriotes
oubliés », en l’occurrence les minorités coréennes du bloc communiste (Chine :
environ 1, 6 million et Union soviétique : environ 450 000). Dans ce cas, il est
plus pertinent de parler de l’effet des JO sur l’établissement des relations
avec ces Coréens fraîchement (re)découverts par les Sud-Coréens. Plus
précisément, pour eux, les JO étaient une occasion de renverser l’image d’une
Corée du Sud « pauvre et exploitée sous les jougs impérialiste et dictatorial ».
Telle était la représentation communément véhiculée jusqu’alors. La découverte
d’une Corée « riche et forte » (selon l’expression employée par bon nombre de
Coréens de ces deux pays) a suscité un sentiment de fierté d’être « Coréen »
tout en favorisant l’affirmation d’une « coréanité » jusqu’alors refoulée et/ou
censurée, ce qui est particulièrement vrai chez les Coréens de l’URSS.
Corollairement, ce réajustement de l’image de la Corée à une autre réalité plus
vivante, ou en tout cas plus récente, a conforté la position sud-coréenne au
détriment de la Corée du Nord, toutes les deux engagées dans les luttes pour le
monopole d’une représentation légitime de la « coréanité » au sein de ces
minorités coréennes.
Revenons un moment sur la politique des « Trois S ». Vous l’expliquez fort bien
pour la scène politique interne sud-coréenne. Ne pensez-vous pas aussi à l’autre
attitude de la structure internationale de l’époque par rapport au problème
coréen (Nord et Sud) : Sleep, Smile, Silence ? Aussi bien dans le camp
communiste, c’est-à-dire l’URSS, la Chine et les pays alignés sur Moscou et
Pékin et de l’autre, les EU et leurs « alliés » (GB, France, Allemagne, voire
Communauté européenne, Japon) dans une diplomatie plus suiviste par rapport à
Washington
_ Les critiques adressées par les progressistes étaient, avant tout, contre le
gouvernement de l’époque. Ces critiques étaient aussi contre tout le système
international dominé par les Etats-Unis et leurs alliés comme le Japon et les
pays de l’Europe de l’Ouest. Car les progressistes trouvaient dans ce système
international une cause fondamentale de la dictature en Corée du Sud.
Un mot encore sur l’attitude du Japon en particulier, à cette époque vis-à-vis
des deux Corées … Tokyo ne s’y est pas fermement opposé mais avait présenté sa
candidature de Nagoya contre Séoul. Ne jouissait-il pas déjà dans l’esprit du
monde et dans les yeux de l’Asie d’une préséance acquise (premiers Jeux 1964 en
Asie). Pour avoir retrouvé son identité politique nationale après le protectorat
américain, après avoir montré son ascension économique, et après le succès des
JO de Tokyo 1964 ? D’autres pays asiatiques (Corée, Chine, Inde) peuvent
candidater pour organiser les JO, puisque le Japon l’a DEJA obtenu
_ Tout cela était l’objet de la propagande du gouvernement. Personnellement, je
me méfie de la mobilisation par les institutions étatiques au nom d’une identité
nationale présumée. Et aussi de toute tentative pour séparer le sport avec la
politique et le social. Je ne m’intéresse pas trop à la candidature des pays
asiatiques pour les JO…
Qu'a démontré votre pays comme excellence(s) (industrie, informatique, TV) et
quels sont les domaines que la Corée du Sud a valorisés pour MARQUER les esprits
et les JO de 1988 ? Bref, quels sont leurs effets sur votre pays ?
_ Sans doute, sur ce point, la littérature est abondante aujourd’hui. Mais la
plupart des discours ne se distinguaient pas les uns des autres car ils étaient
presque tous hagiographiques au risque de succomber à une autocélébration ou,
dans le cas plus sérieux, à certaine forme d’intellectualisme, par exemple, en
projetant inconsciemment les points de vue des observateurs dans leurs analyses
pour « mesurer » des effets supposés objectifs. Ceci étant dit, l’analyse mérite
une réflexion en profondeur. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut évoquer
seulement certains points (d’observation) : une grande partie des forces
politiques conservatrices et les grands conglomérats sud-coréens sont les
premiers à en bénéficier. Grâce à la « réussite » évidente de ces JO, bon nombre
des hommes politiques proches des régimes autoritaires dans le passé ont réussi
à s’innocenter et à brouiller les principes du jeu politique qui devraient régir
la fameuse « démocratisation » du pays après de longues années de « temps noirs
» de la vie politique sud-coréenne. Faut-il rappeler que Rho Tae-woo, dauphin du
dictateur Chun Doo-whan, a été élu comme président de la République (1987-1992)
à cause de la division de deux leaders emblématiques de l’opposition (Kim
Yong-sam et Kim Dae-jung) ? C’est Rho qui a inauguré l’ouverture des JO en 1988
! Kim Yong-sam est devenu, à son tour, président de la République (1993-1997)
notamment grâce à la coalition avec les partis conservateurs. En ce sens, la «
réussite » des JO de Séoul contribue à rendre plus ambigus les processus de «
démocratisation » du pays. D’autre part, il est à noter les intérêts dits
désintéressés des grands conglomérats comme Huyndai, Samsung, LG pour les
événements sportifs comme les JO. Ils s’investissent sur la plupart des clubs
sportifs semi-professionnels, viviers essentiels pour les équipes nationales de
presque toutes les disciplines. Après avoir joué un rôle définitif au moment de
l’attribution des JO à la Corée du Sud (plus spécialement les lobbys du groupe
Huyndai auprès des membres de la CIO), ils sont les premiers bénéficiaires de
l’organisation des JO (construction des infrastructures sportives, sociales et
urbaines). Ayant obtenu une reconnaissance sociale pour leur contribution au
succès de ces grandes fêtes sportives, ils se présentent comme acteurs sociaux
incontournables, non seulement pour le « développement économique », mais aussi
pour la promotion des images nationales sur la scène internationale. Cette
revendication est particulièrement significative au moment où les «
progressistes » engageraient les procès des « collaborateurs aux régimes
militaires ». Dans ces procès, ces entreprises les plus puissantes devraient
être inscrites, au moins théoriquement, dans la liste. Pour un bon nombre des
citoyens, ces procès apparaissent d’autant plus justifiés, voire impératifs pour
la « démocratisation » du pays parce que leur existence économique, sociale,
voire politique, est étroitement liée aux pouvoirs politiques du passé.
Pour mieux connaître votre pays et son affirmation sur la scène internationale,
pouvez-vous citer des œuvres littéraires, culturelles ou cinématographiques de
cette époque qui ont marqué la jeunesse coréenne et mondiale jusqu’à aujourd’hui
? Y a-t-il un artiste, une œuvre qui viennent spontanément à l’esprit quand on
parle de la Corée ?
_ A ma connaissance, les artistes sud-coréens de l’époque sont très peu présents
sur la scène internationale. Juste un mot, les cinéastes sud-coréens reconnus
aujourd’hui au niveau international sont, en grande majorité, issus de ce qu’on
appelle « la génération des années 1980 » qui a connu les mouvements pour la
démocratisation.
La construction des EU et l’édification de leur unité nationale s’est faite par
leur colonne vertébrale Est-Ouest : le chemin de fer a permis aux différentes
populations vivant sur le territoire américain de se découvrir, de se connaître
– même par la violence - de coexister finalement et de forger la nation
nord-américaine. Imaginez que demain l’unification du continent asiatique se
fasse comme pour le continent nord-américain. Pensez-vous que la Corée du Sud
(qui a adopté en premier le TGV en Asie, puis la Chine, bientôt la Russie)
voudrait relancer le projet du Trans-Eurasie, une ligne partant de Saigon, voire
de Singapour, pour passer par Hànôi, Canton, Pékin, Séoul, Pyongyang,
Vladivostok, tous les pays d’Asie centrale, s’arrêtant à Moscou puis traversant
les pays d’Europe de l’Est (qui vont se mettre aux normes TGV) pour aboutir à
Paris, Londres… Deux TGV partant chacun d’une extrémité du continent
eurasiatique – France et Corée pionnières dans l’adoption de ce mode de
transport -, l’idée est belle, n’est-ce pas ? Pour se rejoindre. Pour apporter
du travail et de la solidarité aux peuples de ce continent. Ce sera non
seulement un marché asiatique pour la Corée du Sud mais aussi une reprise d’une
initiative politique pour faire avancer le dossier de réunification coréenne en
même temps qu’elle va permettre aux marchandises, aux hommes et aux idées de
circuler -à moindre coût - sur cette colonne vertébrale. Ce serait moins
polluant que les transports automobiles, moins coûteux que le fret avion et plus
sûr que le cabotage maritime qui ne peut pas desservir les pays enclavés d’Asie.
Imaginez qu’un Tadjik pourrait venir à Séoul ou envoyer son fils à Rome faire
ses études. Et qu’un Tchèque puisse venir, par petites étapes, à Pékin pour
découvrir les merveilles du continent eurasiatique. La mondialisation n’y
gagnerait-elle pas plus que par LE politique ? La ligne Tibet-Chine vient d’être
construite. Le Transsibérien russe peut être mis aux normes TGV. Pourquoi pas
des « sécantes » ou des « latérales »
Mongolie-Ouzbékistan-Kirghizistan-Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde vers
cette dorsale Europe-Asie-Europe … ? Du capital, de la technologie, du travail
pour tout le monde. Pas de tentation de sabotage sur toute la ligne puisque le
projet concerne toutes les couches des sociétés asiatiques et européennes. Qu’en
pensez-vous, Vous, un Coréen d’aujourd’hui ?
_ Votre question est intéressante. Mais je ne connais pas grand-chose là-dessus…
Simplement tout ce que je peux vous dire, c’est clair que les chemins de fer
transcontinentaux depuis la Corée jusqu’à l’Europe ne seront possibles qu’après
la consolidation de la paix dans la péninsule coréenne. Il faut en plus prendre
en compte les conditions régissant d’autres régions concernées et/ou intéressées
par ce projet. A court et moyen terme, je ne vois aucune possibilité de réaliser
un tel projet. A long terme, on peut rêver… Pourquoi pas.
Comment penser la crise économique et financière de 1987 : la population
coréenne a-t-elle vu l’opportunité des JO de 1988 pour remettre le pays en
marche et prouver au monde la cohésion nationale et la capacité de la Corée du
Sud à s’en sortir, même sans les organisations internationales de régulation
(type FMI) ?
_ Vous voulez parler de la crise financière dite « FMI » qui s’est produite
entre 1997-1998 ? L’économie coréenne est grosso modo en « bonne santé » avant
et après cette crise. Je ne pense pas que les JO ont contribué réellement au
développement de l’économie coréenne. Il ne faut pas oublier que les inégalités
économiques et sociales ne cessent de s’aggraver.
Quelle(s) leçon(s) et quelle renommée la Corée du Sud a-t-elle retiré de
l'organisation des JO ? Est-ce que les JO pourraient comme pour l'Allemagne (et
peut-être pour la Chine?) être l'amorce de la réunification nationale (une même
équipe, puis 1990 la chute du Mur et la réunification allemande) ? Et
l'organisation conjointe de la Coupe du monde de football 2002 avec le Japon
a-t-elle marqué les esprits coréens, asiatiques pour qu'on tente de nouveau une
telle expérience pour des 4es JO en Asie ?
Du point de vue des organisateurs des JO de 1988, l’objectif semble atteint :
consolider la supériorité de la Corée du Sud vis-à-vis d’une autre Corée sur la
scène internationale. Mais la perspective « optimiste » sur les relations avec
la Corée du Nord n’est pas toujours certaine, comme en témoignent de nombreux
problèmes qui ne cessent de se poser depuis : la question nucléaire de la
Coréedu Nord n’en est qu’un exemple. Par ailleurs, la « réussite » des JO de
1988 permet incontestablement à de nombreux Sud-Coréens de retrouver leur «
orgueil » ou l’estime nationale de leur pays, longtemps bafouée par les «
puissances étrangères ». Mais elle contribue également à l’exaltation d’un
nationalisme, considéré jusqu’à une date récente comme un repère toujours
légitime (par exemple l’histoire de la résistance anti-japonaise). Ce «
nationalisme sportif » s’est manifesté de manière encore plus spectaculaire
pendant et après une autre « réussite », celle de l’organisation sportive de la
Coupe du monde de football de 2002. Si ce type de nationalisme se manifeste
aujourd’hui de façon plus spontanée qu’autrefois, il contribue à détourner sinon
à oublier plusieurs des problèmes sociaux qui apparaissent beaucoup plus
importants pour la forte majorité des citoyens : chômage, précarisation,
privatisation de l’éducation nationale, accroissement des inégalités entre
régions, villes, secteurs économiques, professions, classes sociales…
Autre question : on répète partout que l’organisation des Jeux olympiques de
Munich 1972 a permis à l’Allemagne de réussir sa réunification dans les années
1990 : malgré les réussites sportives ponctuelles pour l’Allemagne de l’Est, le
fait de voir à la télévision le fossé qui sépare le niveau de vie et les
réalisations sociétales de l’Allemagne de l’Ouest a dessillé les yeux des
Allemands de l’Est, et, en même temps, des populations vivant sous régime
communiste, notamment les peuples sous domination soviétique. Les Jeux
olympiques de Séoul 1988 peuvent-ils avoir le même effet ? L’organisation
conjointe de la Coupe du monde de football 2002 a-t-elle fait bouger les
mentalités ? Où en est le dossier de la réunification nationale ? Le nucléaire
est-il, comme on le répète partout, le nœud gordien ? Que pensez-vous de la
réouverture de la ligne de chemin de fer Séoul-Pyongyang ? et des visites
familiales en Corée du Nord (retrouvailles N-S) ?
_ Toute politique visant à améliorer les relations entre les deux Corées peut
être bienvenue. Une telle politique dépend beaucoup de la volonté de plusieurs
acteurs : outre les gouvernements des deux Corées, on peut noter les Etats
voisins qui n’ont pas forcément un même intérêt et surtout des évolutions de la
fameuse « opinion publique » de chaque Etat concerné. La plupart des Sud-coréens
savent aujourd’hui que la politique intérieure et la politique extérieure, en
l’occurrence sur la Corée du Nord, sont étroitement liées. Il est donc difficile
de prévoir l’avenir des relations entre les deux Corées, mais il n’est pas
interdit d’avoir un espoir sur une amélioration de ces relations…
Les JO sont une épreuve sportive mais aussi un enjeu symbolique de la vitalité
et des espérances d’un pays. Surtout en Asie. Comment la Corée se situe-t-elle
par rapport à ses voisins immédiats (Chine, Russie, Japon) Et par rapport aux
Etats-Unis ? A-t-elle des rapports apaisés avec le reste du monde ?
_ Je suis incapable de répondre à votre question. Je suis en France depuis trop
longtemps : émettre une perspective sur les évolutions des relations entre ces
pays constitue pour moi un pari qui me dépasse complètement…
Dans quel état d’esprit, la Corée de 2008 aborde-t-elle Pékin 2008, 20 ans après
avoir organisé ses propres Jeux ? Comment le peuple coréen juge-t-il la
trajectoire sportive, économique, politique du pays ? Dans quelles disciplines
sportives a-t-il des chances de s’imposer en Chine ?
_ Chaque Coréen aurait son propre jugement. Quant à moi, personnellement, je
refuse de parler de « réussite » des JO de Séoul. Depuis très longtemps, je ne
regarde plus les épreuves de sport, quelle que soit la discipline. Je n’ai pas
de télé et ne lis pas les rubriques de sport dans la presse.
Mille Mercis pour cet échange très riche et très éclairant
25 sports au programme
Séoul a battu Nagoya pour accueillir les 2es olympiades asiatiques.
159 CNO (Nations)
8 391 athlètes (2 194 femmes, 6 197 hommes)
237 épreuves
27 221 volontaires
11 331 médias (4 978 presse écrite, 6 353 diffuseurs)
Athlétisme
Aviron
Basketball
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