Les Jeux olympiques sont, à l’égal sinon plus que le Mondial de football,
l'événement sportif le plus important et le plus médiatisé au monde. Les
athlètes du monde entier s’y préparent des années durant pour cet événement aux
retombées immédiates. Au-delà de la vitrine qu'ils offrent, les Jeux olympiques
modernes, rénovés par Pierre de Coubertin, sont également envisagés comme le
reflet d'un monde pacifié et uni. Côté face. Mais depuis plusieurs éditions
déjà, les enjeux des Jeux ont largement dépassé ces aspects signalés. En effet,
l’économique a largement pris le pas sur le sportif. Dès lors, s'installe, pour
le pays organisateur, un jeu de face à travers lequel les pays les mieux
accueillis protocolairement ou les plus valorisés sportivement ne sont pas
toujours les plus sollicités médiatiquement, ni les plus performants, selon les
intérêts en jeu du moment. Rideau rouge : tout va se jouer derrière, peu devant.
Même si l’étiquette oblige à faire comme si … Cette notion de face, typiquement
chinoise, trouve un terrain de prédilection à Beijing.
Côté pile, maintenant. Le Team RD Congo, comme tous les autres pays, se prépare
à participer à ces Jeux 1998 organisés par la République Populaire de Chine.
Quelle peut être sa place dans cette partie à deux temps, à deux facettes qui se
joue aux JO ? Le Comité international olympique (CIO) a retenu cinq disciplines
pour la République démocratique du Congo : athlétisme, judo, lutte, taekwondo et
tennis de table. La préparation des athlètes s’est déroulée sous de bons
auspices. En effet, au taekwondo, la seule représentante de la RD Congo aux JO a
récemment remporté la médaille d'or au Tournoi de la paix organisé par l'Angola.
Au judo, les Léopards ont participé au tournoi international qualificatif aux JO
Beijing 2008, à l’île Maurice. Les Congolais sont revenus de leur expédition sur
un nuage (4 médailles : une or, une argent et deux bronze). Ces bons résultats,
à l'approche des JO, sont à placer dans cette nouvelle dynamique du sport
congolais. Le nouveau ministre des sports tente, en outre, de lutter contre le
mal endémique africain, à savoir le manque de structures performantes. Il
envisage ainsi de mieux organiser ce pays à forts potentiels, en termes de
logistique, d’infrastructure et d'encadrement sportifs. Pour cela, s’adresser
aux Chinois, experts reconnus en Afrique. Mais cela n'annonce pas encore des
résultats sportifs congolais positifs à Beijing. Certes, la voie s’ouvre pour
qu'enfin les Léopards ramènent, un jour, une médaille des compétitions
planétaires. Mais, dans l'immédiat, le fossé entre Congolais et ténors du sport
mondial est encore abyssal. L'aventure chinoise doit seulement permettre
d'accumuler de l'expérience du haut niveau pour le capitaliser ultérieurement et
de se frotter aux techniques modernes du sport pour s’y faire une place. Donc, à
moins d'une heureuse surprise, ce n'est pas en référence et en attente des
performances sportives congolaises que la Chine accueille la RD Congo à Beijing.
L’essentiel est de … participer ! Affaire entendue.
Sur le plan des enjeux économiques et stratégiques, l'affaire prend une autre
tournure. Sur ce point, la RD Congo dispose d'atouts de tout premier plan
permettant de hisser très haut son pavillon national. Le Congo est l’un des pays
les plus concernés par la course aux matières premières entre grandes puissances
en Afrique. Qualifié de scandale géologique, le Congo représente un intérêt de
tout premier plan pour la Chine.... L’à venir n’est donc pas un concept vain. La
République Populaire de Chine a bien compris TOUT l'intérêt stratégique que
représente le Congo. Pays central et nodal en Afrique. Pays proie. Pays
ressource(s). Pays réserve(s). Pays idéalement situé sur la ligne d’équateur
pour l’observation du continent africain et pour le contrôle des réseaux
satellitaires existants ou à implanter. Pays réseau(x) à tisser, à nouer, à
tenir. Pays relais. Pour la Chine, la puissance économique visée passe également
par une suzeraineté technologique dans des domaines actuellement contrôlés par
l'Occident (électronique de pointe, défense, industries aérospatiales) et une
maîtrise maximale des approvisionnements. Donc mettre les bouchées doubles pour
réduire tout écart face à l’Occident. En 2007, la Chine a signé un contrat, d'un
montant de 8,5 milliards de dollars, avec le Congo, s'engageant à construire des
infrastructures pour exploiter, en contrepartie, les ressources minières.
Contrat seulement effectif courant 2008 à condition de trouver une plate-forme
financière adéquate (à Pékin, lors des JO 2008 ?) En attendant, il a occasionné
de vives critiques des institutions et de la communauté internationales, à
l'égard du gouvernement congolais, car elles voient dans cette implication de la
Chine, un alourdissement de la dette déjà conséquente du Congo … Alors, pile ou
face ?
A Beijing, le team Rd Congo va être bichonné à la hauteur des attentes actuelles
des dirigeants chinois sur ce pays. A rendre jaloux les autres compétiteurs
africains ! Pour Kinshasa, les Jeux en valent la chandelle. Surtout, ne pas
oublier que, dans la jungle moderne, le Léopard court dans la brousse et que le
Dragon le regarde courir du haut des cieux.
Le « scandale géologique » congolais : En effet, géologiquement et
minéralogiquement, le sous-sol de la RDC compte parmi les plus riches au monde.
La RD Congo possède des gisements contenant une cinquantaine de minerais
recensés. Une douzaine de ces derniers est exploitée : cuivre, cobalt, argent,
uranium, plomb, zinc, cadmium, diamant, or, étain, tungstène, manganèse et
quelques métaux rares comme le coltan. La RD Congo extrait notamment de son sous-sol
ce diamant, dont les potentialités techniques sont encore largement ignorées,
au-delà de la simple parure et de la monnaie d’échange. Les réserves sont très
importantes dans tous les secteurs (deuxième réserve mondiale en cuivre avec 10
% du total recensé sur la planète et surtout les plus importantes réserves de
cobalt, près de 50 %). La recension, même non exhaustive, de l'utilisation de
certains matériaux permet de mieux mesurer l'importance stratégique de la RDC
dans les yeux des Chinois. Le manganèse, par exemple, entre dans la préparation
d'alliages comme l'acier (rails, et notamment aiguillage, outillage etc.),
l'aluminium (le manganèse augmente sa résistance), les piles électriques (on
utilise du dioxyde de manganèse dans la pile de Leclanché dite saline, où
l’électrode centrale "positive" garnie de dioxyde de manganèse joue le rôle de
dépolarisant). Le tungstène connaît un grand nombre d'utilisations. Son point de
fusion très élevé le rend particulièrement adéquat pour les applications
spatiales et pour celles réclamant de très hautes températures. La dureté et la
densité de ce métal le rendent idéal pour des alliages de métaux utilisés dans
l'armement (testés par l'armée israélienne dans la bande de Gaza à l'automne
2006), les puits de chaleur, idéal aussi comme poids et contrepoids. Ou encore
dans les pièces d'usure, par exemple dans les outils à haute vitesse, où entrent
souvent des alliages tungstène-acier pouvant aller jusqu'à 18 % de tungstène.
Pour le cadmium, les écrans de télévision, les barres de contrôles des réacteurs
nucléaires, les colorants (émail, glaçure). Mais ses principales utilisations
sont celles de ses composés concernant les revêtements anticorrosion (appliqué
en couche mince sur l'acier par cadmiage, le cadmium protège contre la
corrosion, en particulier saline) ou encore la fabrication de pigments de
couleurs (jaune et rouge). Ses principaux usages sont les accumulateurs
électriques (« piles » rechargeables). Et aussi, le cadmiage, effectué par
électrolyse : le cadmium est inaltérable à l'air et a un bon comportement en
milieu marin. Utilisé, en particulier pour protéger les rivets d'assemblage en
aéronautique, l'absorption de neutrons (la section efficace du cadmium pour
l'absorption des neutrons étant particulièrement élevée, il intéresse, au plus
haut point, technologie et industrie nucléaires en tant que protection
biologique vis-à-vis de sources de neutrons). Le cadmium enfin, en combinaison
avec d’autres minerais (or, notamment), fait déboucher sur des métaux "intelligents"
et sert dans des domaines encore peu explorés.
Lu dans Courrier international n°925, 24-31 juillet 2008: article de Mike Pflanz
dans The Daily Telegraph: « République Démocratique du Congo : Des rubans
d’asphalte chinois cher payés : en échange de minerais, Pékin s’est engagé à
construire routes et barrages au Congo. Mais le pays reste si instable que ces
chantiers pourraient être abandonnés »)
Yoko Yimba, GREASIE, Université de Paris X-Nanterre
yokopapy@yahoo.fr