Rien ne prédestinait la Chine et l’Algérie à devenir partenaires. Pas de
proximité géographique, aucune communauté politique, encore moins de culture, de
religion ou de langues communes. Pourtant, ces deux pays ont entretenu, depuis
les années 60, des relations, notamment économiques. Et, désormais, chacune des
deux parties, exprime des besoins réciproques, optimise ses avantages et défend
au mieux ses intérêts, sans perdre de vue ses valeurs. Dans une perspective
d’avenir en commun. Les Jeux Olympiques (JO) de Pékin 2008 vont être l’occasion
unique pour les deux pays de se rapprocher davantage et de tisser des liens plus
étroits encore. En effet, la Chine connaît des besoins énormes en matières
premières alors que le sol algérien est riche en ressources de pétroles et de
gaz notamment.
Alger compte parmi les marchés les plus prisés des Chinois sur le continent
africain, en cinquième position en volume des échanges commerciaux, derrière
l’Afrique du Sud, l’Angola, le Soudan et l’Egypte. L’Algérie se doit donc de
défendre sa place, en attirant les investisseurs chinois, en leur prouvant
qu’ils ont plus intérêt à investir ici plutôt que dans un autre pays du
continent. Outre ses ressources naturelles, sa position géographique fait d’elle
un carrefour ouvrant les portes de la Méditerranée, de l’Europe du Sud, du
Maghreb mais aussi de l’espace subsaharien. Elle est aussi le pays le plus vaste
du Maghreb. Voilà un pays en plein essor qui veut affermir ses ambitions et
retrouver sa place de leader africain. Comme dans les années d’apogée du
mouvement tiers-mondiste et de sa résistance à la bipolarisation du monde. La
Chine serait-elle pour l’Algérie un pays-ascenseur et pour l’Afrique la nouvelle
alternative ? En tout cas, son intérêt et sa politique de tutelle, de guidance
et de soutien pour le continent africain le laissent croire.
L’Empire du milieu devra savoir séduire l’Algérie qui, en retour, devra abattre
ses atouts pour détourner la Chine des autres sirènes africaines, et plus
précisément retenir ses investissements. D’autre part, la Chine qui se veut
précurseur sur le continent asiatique, désormais rival économique et commercial
des Etats-Unis, servirait d’exemple, de référence à l’Algérie. Algérie, pays
tiers-mondiste, qui aspire à redevenir une réussite référentielle pour le
continent africain, comme dans les années du mouvement des non alignés et suite
à sa tumultueuse conquête de l’indépendance. L’arrivée des Jeux de Pékin peut
nous enseigner une chose : quel meilleur terrain que celui du sport, lors d’une
compétition internationale d’envergure, pour épater son partenaire et l’inviter
à renouveler ses contrats et à diversifier les domaines d’activités des
collaborations ? Et plus, puisque affinités il y a …
Depuis 2000, l’Algérie est devenue une destination privilégiée pour les
investisseurs et les hommes d’affaires étrangers, chinois notamment. Ces
derniers ont dû y rivaliser avec les Moyen-Orientaux, les Indiens, les
Américains et les Européens. Non seulement pour rafler les appels d’offres
internationaux portant sur des projets de grande envergure. Mais aussi pour
vendre leur savoir-faire et proposer des coopérations. La loi de finances
algérienne 2008 va d’ailleurs dans ce sens : elle entend finaliser le
développement et augmenter l’attractivité du patrimoine algérien. Ainsi, elle
s’est attachée à lever de nombreux blocages et à mettre en place de nouvelles
dispositions, adaptées aux réalités du terrain. Pour répondre aux attentes et
aux exigences du marché international. Et continuer d’accroître le nombre
d’investisseurs chinois en Algérie. Cela se ressent dans l’afflux des hommes
d’affaires et des patrons de multinationales, manifestant un intérêt grandissant
pour les opportunités et l’embellie du marché algérien.
En effet, l’Algérie est en plein développement et en pleine croissance : un taux
de 4% est attendu pour 2008, selon les chiffres de la Banque Mondiale (BM). De
plus, la montée du prix du baril de pétrole, exponentielle depuis quelques mois,
lui a apporté une nouvelle richesse. Pays exportateur, elle accroît donc ses
revenus et les réinvestit dans les infrastructures du pays. Les Chinois sont
ainsi appelés à être très actifs en Algérie. Dans le domaine des ressources
stratégiques, par exemple, le ministre algérien de l’Energie, Chabib Khélil,
avait discuté, en 2006 à Pékin, du développement du gisement de fer de Gara
Djebilet (Béchar/Sud-Ouest) et d’un gisement d’uranium pour un usage civil
nucléaire. Par ailleurs, la délégation algérienne accompagnant le ministre de
l’Energie et des Mines, Chabib Khelil, avait, en juillet 2006, visité des
installations pétrochimiques, de raffinage et de dessalement d’eau dans la
région de Dalien (nord-est) et des champs pétrolifères à Harbin (extrême-nord).
Le ministre s’était entretenu sur les opportunités de collaboration dans les
domaines pétrochimique et minier avec des responsables de sociétés et compagnies
pétrolières chinoises. Enfin, les conglomérats sidérurgiques chinois, ont marqué
leur grand intérêt pour le développement et la mise en valeur des gisements de
fer en Algérie dans le cadre d’un partenariat global avec le groupe, détenu par
l’Etat chinois, Bao Steel, géant de l’industrie de l’acier (6e rang mondial avec
une capacité de 20 millions de tonnes/an).
Pékin a, en effet, tout intérêt à voir cette collaboration aboutir en raison de
ses grands besoins en métaux, notamment en fer. Aussi, la politique
d’investissement(s) de la Chine incite ses partenaires algériens à développer
les routes, les oléoducs, les voies ferrées, non dans le seul but d’offrir des
infrastructures à l’Algérie, mais également de faciliter l’acheminement des
ressources jusqu’aux ports.
Cet intérêt marqué ne touche pas uniquement l’Algérie. L’Afrique entière, pour
ainsi dire, est devenue un champ de bataille d’influence ces dernières années,
entre Occidentaux et Chinois. Devenue deuxième consommateur mondial de pétrole
derrière les Etats-Unis, ces derniers veulent garantir leurs approvisionnements
en or noir (près de 164 millions de tonnes de pétrole brut importé en 2007 !)
pour assurer sa croissance (11% en 2007). Pour cela, Pékin mise sur une
politique d’achat de matières premières soutenue par des investissements locaux
et une implantation sur site, y compris en Algérie. Cette carte algérienne se
révèle d’autant plus pertinent aux yeux des dirigeants chinois, que le
Moyen-Orient reste une zone minée par l’instabilité politique.
Mais, concrètement, comment se traduisent les relations entre l’Empire du Milieu
et Alger ?
Bilatéralement, une collaboration soutenue dans la construction navale,
l’électronucléaire, les mines et les industries sidérurgiques a été mise en
place. Dans cette optique, la société publique algérienne d’hydrocarbures
Sonatrach a réceptionné, courant octobre 2007, son premier supertanker destiné
au transport de pétrole brut. Cette nouvelle acquisition s’inscrit dans le cadre
du développement de la flotte brutier/condensatier de Sonatrach, dont l’objectif
est d’assurer le transport de 30% de ses exportations par ses moyens propres et
en partenariat à l’horizon 2010, et de 50% à l’horizon 2015, selon les
précisions de la Sonatrach. Ce qui n’est pas sans conséquences pour les Chinois.
L’Algérie devenant indépendante dans le domaine des transports - qui plus est
avec leur collaboration -, cela ne peut que leur être bénéfique en terme de
retombée de marchés. Là, encore les prochains Jeux olympiques de Pékin 2008
semblent être un terreau fertile pour concrétiser des contrats encore plus
importants dans le domaine pétrolier entre la Chine et l’Algérie.
L’Algérie non seulement vend son pétrole aux Chinois mais, en retour, elle
s’équipe en infrastructures impliquant aussi des immigrés chinois sur son sol.
Donnant-donnant. Double opportunité pour la Chine, lui permettant de combler ses
besoins énergétiques et de s’implanter en Algérie par l’intermédiaire de ses
travailleurs migrants et de ses produits peu coûteux. Le nombre de Chinois
travaillant en Algérie avoisine, en effet, les 8000 personnes, notamment dans le
bâtiment mais aussi dans les hydrocarbures et les télécommunications.
L’implantation en Algérie se voulait, à l’origine, discrète. Les premiers
travailleurs chinois étaient recensés dans le secteur du bâtiment, au vu des
grands besoins de l’Algérie, où le problème du logement est conséquent. Ces
ouvriers du Bâtiment et Travaux Publics (BTP) ne se mêlaient pas à la population
et vivaient sur leurs lieux de travail : cette main d’œuvre restait alors peu
perceptible pour les Algériens. Les Chinois se sont ensuite lancés dans le
commerce local et dans l’animation des marchés, se mêlant à la population,
commençant à maîtriser l’arabe et à épouser des Algériennes. Leur intégration
était donc réalisée : ces ouvriers, que les Algériens pensaient temporaires,
sont devenus sédentaires et résidents permanents.
Cette visibilité de la communauté chinoise en Algérie recèle deux versants.
Versant coopération : prochainement devrait s’ouvrir un centre d’enseignement de
la langue chinoise, en collaboration avec la Bibliothèque nationale algérienne.
Versant polémique : les plaintes ont donc commencé parmi les Algériens, dont la
plus grande partie de la jeunesse est au chômage (45%). Les deux pays vont
devoir trouver des solutions pour gérer les crises prévisibles, dues à
l’implantation de cette nouvelle population de travailleurs immigrés. L’Algérie
peut-elle devenir une terre d’accueil, alors que ses ressortissants rêvent d’un
ailleurs ? Pourquoi en est-elle arrivée à devoir combler ses manques en main
d’œuvre alors que sa population souffre d’un chômage accru ? L’accueil de cette
population travailleuse est-il contrepartie, monnaie d’échange pour négocier des
contrats avec la Chine et se donner une capacité supplémentaire de séduire ce
pays souffrant également du chômage et de surpopulation ? La Chine pourrait-elle
en échange de ses émigrés en Algérie faire jouer la formation de jeunes cadres
africains dans ses entreprises et ses administrations ? Vaste dilemme.
Les individus ne sont pas les seuls à s’être implantés. Les entreprises ont
également, pressenti les besoins et les lacunes du marché algérien, voyant là
l’opportunité de s’ouvrir de nouveaux débouchés économiques. Sont alors apparus
non seulement d’innombrables stades, des routes, des bâtiments officiels, des
installations minières. Mais aussi des véhicules, des climatiseurs, des
téléviseurs. A des prix imbattables ! Que les Algériens peuvent s’offrir. La
Chine aide ainsi à augmenter le pouvoir d’achat des ménages d’Alger, d’Oran, de
Constantine. Ceux-là devaient auparavant se contenter de productions locales ou
d’importations, notamment américaines et françaises, très onéreuses pour les
ménages algériens. Mais surtout, L’Algérie ressent l’envie d’une moindre
frustration par rapport aux abondances occidentales dont « l’antenne
parabolique» renvoie constamment l’image, d’avoir la sensation de s’arracher au
tiers-monde, voire au quart-monde. Nouvelle interrogation : ces importations
chinoises ne finiront-elles pas par créer une concurrence déloyale aux produits
nationaux ? Mettant en péril l’économie locale et nationale.
Nouvel effet de l’arrivée de la Chine comme partenaire commercial d’Alger :
pouvoir traiter avec d’autres partenaires que les Occidentaux. La France,
notamment, l’ancien colonisateur, avec lequel les rapports sont souvent tendus,
comme l’atteste la dernière visite du président Nicolas Sarkozy, début décembre
2007. Pékin serait donc un appui non négligeable dans l’émancipation de
l’Algérie. Depuis l’indépendance, les rapports entre l’Algérie et la France sont
restés essentiellement asymétriques, monopolisées par la métropole française et
ne permettant pas à l’Algérie de peser dans les négociations bilatérales.
L’intérêt d’Alger de jouer la carte chinoise, consiste aussi dans l’avènement
d’un contrepoids au pôle américain et au schéma occidental de croissance,
offrant l’opportunité de reconquérir sa place de leader politique africain.
Pékin, pour atteindre ses objectifs et pour conquérir le marché algérien, prône
un discours tiers-mondiste Sud-Sud fondé sur un passé, constamment évoqué, de
valeurs communes et souvent opposées à l’Occident et à son modèle politique.
L’Empire du Milieu s’appuie parallèlement sur une histoire convergente de lutte
contre « tous les impérialismes », qu’ils soient néocoloniaux ou purement
économiques et commerciaux. Il a maintenant une image de seul pays communiste
gagnant (après la chute de l’URSS), de puissance montante, de place forte
mondiale. Ainsi, pour pouvoir se rapprocher politiquement des pays du
tiers-monde et s’y implanter, la Chine s’était autoproclamée premier pays en
voie de développement du monde et grand défenseur des peuples opprimés, dont
l’Algérie était leader. En raison de sa lutte pour l’indépendance nationale et
par sa situation géographique stratégique en Afrique, l’Algérie occupait, dans
les années soixante, une place turbulente et remarquée sur la scène
internationale. Dans le même esprit, à la même époque, Algérie et RPC se sont
accordés soutien mutuel et confiance réciproque. Dans ce cadre, Pékin fut le
premier pays non arabe à reconnaître le G.P.R.A(Gouvernement Provisoire de la
République Algérienne). Parallèlement, l’Algérie, renvoyant l’ascenseur, accorda
son appui indéfectible lorsque la Chine populaire réclama son siège de membre
permanent du Conseil de sécurité de l’O.N.U et lors de ses contentieux avec la
République de Chine – Taiwan -, membre fondateur de l’Organisation des Nations
unies. Cela ne s’oublie pas et constitue pour Alger – nécessairement – une
ouverture de crédit.
Le dialogue Sud-Sud prôné par le président chinois, Hu Jintao et ses
prédécesseurs, se réfère toujours au tiers-mondisme des années soixante.
Discours d’autant plus efficace qu’il s’appuie sur la longévité des élites
africaines. Ainsi le président actuel de l’Algérie, Abdelaziz Bouteflika, fut un
acteur non négligeable de cette période. Comme ministre algérien des Affaires
étrangères, il prononça d’ailleurs un discours mémorable devant l’assemblée
générale de l’ONU sur le Tiers-Monde et ses solidarités.
En jouant de cette nostalgie émotionnelle, la Chine, puissance émergente,
souhaite préserver son statut de porte-parole des pays en voie de développement.
La réalité des faits ne soutient pourtant pas ce discours de circonstances :
notamment au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, leurs intérêts sont en
réalité très divergents. Mais ceci est, pour quelque temps encore, une autre
question.
Dans ce contexte, la politique africaine de l’Empire du milieu veut se
distinguer par l’accent officiellement mis sur le « respect des intérêts des
pays africains » en opposition aux visées néocolonialistes. Selon le Livre blanc
2006 sur sa politique africaine, « la Chine œuvre à établir et à développer un
nouveau type de partenariat stratégique marqué par l’égalité et la confiance
mutuelle sur le plan politique de la coopération dans un esprit gagnant-gagnant
sur le plan économique ». Elle réaffirme ainsi sa position de leader des pays en
voie de développement, de « grand frère » emmenant sur la voie de la réussite
tous ceux se donnant les moyens de prendre le train en route. Cible sa
coopération ? Des pays à fort potentiel, que ce soit dans le domaine des
matières premières, du pouvoir d’achat ou de l’influence diplomatique. Pékin
peut servir de modèle et accorder sa collaboration, à condition qu’elle ainsi
que ses intérêts en sortent confortés. Et si d’aventure elle n’obtient pas de
retour à sa politique d’investissement, elle se retire, tout simplement. Les
candidats africains à « l’aide » sont, eux, nombreux et la concurrence féroce
pour obtenir faveurs et considérations. Bien souvent, les pays receveurs tirent
même un trait sur leurs propres intérêts. Comme l’atteste, par exemple, la
balance commerciale en fort déficit de l’Afrique du Sud depuis qu’elle traite
avec Pékin : elle a vu l’invasion des produits chinois mettre en péril ses
productions locales et le déficit commercial multiplié par dix en six ans. Peu
importe, persiste Pretoria. Cette dernière perpétue son partenariat sachant que
d’autres candidats se bousculent pour plaider allégeance à Pékin.
La Chine dit accorder son soutien sans « condition politique ». Elle pousse la
communauté internationale à aider et à défendre l’Afrique sur la scène
internationale. La RPC joue ainsi sur son double statut de pays en développement
et de grande puissance capable de peser sur les grandes orientations
stratégiques internationales. Ce qui constitue un attrait de poids pour les pays
africains, notamment l’Algérie, qui veut retrouver une place prédominante en
Afrique et dans le reste du monde. Destins parallèles. Mais à des niveaux
différenciés. Comme l’a précisé son président Abdelaziz Bouteflika lors d’un
entretien le 1er novembre 2001 avec Li Peng, ancien Président du Comité
permanent de l’Assemblée Populaire Nationale (le parlement chinois), l’Algérie
accorde une grande importance aux expériences acquises par la Chine dans son
développement économique : Alger réitère donc son désir de renforcer sa
collaboration avec Pékin. Lors du Forum Chine-Afrique, le président algérien
avait précisé que l’Algérie considère la Chine comme une amie et un partenaire
particulier pour envisager avec elle une collaboration plus étroite dans de
nombreux domaines. Pékin est pour ainsi dire, LE modèle de réussite économique -
et, bien entendu, politique - aux yeux de l’Algérie. Plus que jamais, elle pense
avoir beaucoup à apprendre des stratégies économiques, commerciales et
financières chinoises. Pour consolider sa prospérité nouvelle et pour assouvir
ses ambitions africaines et mondiales.
En outre, l’Algérie, avait postulé pour organiser les JO de la Jeunesse de 2010
et parallèlement la 123e session du CIO. Pour des raisons réglementaires, elle
ne pouvait être candidate à l’organisation de deux grands événements dans le
même cycle olympique. Alger a donc décidé d’uniquement maintenir sa candidature
pour la 123e session estimant qu’elle avait plus de chance d’être retenue.
L’Algérie va s’intéresser de près aux infrastructures de Pékin et à son
organisation des JO pour s’en inspirer et y voir, encore une fois, un exemple de
réussite. Les JO offrent, en effet, au pays organisateur une occasion unique de
briller, de montrer son excellence et de marquer l’Histoire. Et justement, il
est, de nouveau question pour l’Algérie de rayonner, de regagner sa place de
leader au Maghreb comme en Afrique. L’obtention et l’organisation de cette 123e
session en 2011 en seraient l’occasion. L’Algérie se prépare donc à aller aux JO
2008, non seulement en participant mais aussi en observateur. En cas de réussite
éclatante pour la Chine, Alger compte sur le soutien de Pékin en échange de
fructueux contrats. Pour, à son tour, si l’Algérie est choisie comme pays
organisateur de cette 123e session, exceller et laisser marques, traces et
empreintes à l’avenir.
Prendre un nouveau départ. Tourner définitivement la page des années de cendres
et de sang que le président Abdelaziz Bouteflika tente, par tous moyens, de
faire oublier. Dans ce domaine, Alger peut, d’ores et déjà, compter sur le
soutien du président Hu Jintao, qui a assuré vouloir contribuer au «
renforcement de la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme
afin de préserver la paix et la sécurité dans cette région du monde » lors des
attentats perpétrés à Alger mi-décembre 2007. L’investissement de la Chine en
matière de lutte anti-terroriste est tout à fait intéressé. Avant l’ouverture
des JO de Pékin, pour en savoir plus et mieux sur Al-Qaida (au Maghreb, au
Proche-Orient, voire en Asie). Les échanges entre services secrets et organes de
sécurité algériens et chinois sont très attendus. En effet, Pékin connaît des
difficultés à gérer sa minorité musulmane ouighour réclamant son indépendance.
Ce qui dans l’avenir pourrait entraver ses relations contractuelles avec
d’autres pays musulmans sensibles à cette cause. Alger regarde aussi de façon
très attentive la gestion chinoise, durant les Jeux, de ses activistes (sur
Internet, Falungong), de ses protestataires, de ses dissidents. Ainsi, la Chine,
collaborant dans la lutte anti-terroriste avec l’Algérie, n’oublie pas ses
intérêts et ses impératifs de sécurité. Une fois n’est pas coutume : Algérie et
Chine seraient, réciproquement, modèles en miroir. La délégation politique et
sportive algérienne, selon les fastes déployés ou non pour elle par rapport aux
autres participants d’Afrique ou d’ailleurs durant les Jeux de Pékin, va en
avoir affirmation, confirmation, voire infirmation. Pékin est - hélas ! – en la
matière, seul maître du jeu.
Avec la sur-médiatisation qui accompagne chaque olympiade désormais, toute la
planète va scruter - au-delà des résultats sportifs -, dans le moindre détail,
les infrastructures, l’organisation, mises en place par le pays hôte pour
recevoir invités et concurrents. Les JO sont incontournables. Tous les pays
veulent participer mais, surtout, gagner, n’en déplaise au Baron Coubertin. Pour
y laisser une marque indélébile. La réussite sportive d’une nation est (souvent)
le reflet de sa dignité, de sa crédibilité, de sa prospérité. Les différents
Etats qualifiés se doivent donc de récolter un maximum de médailles, signe de
leur bonne santé économique. Mais, au-delà des résultats sportifs, les JO sont
une occasion unique, pour certains pays de tisser des liens dans des domaines
divers et souvent éloignés des stades, notamment économiques, commerciaux,
diplomatiques, et même militaires.
En ce sens, les JO de Pékin 2008 vont offrir une excellente grille de lecture de
l’invisible-visible dans les Relations internationales. Il suffit d’un peu
d’attention et de vigilance. Dessus de table et dessous de cartes vont être plus
facilement repérables. Personne ne peut tenir langue de bois ou jouer double
jeu. Pas de poker menteur réservé aux seuls Grands. Tous à … tout-atout. Pas
d’impair, rouge et … manque. Mais « tapis » pour ramasser la mise. L’Algérie,
avec d’autres, va y trouver la clé du dialogue de la Chine avec le monde
extérieur. Les Jeux olympiques en Chine vont être pédagogiques pour tous.
* Sabine Zerourou, Groupe de Recherche sur l’Asie (GREASIE), Université de Paris
X-Nanterre, sabinezerourou@gmail.com