Points de vue
La Barque et pigeons: Mode d'emploi
do Trần quốc Trung, l'école des loisirs, Paris, 2001 et 2002

La barque est le premier œuvre de Trầ quốc Trung , publié par l’école des loisirs, Paris en 2001, dans la collection Médium. C’est un roman du genre d’initiation, qui marque le passage d’un enfant à l’adolescence. Le narrateur, un élève de treize à quatorze ans, raconte son arrivée à l’école l’année précédente. Depuis, il s’est fait des amis et maintenant, il va commencer des vacances chez une camarade de classe. L’action se complique par le fait qu’il était un réfugié vietnamien, donc l’initiation se double du problème d’intégration dans une société et une culture différentes. La transition est rendue plus difficile parce la famille tient fortement à ses traditions. Le jeune adolescent est donc tiraillé entre deux buts opposés : comment bien s’intégrer dans le milieu nouveau et adopter des valeurs nouvelles tout en sauvegardant les valeurs familiales traditionnelles.

La couverture de quatrième rend le tableau plus compliqué. Lui, dit-on, écartelé entre le passé et l’avenir, ne se sent ni intégré ni gardien des traditions. L’opinion est négative. En fait, le livre semble nous dire le contraire. L’intégration s’accomplit bien : le jeune a gardé l’esprit alerte, il a établi une stratégie habile, il a réussi, il s’est fait des copains. L’intégration comporte aussi la réussite académique : il fait bien ses études, il se montre poli et travailleur, il devient un exemple. L’intégration demande aussi l’emploi facile des outils de la société comme les moyens de communications : il démontre cela par son langage semblable à celui d’un jeune du pays.

Sans être gardien des traditions, il se souvient des images de là-bas, des souvenirs d’avant, et il en parle avec fierté naturelle. Loin d’être perdu, il a développé son avantage de culture double et il s’est engagé avec enthousiasme. J’ouvre les yeux, et je saute.

Dans son subconscient, il rêve de son pays. Le rêve est basé sur les « souvenirs » flous d’enfant sur une barque du moment de l’exode ; ces « souvenirs » sont en faits implantés dans son esprit par les histoires, les traditions et les activités de la famille. L’auteur nous décrit son rêve du pays dans un poème découpé en fragments insérés entre la narration du présent de l’intégration et celle du passé de la famille traditionnelle.

L’intégration

L’initiation marque le passage de l’enfance à l’adolescence tandis que l’intégration est le processus par lequel un individu quitte son milieu habituel pour entrer dans un monde nouveau et s’y adapter. Ces deux événements ne vont pas obligatoirement ensemble. L’enfant noir de Camara Laye connut ses épreuves aux lions et la circoncision bien longtemps avant son départ pour la métropole. La métisse de Kim Lefèvre a connu «ses premières règles» avant d’aller en France. L’intégration pour eux ne vient que plus tard, quand ils ont déjà eu leur préparation pour l’épreuve. Quand ces deux processus d’intégration et d’initiation se passent en même temps, la situation se complique.

Nous allons considérer ici le phénomène d’intégration. C’est un long processus pour survivre, pour bien fonctionner, pour se créer une nouvelle identité, parfois, et pour se donner des valeurs spirituelles dans le nouveau milieu. Kim Lefèvre a décrit son cas : formée au pays comme professeur de français, poursuivant ses études à la Sorbonne, vivant dans les quartiers étudiants, elle croyait s’accommoder bien avec le milieu nouveau. Mais l’intégration suppose l’appropriation des outils d’une société, des outils de communication, des outils de compréhension. Kim le prof. de français continue à parler le français comme elle écrivait, comme on écrivait dans les livres jusqu’au temps où quelques ami lui dirent : « Mais tu parles comme un livre ! » ; alors elle a changé à un parler moins châtié et avec plus de fautes ; elle s’est avancée dans son intégration.

Le jeune héros dans La barque n’a pas eu ce souci car son parler était approprié à l’âge et aux conditions de l’histoire. Ses problèmes à lui furent sa petite taille normale pour sa race, un nom difficile à articuler, et son apparence.  Protégé à la maison, ces différences se découvrent à l’école

C’est toujours à l’école qu’on apprend pour la première fois, que l’on est différent (par exemple je me suis rendu compte qu’avoir treize ans et mesurer un mètre trente-huit ce n’était pas tout fait normal ici. J’ai pris un an maintenant, mais pas un centimètre.)

Si je veux me faire des potes, faudrait que je change de nom. Je sais pas moi, un truc comme Marcel, André, bref, un truc local, qui se retienne facilement….Changer de nom…Mais mon nez sera toujours aussi plat, mes yeux toujours à moitié fermés, et ma voix gardera toujours la trace de ma vie d’ « avant ».

« Différent » n’est pas une constatation de fait mais un jugement d’infériorité, une déclaration de marginalité ; donc par charité ou sensibilité, on veut soulager le fardeau du nouveau venu.

Les profs passent leur temps à me parler comme à un demeuré… Je vois bien qu’ils pensent qu’il faut être gentil avec moi. Alors ils me parlent lentement, tout doucement. Ils ne m’engueulent jamais.

Les élèves sont moins sensibles mais plus curieux. Ils demandent des questions.

Moi ça me gave toutes ces questions. Je me suis dis : « Mon vieux, surtout, va falloir être à la hauteur. Ne pas se laisser aller. Eux, là, qui te regardent comme si t’avais quatre yeux et un orteil à la place du nez, ben tu vas les mettre dans ta poche. Ils vont t’adorer, et comme ça, ils te poseront plus de questions. Stratégie mon gars, stra-té-gie.» J’ai élaboré un tas de plans d’attaque : 1…, 2…, 3…

Après l’intégration sociale, c’est à dire se faire accepter, il doit réussir académi-quement, ce qui n’est pas trop difficile, vu qu’il a été dans un collège français et obtenait des félicitations en fin de trimestres. Le jeune réfugié se montre poli et travailleur et s’est fait des copains. Mais des fois, il se sentit en transition, entre les deux cultures.

Un pied ici, et l’autre encore là-bas.

Le problème qui suit est l’identité. Le nouveau veut-il rester un étranger, ou devenir un individu marginal ou se transformer en un membre « en entier » comme un vrai natif ? Il semble que la plus part trouve plus facile de rejeter son identité originale pour mieux embrasser une nouvelle personnalité. Kim Lefèvre n’a pas gardé contact avec les compatriotes pour une vingtaine d’années. L’héroïne de Linda Lê se trouvait gênée qu’un compatriote l’approchait et lui parlait dans la langue du pays. L’adolescent dans La barque a adopté un point de vue différent.

L’identité

Le jeune collégien reste discrètement attaché aux traditions familiales. D’abord en donnant des scènes de vie de famille, la fête des morts, les repas. Il raconta avec un petit air moqueur affectionné, un comique d’exagération et une image où s’entre-mêlent gestes, couleurs, sons et odeurs.

Toujours énervée grand-mère ce jour-là, limite insupportable. Elle met trois heures à se préparer : maquillage, tenue de grands jours, bijoux de famille, et le faux chignon. Très important le faux chignon …

C’est magique la cuisine de grand-mère, de l’art, vraiment, et les mains qui s’agitent dans tous les sens, les couteaux qui dansent à toute allure. Le feu, le bruit de la viande qui crépite, de l’eau qui bout, et toute cette fumée qui sort de partout. L’odeur du riz…

L’odeur, Les bougies. Les fruits sur la table, par milliers. Jaune, rouge, vert, des montagnes de couleurs.

L’attachement se traduit aussi en sentiment qu’il nous le dit franchement : l’affection pour la grande famille et spécialement pour la grand-mère, quand elle est triste. D’une réunion de famille, le petit raconte

Ce jour-là, on était plus nombreux que d’habitude. Le cousin de papa était là. Tous les deux, ils ont grandi ensemble…Je l’aime bien le cousin de papa. J’aime bien quand il y a tout le monde. Sauf quand l’air est trop lourd.

Depuis qu’on est parti, l’air est trop lourd.

Les photos, voilées par la fumée. Grand-mère est triste. Alors moi, j’ai de la peine, même si je n’ai jamais connu grand-père. Il est là, sur cette photo. Il a l’air si sérieux. Et ses sourcils épais qui trônent sur son front. Mon père a les mêmes. Moi aussi.

C’est vrai que je suis maigrichon. Mais grand-père était comme ça aussi, il paraît. Mon père a suivi la tradition.

Un jour j’ai vu mon père pleurer.

Alors j’ai pleuré, j’ai pleuré sans m’arrêter. Je n’ai pas pleuré pour ce qui s’était passé, parce que je ne comprenais rien à tout çà. J’ai pleuré pour papa qui pleurait.

Le jeune collégien s’identifie physique-ment avec le grand-père et le père. Mais il n’a probablement reconnu qu’il a aussi adopté des expressions du père, expressions dont il s’est moqué au paravant.

Il (le père) n’arrêtait pas de me dire que c’était super, très très haut, avec une jolie vue, un ascenseur hypergrand et que ma chambre était la plus belle. Il en rajoutait trois tonnes, je le sentais bien, comme ces gens qui veulent vous vendre un vieux truc pourri en vous faisant croire que c’est la huitième merveille du monde…Enfin, bref, après l’histoire de la vue, de la chambre, de l’ascenseur, il m’a dit que ce serait plus petit que ce qu’on avait « avant ». (Mon père dit toujours « avant ». Ça m’énerve.)

Mais moi, je (le collégien) leur dis que j’aime le jour des morts. Je leur raconte comme c’était, avant. Chaque année c’était pareil. J’aimais bien quand c’était pareil comme ça.

…ma voix gardera toujours la trace de ma vie d’ « avant ».

On se prosterne devant chaque autel, trois fois devant le premier (au Bouddha), cinq fois devant le second (aux divinités terrestres), puis quatre fois devant le troisième (aux ancêtres)… Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Mon père l’a fait en même temps que moi, pour me montrer. L’année suivante, j’étais fier de le faire tout seul.

Le pays

En dehors, le jeune collégien se conduit le jour à l’école comme un adolescent natif. En fin de semaine et le soir, c’est le membre de famille qui suit les traditions. À ces deux rôles, s’ajoute un troisième : le héros lui-même qui se dédouble en un subconscient-moi et un moi-rêveur.

Le subconscient aime le pays :

Je n’arrive jamais à dire pourquoi j’aime quelque chose.

Il parle dans son sommeil. Justin le copain le lui dit.

J’ai rien compris, t’as baragouiné dans ta langue… T’as dit un truc du genre « muone di yai » ou j’sais pas quoi. Tu n’arrêtais pas de dire ça…

-  (Je veux rentrer) muốn đi về (Je veux rentrer)

- …Et, ça veut dire quoi ?

- Quelque chose.

- Tu ne veux pas me dire ?

Il veut garder son subconscient-moi pour lui-même.

Un autre jour, il a déclaré hautement qu’il ne veut plus parler vietnamien. Mais c’était dans une crise de mauvaise humeur pour un dimanche gâché. Cependant, ici encore, il a parlé en vietnamien. Le fait qu’il parle en vietnamien contredit le sens exprimé.

Parallèle à ce subconscient, le jeune collégien couve un rêve secret : le rêve du pays éloigné et le rêve d’un retour plus tard. Il faut une relecture pour relever les indications discrètes du rêve, de ces choses vues dans le sommeil, les yeux fermées et ouverts, signes que l’auteur a semés, çà et là, le long du texte.

Ce qui est bizarre, c’est que j’oublie presque tout, mais à côté de ça, j’ai des souvenirs qui restent collées à mon dernier neurone…Je devrais peut-être tout oublier, en fait. Pour tout retrouver, après, quand mes yeux seront moins lourds.

J’ai toujours rêvé d’y aller. Je rêvais de voir la baie. Mais c’était trop loin. Tout au nord…Je n’ai vu que des photos. (chap 2)

J’ai des absences, parfois en classe. Les yeux dans le vide. Les voix autour de moi s’assourdissent. Et je n’entends plus rien.

Je m’endors. Et je me vois, de là-haut. (chap 4)

Ton reflet, à la surface des eaux, et le bruit des rames, qui frappent en cadence. J’ai encore fait mon insomniaque.

Je vois ma chambre. Sur la porte , j’ai peint un joli paysage. Le jour, ça distrait. Mais j’ai peur quand la nuit vient, et que je me trouve seul, sans rien à faire sinon attendre que mes yeux se ferment, vite. Seul allongé dans mon lit. Une odeur, différente (odeur de l’océan durant le voyage en mer) Les yeux collés au plafond. Je les ferme. Et je revois tout. (Chap5)

J‘ouvre les yeux. J’ai réussi à dormir. (Chap7)

Je me souviens de tout. J’essaie de faire avec…Ce n’est pas encore de mon âge tout ça, alors est-ce qu’on pourrait m’expliquer pourquoi j’ai autant de trucs qui tapent dans ma tête ? (Chap 8)

J’ai fermé les yeux, vite. Le bruit des rames sur l’eau. (Chap 12)

Tu sais,…je continuerai à t’inventer.

Une seconde lecture plus attentive nous montre les signes de rêve –et d’absence- du jeune héros qui imagine son pays d’après les photos et les histoires racontées par la grand-mère et la famille du pays d’ « avant ». Et son rêve et projet secret de rentrer voir le pays un jour plus tard.

Le poème

Inséré ça et là, par fragments, entre les pièces de narration, est le poème que le héros adresse au pays. Il y a différents types du rêve dans les livres. La version biblique souvent montre la communication des événements dans le futur à l’homme élu : l’exemple est le rêve de sept vaches maigres mangeant sept vaches grasses. Le type philosophique raconte le rêve grandiose d’une vie longue avec des hauts et des bas ; à la fin quand le dormeur s’éveille, le pot de riz n’est pas encore cuit. Le vrai rêve en général est fragmenté, souvent il n’y a pas de logique et la suite des faits est achronologique. Dans le rêve littéraire, les faits se succèdent dans un apparence de hasard qui en fait est arrangé par le poète. Une lecture attentive découvre le fil qui lie les propos présentés.

Le poème dans La barque évoque l’immensité de l’eau et la multitude des coquillages lors de la fuite par mer, l’idée de mort dans l’âme du réfugié représentée par le cercueil, l’image des ravages de la guerre a travers des enfants vêtus de blanc, couleur de deuil en Orient, la voix comme l’appel du pays ou l’âme et la conscience d’un peuple, le grand nombre de barques qui attestent l’étendue des vagues d’émigration mais aussi représentent les générations qui se succèdent. Enfin, le jeune héros tend ses bras comme pour rejoindre les ancêtres. Les générations passées marquent la dimension temporelle tandis que la promesse de l’adolescent de revenir souligne la dimension géogra-phique.

La pluie qui tombe, et le bruit des rames sur la surface de l’eau, lisse et cassée par les gouttes. Tout seul.

Le soleil, jaune et rouge, derrières les grands coquillages. Et après, je serais tout là-haut, et je prendrais la baie dans mon regard.

Le bruit de l’eau, et le soleil, jaune et rouge.

Je m’endors. Et je me vois, de là-haut. Je me vois, au milieu de l’eau, cette grande étendue d’eau. Je te vois, de là-haut. L’ombre des coquillages sur l’eau.

Personne, à part toi et moi. Ma main touche l’eau, et je sens ton odeur. Je ferme les yeux, et j’essaye de voir, de l’autre côté. Tu ne me livres jamais tes secrets, mais je les découvrirai tous, un jour.

J’ouvre les yeux. J’ai réussi à dormir.

J’aperçois une forme dans la brume. Une autre barque. Grande, longiligne. Une tenture en son milieu, qui abrite un cercueil, sombre, et magnifiquement sculpté. Derrière, deux enfants, vêtus de blanc. Leurs visages sont doux, et leurs yeux grand ouverts. J’y vois ton reflet. Les bruits des rames sur l’eau. J’entends une voix qui chante, elle vient de là-bas. La voix est belle. Elle traverse la brume, et parvient jusqu’à moi, fragile parfois, ailleurs murmurée, là où le silence effleure. D’autres barques. Des fleurs sur l’eau. L’escorte est nombreuse, elle m’impressionne. Des hommes et des femmes, richement vêtus, debout sur des barques. Les bras posés l’un sur l’autre sous leurs larges manches. Les corps sont immobiles, les visages sont beaux, les yeux portent loin. Tu vois, ils sont venus jusqu’à toi. Ils passent, lentement, portés par la voix qui continue à chanter, et qui se mêle au vent léger. Ils s’éloignent maintenant. De plus en plus. Je tends mon bras, et ma main s’ouvre.

Je te regarde, une dernière fois, puis, je ferme les yeux. Je vois ton image, mais maintenant c’est l’image que j’ai gardée, je l’emporte avec moi. Je vais bientôt rentrer, et je veux emporter mon image avec moi.

Le bruit des rames. Et ton parfum, que je n’ai pas oublié.

L’image de soi : culture universelle

Nous avons dit que le jeune héros fut reconnu modèle d’intégration (La barque a reçu le prix de citoyenneté). L’initiation commencée ici se continuera dans Pigeons : mode d’emploi. Ses attaches aux traditions familiales sont fortes. Le poème a attesté ses racines spirituelles. Il n’est pas « perdu » entre les deux cultures : il est aisé dans n’importe laquelle des deux. Car l’auteur est plus que bi-culturel : il est l’homme de la culture universelle, le modèle humaniste de la Renaissance.

L’adolescent est un lettré qui aime étaler des gros mots

-À ce que je vois, Aristide n’ a pas le monopole de sa névrose.

-Le quoi ?

-Le monopole.

-Vous vous roulez vraiment dans la complaisance.

-Complai…quoi ??

-Complaisance. Ça veut dire que vous vous roulez dans la merde, que vous trouvez ça déguelasse, mais que vous continuez.

-Y en a marre de tes mots que personne ne comprend.

-Oui ben toi, t’es culturophobique.

Et il fait le point de rechercher la racine des mots dans le dictionnaire ou dans l’encyclopédie

J’ai fouillé dans mon dictionnaire, et j’ai vu que polymorphe, ça vient du grec polus qui veut dire « plusieurs », et de morphê qui veut dire « forme ».

« Phobie », ça vient du grec phobos qui veut dire « crainte »

Il se plongea dans la mythologie, goût Renaissance et fit un rêve sur le royaume des Enfers, avec Cerbère, Hadès et finit par le supplice de Prométhée

Prométhée se fait bouffer le foie par un aigle chaque jour. Tout ça parce qu’il avait piqué le feu pour le donner aux hommes.

Il se réjouit aussi des citations ou des allusions célèbres.

C’est à l’école que l’on apprend, pour la première fois, que l’on est différent.

Résonance avec ce que le petit arabe Momo adopté par la juive Rosa dit : « pendant longtemps, je n’ai pas su que j’étais arabe parce que personne ne m’insultait. On me l’a seulement appris à l’école ». (La Vie devant soi, par Emile Ajar, autre nom de plume de Romain Gary, prix Goncourt 1975)

Les vies, je crois, ne prennent sens que si elles sont regardées.

Cela résonne comme un enseignement socratique : une vie sans examen ne vaut pas être vécue.

Ce goût de lettré pour le dictionnaire et l’encyclopédie, il a hérité de son père qui souligne en jaune fluorescent des verses des Pléiade et de sa mère qui passe son temps le nez enfoui dans (les) bouquins (de Sigmund Freud).

Il développe le goût de la psychanalyse. Il raconte le rêve des funérailles de la grand-mère. Tout le monde lui disait :

« C’est toi Adrien ? Tu sais, ta grand-mère n’arrêtait pas de parler de toi. » Sigmund dirait sûrement que ce passage de mon rêve révèle mon narcissisme profond. Peut-être que oui. Ou peut-être que non.

Il a une autre idée grandiose : changer son nom Adrien en Hadrien,

C’était un empereur romain, genre César, mais en beaucoup plus intelligent, je trouve.

Étant un seizièmiste, l’auteur aime, par conséquent, la Renaissance et adopter les goûts du siècle. Sa thèse de doctorat se porte sur les systèmes et les genres du 16è siècle. Il a publié une pièce sur les Odes de Ronsard. On peut se demander si c’était son père qui dans la vie réelle lui donne le goût du seizième siècle, ou c’était lui, qui dans le livre, faisait lire à son père les Pléiade. Enfin, pour la thèse de la sœur d’Honorine, il lui donne un sujet encore du 16e siècle : Les conjonctions de coordination en français, du XVIe au XVIIe siècle.

En résumé, l’auteur projette son image d’humaniste et spécialiste de la Renais-sance à un jeune de 13 ans et le fait «différent » de ses pairs.

La culture et la diversité

Quelle est la conclusion qu’on peut faire à la fin de cet exposé ? L’auteur a su maîtriser les deux cultures vietnamienne et française par un mélange de talent, d’enthousiasme, de culture universelle, de fierté et d’extrême confiance en lui-même. Il transmet cette faculté de balancer des cultures au jeune héros qui apparaît trop mature pour son âge. Aux âmes bien nés, plaidera l’auteur, la valeur n’attend point le nombre des années.

Il serait aussi intéressant de comparer son attitude à celle de quelques autres auteurs.

Kim Lefèvre s’est aussi réconciliée avec les deux cultures vietnamienne et française. Mais cela lui vient avec la sagesse acquise au cours des années, lentement, progressivement, en se basant sur des fonds plus stables.

Linda Lê a choisi d’être au-dessus des cultures. Elle ne se sent ni diminuée ni augmentée par le fait qu’elle a vécu dans deux cultures car elle ne se sent liée à ou dépendante de ni l’une ni l’autre. Elle reste ainsi complètement libre, sans attaches et va son chemin propre à elle-même.

Sep2003



Tóm-tắt Bài này trình-bày một số vấn-đề trong cuốn La barque và Pigeons: vấn-đề hội-nhập đa-diện phức-tạp vào môi-trường mới, ảnh-hưởng sâu-mạnh cuả truyền-thống gia-đình, tình quê-hương đậm-đà, tính-tình cá-nhân và sự lưạ-chọn khác biệt giưã ba tác-giả Kim Lefèvre, Linda Lê và Trần quốc Trung.

Summary This article discusses several subjects in La barque et Pigeons : the problem of integration, multifaceted and complex; strong influence of familial traditions; love and nostalgia for homeland, individual personality and different choices made by three authors: Kim Lefèvre, Linda Lê and Trần quốc Trung.