Les classifications littéraires sont souvent approximatives ; les périodes quelque floues et les genres parfois mixtes ; un auteur peut passer d’un genre à l’autre et changer de style d’un œuvre à l’autre. Les historiens choisissent des dates exactes ou des œuvres types pour simplifier la classification et l’établissement des repères nécessaires. Nous avons cité le cas de Les amours d’un vieux peintre de Kỳ Đồng. Nous plaçons l’œuvre dans la littérature francophone du Viet-Nam car l’auteur était Vietnamien dont la place de résidence fut assignée aux Iles Marquises. L’œuvre fut aussi réclamée par la Société des Océanistes comme production locale sur une histoire sur place. Et nous avons tous raison : un œuvre peut avoir une double identité ou nationalité.
Considérons l’émigré Chateaubriand parcourant la Louisiane et écrivant Atala. Ou Bernadin de Saint-Pierre décrivant l’amour de Paul et Virginie à l’Ile de France (maintenant l’île Maurice dans l’océan Indien) de ses souvenirs après un séjour de dans l’île. Ces œuvres sont reconnus généralement comme français à cause de la nationalité de leurs auteurs. Mais ils peuvent être aussi classés dans la catégorie de littératures d’outre-mer ou d’Amérique ou des territoires océaniques.
L’auteur de Manon Lescaut, l’abbé Prévost a écrit sur le royaume du Tonkin ; Nguyễn Mạnh Tường a rapporté aussi l’Annam dans la littérature française : Jules Boissière. Ces auteurs parlaient du Viet-Nam comme une terre étrangère, sujet intéressant à faire connaître aux Français : ces œuvres font partie de la littérature du voyage de France. Marguerite Duras et Camus ont écrit des sujets portant sur leur pays de naissance, mais ils les décrivaient sous l’angle de vue des Français parlant des affaires dans les terres conquises : leurs œuvres semblent appartenir à la littérature coloniale française.
Nous présentons ainsi notre façon de classification. Elle n’a pas d’autorité et ne relève que de notre subjectivité. Elle sert à introduire Calomnies, œuvre de Linda Lê, que nous plaçons dans la littérature francophone du Việt-Nam. Cependant, une traduction en anglais au Nebraska a mis l’œuvre comme dans la catégorie écrits des femmes d’Europe. Nous reportons ce fait sans contestation. Nous reportons aussi que dans son interview avec Lire (avril 99) et rapporté dans magazine Văn , (30, juin 99) Linda Lê a pris du temps pour parler de son enfance au Viet-Nam, ses racines et ses malheurs au pays.
Nous allons présenter quelques remarques sur cet œuvre et des techniques littéraires employées par l’auteur.
1- Monologue intérieur
Le monologue intérieur a été employé par les romanciers entre les deux Guerres: il s’agit de laisser le personnage exposer inconsciemment le processus psychologique qui a traversé son esprit, ou bien dans le passé quand il s’agit des souvenirs, ou bien dans le présent, suggérant ainsi une rationalité particulière opérant d’une façon logique pour lui, mais pas nécessairement logique ou compréhensible pour l’entou-rage. Il est différent du monologue du théâtre quand l’acteur donne un discours long dont le public peut suivre cependant la logique commune. Il est aussi différent du monologue narratif quand le personnage raconte les faits avec des raisons qui sont logiques au lecteur.
Le monologue intérieur prétend exposer la personnalité particulière du personnage en montrant sa logique intime qui dépend de la nature, du tempérament, des expé-riences, de la formation intellectuelle et sentimentale du personnage. Et pardessus tout, de sa sensibilité personnelle. Cette logique peut être inintelligible au public en général mais elle réelle pour le personnage. Celui-ci explore son état d’âme, son « moi » profond et explique en toute sincérité dans son monologue intérieur, comment il voit et sent le monde autour de lui et comment il réagit à ce monde.
L’héroïne de Calomnies a pu ainsi démontrer franchement son aversion pour le « compatriote », ses soupçons, ses idées que nous dirons quelque peu paranoïdes. Elle avait voulu oublier le Pays et ses gens et voilà l’un d’eux l’approcha.
L’homme au chien est venu frapper à ma porte. Il a frappé trois coups, a attendu un moment, puis il est redescendu. J’entends à travers la porte, le halètement du chien. Il y a quelques semaines, l’homme au chien m’avait abordé alors que je lisais dans un jardin assise sur un banc. Je lui avais répondu avec brusquerie. Depuis lors, il me poursuit. Je le croise le matin ; le soir, quand je sors, je le trouve devant la porte de l’immeuble, il tient en laisse son grand chien noir. J’ai peur. Je pense qu’un jour le chien jettera sur moi et plantera ses crocs dans mon cou…Je ne sais plus si j’ai peur du chien ou de son maître. Ils rôdent. J’ai l’impression qu’ils cherchent à me dire quelque chose, mais ils ne le feront pas…Petit à petit, l’homme au chien a aboli la distance qui me sépare de lui. Les premiers jours, il rôdait dans ma rue, puis il attendait en face de mon immeuble, il ne faisait jamais un geste dans ma direction. Maintenant, il vient frapper à ma porte. Il sait que je n’ouvrirai pas.
Ricin…a senti le regard que l’homme au chien fait peser sur nous quand il nous croise, mais il considère ce regard insistant comme la manifestation d’une curiosité somme toute normale d’un homme de mon pays pour moi. (II, 14-5)
Dans un autre monologue, l’oncle peut exposer ses sentiments pas très bienveillants envers la nièce et la famille
J’étais seul et tranquille. Seul au monde, content de l’être, et tranquille. Il a fallu que la pécore vienne me harceler. Me rappeler que j’ai une famille. Que cette famille m’a ouvert les portes de l’asile. Qu’elle m’y a fourré, dans cet asile en Corrèze. La bonne blague ! Ils ont dû se taper les cuisses en pensant au bon tour qu’ils m’avaient joué.
Quinze ans que nous sommes perdus de vue. J’avais tout bonnement oublié son existence. Les nièces finissent toujours par se rappeler à vous. Gamines, elles vous montrent leurs cuisses nues et leur dent de travers, elles laissent dans leur sillage une odeur de vice mal éclos. Quand elles sont en âge de séduire, elles vous oublient, mais à la première crise, elles viennent vous demander de légitimer leur existence. Elles font appel à l’oncle comme une diva fait appel à son plus vieil admirateur. (I, 10-11)
En choisissant la technique du monologue, Linda Lê a laissé ses personnages nous présenter eux-mêmes les choses qui se passent à travers leur tête -et leur cœur- au lieu de l’auteur omnipotent qui explique tous les faits en détails pour nous. L’avancement de la psychologie et surtout de la psychanalyse a permis le dévelop-pement plus sophistiqué du monologue intérieur ; il introduit un accent de sincérité de la part des héros et exige du lecteur de l’effort pour un jugement éduqué.
2- Récit à points de vue
Si le monologue offre un accent de sincérité en exposant la rationalité personnelle du personnage, il a aussi diminué la largeur de vue. Au lieu de l’auteur omnipotent qui décrit et explique le tout, avec le monologue, le lecteur voit seulement selon la vision du personnage, plus détaillée mais aussi plus rétrécie. On peut faire la comparaison avec l’apparence d’un forêt vu de haut, par avion, versus la vue détaillée et plus limitée d’un homme qui entre le forêt par un petit sentier ouvrant sur un côté.
Dans Calomnies, l’auteur développe deux monologues, celui de l’héroïne et celui de l’oncle. Le lecteur est donc présenté avec des points de vue différents sur un sujet. Il peut trouver les vues confirmer une histoire ou l’une expliquer l’autre ou l’une corriger l’autre.
Au début, nous avons cité la rencontre de l’homme au chien avec l’héroïne. (II, 14-5) Au chapitre suivant, ce fut le tour de l’oncle qui donne des détails sur cette rencontre première
Ce jour là, peu de temps avant qu’elle m’écrive, elle était assise sur un banc, un livre à la main. Un homme s’approcha. Elle ne l’avait pas entendu. Il se tenait debout, derrière elle. Il lui parla. Elle tressaillit. Pour la première fois, elle se retrouvait dans le rôle de l’espionnée. Cela suffit à provoquer sa rage. Ce qui l’irritait plus encore, c’était que l’inconnu s’était adressé à elle dans sa langue natale. Elle détestait par-dessus tout que des compatriotes, sous prétexte qu’ils se trouvaient par hasard sur la même terre étrangère qu’elle, l’abordent. (III, 20)
Ainsi, le monologue de l’oncle donne un autre point de vue de la rencontre : il confirme la rencontre ; il ajoute que l’homme était un compatriote ce qui irritait l’héroïne plus encore parce qu’elle ne voulait garder contact avec les gens du pays natal.
En d’autres places, l’héroïne présente l’opinion de Ricin sur son projet de trouver le père biologique :
Rassemble les pièces du dossier, dit Ricin. Ne fonce pas tête baissée à la recherche du père. Tu ne feras que déposer le fantôme que tu trimballes sur ton dos pour te charger d’un autre fantôme. A quoi cela t’avancera-t-il d’aller à la poursuite d’un autre père. (IV, 22)
L’oncle donne un autre point de vue qui confirme l’opinion de Ricin ; ou même dévoile le motif secret, intime de la nièce
Elle croyait aimer son père, elle ne faisait que se raconter l’amour porté à une illusion qui avait le nom de père. Avec le temps, elle s’en était lassée, elle commençait à ressentir le besoin d’un nouvel excitant. Et voilà que sa mère lui procure un autre père à habiller…Le règne d’Illusion Ier a pris fin, commence celui d’Illusion II. (IX, 45)
3- Conversation
Le monologue d’ordinaire peut être monotone. Au théâtre, les gestes et le déplacement de l’acteur permettent de le suivre avec intérêt. Dans Calomnies, l’auteur multiplie les possibilités de conversation. Au lieu du compte rendu avec des citations indirectes, les personnages continuent à reporter les conversations en citations directes.
Madamère disait redouter sa violence. Madamère parle encore de lui comme d’un individu dangereux, d’un criminel, d’un homme qui a toujours voulu à sa vie à elle. (IV, 23)Exemples de citations indirectes dans les compte-rendus :
Exemples de citations directes qui introduisent une conversation vraie : Ta mère a dit, L’unique témoin de la belle histoire est ton oncle, le Toqué, le Taré, Celui qui a été pendant dix ans pensionnaire d’un asile en Corrèze …Celui qui détient la vérité de cette histoire est fou.
Madamère a dit : Souviens-toi, ton oncle avait l’esprit dérangé. Au Pays, il venait souvent chez nous. Il restait assis toute la journée dans un fauteuil à fixer le mur blanc…(Il était le témoin de toutes ses incartades. Il restait assis, il tendait l’oreille et il savait tout).
L’auteur a aussi intercalé les deux monologues, les chapitres impairs sont de l’oncle, les pairs de la nièce. Cette techniquedonne aussi l’impression de conversation entre la nièce qui cherche et l’oncle qui tient l’histoire.
L’oncle parle du contact de la nièce ( Les nièces finissent toujours par se rappeler à vous, chap. 1), la nièce explique son rencontre (Il y a quelques semaines, l’homme au chien m’avait abordé, Chap.2), l’oncle clarifie l’action de l’homme-compatriote et le résultat, (Voilà comment l’idée lui est venue de s’adresser à moi. Chap 3), la nièce affirme que l’oncle possède la réponse (Madamère redoutait sa vigilance. Il était le témoin de toutes ses incartades. Chap 4) L’oncle n’est pas tendre à la nièce ni à son projet (Le fil qui me relie à elle, je l’ai cassé il y a quinze ans, Chap 5). Mais la nièce plaide car le projet a reçu l’approbation et l’encouragement du Conseiller (le Conseiller dit, C’est une proposition honnête. Chap 6) Il semble au lecteur de voir les deux personnages converser presque face-à-face à travers leur monologue.
4- Morcellement de l’histoire
La mode des histoires policières est devenue commune dans les romans. L’auteur souvent réserve quelques données pour garder la surprise finale. Ou bien, plusieurs histoires sont intercalées ou enchevêtrées, morceaux ici, fragments là, ce qui exige du lecteur une attention continue et un effort synthétique actif. Et le morcellement est compliqué par l’inversion de l’ordre chronologique des événements.
Essayons de retrouver l’histoire chronologique de l’héroïne reportée d’une façon morcelée dans le livre.
Retrouvons son histoire avant sa naissance même. Son grand-père était fou et était tenu en cage jusqu’à sa mort (Chap IV, 24) Son oncle fut envoyé à l’asile (Chap 1, 11) Sa mère avait une affaire de plusieurs mois « l’amant de quelques mois et l’Amour de (sa) vie ». (Chap.IV, 22) Il était « un homme de goût, plein de fierté, de courage » ; l’oncle ajouta, « il battit en retraite dès qu’il se sentit menacé d’être père. Il dit, Je ne peux savoir si cet enfant est le mien ou celui de votre mari, de mon ennemi " (Chap.IX, 46-7)
À la naissance : Madamère lui dit de son père : « Il savait que tu n’étais pas sa fille. Il a fait semblant de t’aimer parce que tu te cramponnais à lui. Il a fait semblant. Au fond de lui-même, il n’a vu qu’en toi une bâtarde. Pourquoi crois-tu qu’il a attendu dix jours avant d’aller déclarer ta naissance ? Pendant ces dix jours, il aurait pu t’étouffer sous un oreiller- tu n’étais rien, même pas archivée, même pas étiquetée. Mais il n’a pas eu le courage. Alors, il est allé déclarer la naissance de la bâtarde. (Chap XI, 53)
Petite, « elle était toujours à suivre son père, qui lui servait de guide, de compagnon de jeux, de garde-fou ». Elle était maigre, les cheveux rares avec des reflets roux. (Chap 1, 12) Elle prenait parti du père contre la famille. « Toute son enfance, elle l’a vu seul, sans ami, sans parents, sans une famille qui puisse le protéger. Toute son enfance, elle s’est rangée du côté de son père contre le clan de sa mère.» (Chap XI, 53) Ce père est « un fils de paysan, cet inculte qui ignorait le français, ce rêveur qui ne faisait que dessiner et peindre.»(Chap XI, 53)
« À cette époque, elle ressemblait à une sauvageonne aux cuisses maigres et aux cheveux mal coiffés, qui ne quittait pas son père d’une semelle. On imaginait en les voyant que son père l’amenait où il voulait, en vérité, c’était elle qui lui servait de guide.» (Chap XIII, 64)
« Gamines, elles vous montrent leurs cuisses nues et leur dent de travers, elle laissent dans leur sillage une odeur de vice mal éclos.» (Chap 1, 11)
« Elle aimait venir se frotter à moi, me poser des questions, s’asseoir sur mes genoux. Sa mère lui interdisait de …parler (à moi) Après le départ de sa mère...elle venait s’asseoir à mes pieds et attendait que je me penche, que je la soulève pour l’asseoir sur mes genoux ». Puis, vint l’épisode un peu plus graphique. « sa poitrine se gonflait, j’avais l’impression que les coutures allaient se déchirer. Mon regard était captivé par les perles qui pendaient au bout de la dentelle blanche. Je tendis la main, saisis une de ces perles- je l’arrachai. La perle se détacha de la dentelle et roula à terre… J’arrachai tous les autres qui tombèrent. Elle regardait ma main, elle ne bougeait pas. Je sentais sur mes cuisses les muscles de ses jambes se raidir…Sa mère nous sauva…Peu après cet épisode, qui resta un secret entre elle et moi, la famille m’embarque dans un avion. Je quittai le Pays pour être enfermé dans cet asile en Corrèze. (Chap V, 28-9) La nièce avait dix ou douze ans (Chap I, 11)
Ils (les membres du clan de la mère) décrétèrent qu’il fallait séparer le père de la fille ; le vieux devait rester au Pays. La fille avait son avenir devant elle, il lui fallait une terre où s’épanouir ». (Chap X1, 53-4)
« Elle est arrivée dans ce pays quelques années plus tard…(Chap IV, 23) Elle s’est faite écrivain... Elle est métèque écrivant en français (Chap I, 11)
Sa mère lui informa que son père réel est un étranger. « Ta mère a peut-être dit de la vérité mais c’est la vérité d’une femme amoureuse… » (Chap IV, 21)
Elle se recherche, cherche le père véritable, en demandant à l’oncle fou (Chap 3, 17-9) et en se confiant au Conseiller (Chap VI, 31) et à son amoureux Ricin (Chap IV, 21)
Ainsi, l’histoire de l’héroïne nous est présentée « morcelée », petit à petit, un détail par-ci, un autre par-là, avec des corrections et des ajouts au long des monologues, sans suivre la chronologie régulière naturelle.
5- Le dédoublement psychanalytique
Nous avons déjà mentionné l’influence psychanalytique qui va de pair avec le monologue intérieur. L’héroïne semble tiraillée tout le temps, et sa vie est marquée, par des formules binaires et par le dédoublement de la personnalité. Elle a deux pays : le Pays de l’enfance et la France. Elle cherche à oublier le Pays et sa langue ; elle applique à s’exprimer –et à écrire— en français. Elle a deux pères : l’ancien et légal ; le nouveau et biologique. Chaque père a deux côtés. L’ancien père était un héros pour elle et un raté pour le clan de la mère. Le nouveau père était un homme de goût et militaire qui donne l’ordre aux massacres entre deux pièces de musique ou deux poèmes. La nièce elle-même était une combinaison de contradiction. Elle voulait oublier la famille, la langue, les compatriotes mais elle recherche l’oncle pour écouter l’histoire de « ses pères ». Elle dit vouloir se consacrer à l’écriture, comme l’oncle voué à la folie. « Fuir la vie, renoncer à ses sensations. N’être plus qu’un petit corps desséché au service de la fertile écriture » Mais « un homme passe et la voilà prête à abandonner la grande oeuvre pour recevoir la petite monnaie de l’amour ». (p.176) Elle « n’est pas dans son assiette » n’importe où.
Comme dans la petite chanson :
Je suis un étranger ici,
Je suis un étranger partout
Je rentrerai bientôt à la maison, mais
Je suis un étranger là-bas.
L’auteur présente des poses reversées. La nièce portait le remords d’avoir abandonné son père, elle « se retrouve maintenant dans la pose de l’abandonnée » (p.34). L’oncle parlait la langue du pays, dans l’asile, il devait apprendre le français pour survivre. (p.12) « Je me suis lancé dans ce défrichement de la culture…,la culture à tout prix, histoire de me faire une tête solide » (p.10) La nièce par contre, a obtenu quelque succès dans sa vocation d’écrivain et rejette la langue du pays. « En ce qui la concerne, elle, le français est devenue sa seule langue, son outil, son arme » (p.12) La lecture lui aide à dormir le soir « un sédatif de premier ordre, la culture ». Elle produisit, l’oncle consomme. La famille envoie l’oncle à l’asile ; elle quitte sa famille, espérant échapper à la famille et à la folie héréditaire. (p.12). Le Conseiller, qui aidait l’héroïne, a besoin lui-même de l’aide professionnelle, faute de quoi, il commet le suicide.(p.144)
6- Lecture à points de vue
Nous avons parlé de récits à points de-vue. Le lecteur vietnamien a pu voir que, comme plusieurs auteurs vietnamiens avant elle, Linda Lê n’a pas manqué de donner des signes subtils sur l’héritage vietnamien dans son livre. Ils ne sont pas nombreux mais bien détectables pour les Vietnamiens. Madamère est la traduction directe de bà mẹ, face de singe ou mặt khỉ . Il y a aussi des allusions comme les hommes en noir ont chassé l’Etranger- ils sont les nouveaux pères du Pays (p.173); ou encore ces hommes en noir gradés qui ne circulaient pas dans les voitures avec chauffeur mais traversaient la ville, juchés sur leurs bicyclette rouillée (p.58) ou elle est métèque écrivant en français (p.12).
Le lecteur en général réalise que les deux points de vue présentés appartiennent à des individus très particuliers. Un réside dans un asile de malade mental, autrement dit, la récit d’un fou. L’autre est une jeune femme avec des obsessions : le fantôme du père- ou l’illusion des pères- ; elle cherche l’aide d’un conseiller qui, lui, a ses problèmes personnels et qui se donnera la mort ; autrement l’histoire d’une personne un peu dérangée ! C’est au lecteur de décider de croire lequel des deux et sur quel sujet. Le lecteur lui-même finit l’histoire selon son état d’âme ou son bon sens au moment de lecture.
L’écriture de Linda Lê n’est pas facile à suivre. Elle demande une participation active de la part du lecteur à cause des techniques mentionnées au-dessus. C’est pourquoi la traduction de Voix en vietnamien a donné cours à une controverse, acclamations et critiques venant des quartiers différents.
Tóm-tắt
Trong cuốn Calomnies, Linda Lê dùng thể văn độc-thoại để cho nhân-vật tự kể, tự phân-tách và phô-bầy những ý-nghĩ thầm-kín. Lại dùng hai bản độc-thoai xen-kẽ bên nhau để trình-bày các sự-việc dưới hai nhãn-quan khác nhau; đồng-thời tạo nên phần nào cảm-tưởng là có cuộc đối-thoại giữa hai nhân-vật. Câu chuyện được cắt quãng rồi nối tiếp lại nhiều lần, không theo thứ-tự dòng thời-gian, vận-dụng chuyện kể-lể hay hồi-tưởng khiến cho độc-giả phải theo dõi để mà tái-tạo lại các mẩu chuyện trình-bày tản-mãn chỗ này nơi nọ. Tác-giả thích dùng hiện-tượng phân-tâm hay phân-tính: nhiều nhân-vật có hai bộ-mặt, hay thay đổi ngôi-vị, hoàn-cảnh ngược lại.
Văn Linda Lê còn chứa vài chi-tiết chỉ cho người đọc tinh-ý nhận ra gốc-gác Việt-Nam của tác-giả. Văn không dễ đọc, do đó, một bản dịch mói đây của tác-phẩm khác, Voix, đã được đón-tiếp với các lời bình-phẩm trái-ngược, khen-chê thị-phi.
Summary
In Calomnies, the author uses various literary techniques. The interior monologue allows the personage to expose himself and to express his deepest feelings. By using two monologues, the author presents different views on the same event, at times confirming, at times explaining or more, correcting anterior accounts of the event. The story is told in a piece-meal way and not in chronological order, requiring therefore an active interpretation and reconstruction by the reader. The author also favors the techniques of double personality and role reversal.
Subtle signs indicate the authors Vietnamese heritage. Overall, Linda Lê Subtle signs indicate the author’s Vietnamese heritage. Overall, Linda Lê’ s writing is not easy to read and a recent tranlastion of Voix has been received with strong opposite critics.