Conclusion
Bảo Dziên

Menant des activités hautement professionnelles et brassant un budget annuel considérable de l’ordre de 7,3 milliards de dollars américains (Woods, 2000), les ONG sont devenues des partenaires incontournables des pouvoirs publics dans le domaine du développement, notamment dans des pays pauvres. Or ces derniers ont souvent un régime plus ou moins totalitaire et des hypothèses qui imputent la pauvreté au totalitarisme pratiqué dans ces pays ne sont pas sans fondements. Ainsi, les ONG de dévelop-pement doivent avoir des relations bien ambiguës avec les gouvernements de ces pays. Elles sont certainement bien accueillies pour l’argent qu’elles apportent, mais d’un autre côté, leur priorité principale, la démocratisation du pays, les rend douteuses aux yeux de ces derniers.

En effet, les pays totalitaires sont par définition anti-démocratiques, comment peuvent-ils laisser les ONG intervenir dans ces pays ? Car les principes d’intervention de ces dernières visent justement l’em-powerment, la participation, la défense des droits de la personne, la prise de contrôle par la population de son propre dévelop-pement, bref, la démocratisation d’un pays. Par ailleurs, les gouvernements totalitaires se soucient plus de leurs propres intérêts que de ceux de la population et sont prêts à mettre à la porte les ONG qu’ils jugent dangereuses pour leur exercice de pouvoir, malgré l’assistance bénéfique de ces dernières à la population. Dans cette perspective, dans les pays totalitaires, les ONG auraient sans doute à accepter de faire des compromis pour pouvoir, malgré tout, atteindre les populations défavorisées. Ces compromis sont justifiables comme étant un mal nécessaire sans lequel les ONG n’auraient pas l’autorisation d’entrer en contact avec la population locale, ni l’opportunité de la conscientiser à de nouvelles pratiques de démocratie, de défense de droits et d’empowerment, des notions qu’ignore une grande majorité de la population de ces pays, qui a longtemps vécu opprimée par un régime autoritaire. Or, c’est justement l’absence de ces pratiques, et par conséquent d’opportunités de se défendre, qui empêche la population de ces pays de sortir de son état de pauvreté.

D’autre part, il est évident que les ONG ne sont pas des acteurs nouveaux, mais "ce qui est nouveau, c’est l’impact véritable-ment mondial des activités des ONG ainsi que la création de réseaux (grâce, entre autres, aux nouvelles technologies de communication et d’Internet) qui relaient leurs messages bien au-delà des cercles des seuls initiés" (Brouillard, 2002). Ainsi, de nos jours, avec la globalisation favorisée par les moyens technologiques avancés, le fait de se mettre en réseaux permettra aux ONG de se renforcer et devenir un mouvement social mondial, capable de transformer la face du monde et de créer "une société mondiale, démocratique et solidaire". De plus, pour s’opposer à la mondialisation de l’économie qui cause des effets pervers sur les plans social, humain et environnemental, les ONG cherchent à mettre en place la globalisation de la solidarité pour défendre les causes des problèmes qui atteignent maintenant l’échelle mondiale, tels que l’annulation de la dette des pays pauvres, la lutte pour la démocratisation, etc. En novembre 1999, à Seattle, l’appel des ONG à manifester contre la "marchandisation du monde" a regroupé plus de 100 000 personnes. Cet exemple, entre autres, nous donne l’espoir qu’une société civile mondiale est sans doute en train de se former, et que les gouvernements totalitaires ne pourront plus y résister.

Références bibliographiques

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