Introduction
La pauvreté reste un problème extrêmement préoccupant, malgré tous les progrès technologiques accomplis au siècle dernier et une amélioration progressive des indices moyens du bien-être social. Elle s’aggrave dans de nombreuses régions du monde, voire dans les pays industrialisés. Aussi la lutte contre la pauvreté est-elle devenue incontournable dans un processus de développement d’un pays et a-t-elle suscité l’intérêt de la communauté internationale.
Dans les pays pauvres du Sud, la stratégie de développement a connu une évolution constante au fur et à mesure que la complexité du processus de développe-ment apparaissait plus clairement. D’une conception d’un retard à rattraper dans les années 50 et 60, les acteurs qui œuvrent dans le développement, que ce soit des organisa-tions gouvernementales ou non gouverne-mentales, internationales ou locales, multi-latérales ou bilatérales, semblent converger, de nos jours, vers la conception d’une lutte coordonnée et multidimensionnelle contre la pauvreté. En effet, la pauvreté écono-mique, qui était leur cible principale, ne semble plus être la seule à combattre. Ils veulent maintenant parvenir à un développement durable, en prenant soin de promouvoir et défendre les droits humains fondamentaux, le respect de l’environ-nement et la réduction des inégalités à l’échelle nationale et mondiale.
Il est certain que les pauvres ont besoin d’une assistance
pour se relever. Or, parmi les acteurs externes, il apparaît que les acteurs
privés et non gouvernementaux sont les plus prompts à leur apporter de l’aide
et ont le plus d’initiatives quant aux modes d’intervention. En ce qui
concerne ces derniers, l’
1. Le rôle des ONG dans l’aide étrangère
D’après des spécialistes participant à un colloque organisé par la fondation Liberté Sans Frontières en 1985 pour défendre la liberté dans le tiers-monde et remettre en question le tiers-mondisme, les pays du Sud n’avaient pas besoin de l’aide internationale pour se développer (Bauer, 1986). L’aide dont on parle ici est l’aide officielle au développement, c’est-à-dire le transfert de l’argent des contribuables des pays du Nord à des gouvernements des pays du Sud. Cette aide peut se faire soit directement, soit par l’intermédiaire d’organisations interna-tionales.
En effet, d’une part, on constate que dans le Sud, des pays, ainsi que des communautés ou des centaines de millions d’individus, ont pu accéder à la prospérité sans avoir reçu aucune aide ni aucun don de l’étranger, et ce, avant même que l’aide étrangère officielle n’ait été imaginée. C’est dire que le développement économique repose sur plusieurs facteurs tant économiques, politiques, que sociaux, culturels et humains et par conséquent, il dépend pour une large part des comportements des individus comme des gouvernements (Bauer, 1986).
De plus, l’aide étrangère constitue des ressources non négligeables aux pays récipiendaires qui sont, par nature, pauvres. Cette aide est destinée, certes, à la population de ces pays mais elle est transférée par l’intermédiaire du gouvernement. La disposition de davantage de ressources fortifie ainsi la puissance des gouvernements qui, dans les pays pauvres, sont souvent autoritaires, et qui pensent plutôt à défendre leur pouvoir qu’à veiller au bien-être de la population. Ainsi, on peut dire que l’aide financière extérieure versée au gouvernement ne contribue pas ou très peu au développement d’un pays. Qui pis est, elle pourrait causer des effets pervers, notamment dans un pays ayant un régime autoritaire, que connaissent la quasi-totalité des pays pauvres. En effet, dans un tel pays, elle permet au gouvernement de maintenir ou consolider son pouvoir absolu, et de la maîtriser au détriment de la population, qui, de surcroît, lui a servi de prétexte pour recevoir de l’aide.
D’où il faut penser à d’autres formes d’assistance, ainsi qu’à d’autres acteurs, lesquels pourraient favoriser la prise en charge par la population de son propre destin. Or, les organisations non gouvernementales (ONG) ont été identifiées comme « de nouveaux acteurs [qui] sont apparus en force depuis plus de 10 ans pour tenter d’élaborer de nouvelles règles du jeu basées sur un peu plus de justice et de solidarité » (Brouillard, 2002 : 1).
En effet, les ONG sont définies comme des organismes de coopération internationale autonomes et privés, sans but lucratif, adoptant une approche professionnelle dans leur travail. Elles mènent des actions dans divers domaines du social en vue du développement. C’est pourquoi des auteurs les appellent aussi ONG de développement (ONGD), pour les distinguer des ONG d’urgence ou d’assistance ponctuelle. Elles visent donc à défendre les droits et renforcer la capacité des partenaires au Sud, notamment celle des groupes les plus défavorisés de la population. Novatrices et contestataires à la réalité sociale dominante, elles œuvrent en vue du changement des structures génératrices de pauvreté. D’autre part, elles sont soucieuses de rendre les bénéficiaires conscients de leurs problèmes et de les faire participer à la résolution de ces derniers. Les ONG veulent donc appuyer des mouvements sociaux et contribuer à la conscientisation des populations (Centre Tricontinental, 1998). De plus, la promotion de l’économie sociale et la protection de l’environnement s’inscrivent désormais prioritairement dans leurs programmes. Elles visent donc un développement durable des populations locales, au point de vue économique comme social. Enfin, comme elles assument des objectifs socialement légitimes, leur capacité à servir de contre-poids au pouvoir de l’État est indéniable (Gordon, 1998).