Bref, après plus d’un demi-siècle d’action, des conceptions erronées en coopération internationale au dévelop-pement ont mené à des politiques désastreuses que les pays du Nord, par bonne volonté, ont imposé aux peuples du Sud. La première cause en était sans doute le manque d’écoute pour connaître les perspectives d’avenir, les priorités, les besoins en assistance ainsi que la situation socio-culturelle des peuples du Sud : « La coopération au développement varie d’un pays donateur à l’autre, d’un bénéficiaire à l’autre, d’une époque à une autre. Mais le respect du partenaire, de sa population, des cultures, de la créativité, de la connaissance du pays partenaire sont autant d’éléments qui doivent toujours être privilégiés » (Plan de politique de la coopération internationale de la Belgique). D’autre part, pour réduire la pauvreté, il ne s’agit pas d’orienter les ressources vers les secteurs pauvres de la population, mais il faut que les autres volets de la politique économique n’exercent pas des effets négatifs sur les pauvres comme c’est le cas durant les périodes d’ajustement structurel (Arellano-Lopez & Petras, 1994).
Vu le fossé qui se creuse de plus en plus entre pays riches et pays pauvres, la solidarité internationale s’avère plus indispensable que jamais. Ce n’est pas la volonté et l’argent qui manquent, certains pays riches respectent encore leur promesse de réserver 0,7 % de leur produit national brut à la coopération au développement (Plan de politique de la coopération internationale de la Belgique), mais c’est la qualité de la coopération qui doit être repensée. De nouveaux concepts ont été avancés mais il ne faut pas qu’ils deviennent lettre morte. Et l’erreur d’appliquer le modèle de développement que les pays du
Nord pensent être le plus approprié aux sociétés du Sud ne doit plus se répéter. Comme la pauvreté est multidimensionnelle et que la culture varie d’un peuple à l’autre, la coopération au développement ne peut que soutenir chaque peuple dans ses propres démarches de développement, qui sont conformes à sa culture et à ses réalités.
Par ailleurs, sans la volonté des populations locales à prendre en main leur propre développement, la coopération internationale sera du pur gaspillage. Dans son discours adressé aux étudiants vietnamiens lors de sa visite à Hanoi le 17 novembre dernier, le Président américain Bill Clinton s’est exprimé en ces termes: "Si vous voulez continuer à ouvrir vos portes pour établir des relations avec d’autres pays, vous seuls pouvez décider d’ouvrir le marché, d’ouvrir la société et de consolider un État de droit. Vous seuls pouvez décider de quelle manière tisser les droits de la liberté individuelle et les droits de la personne dans la toile solide de l’identité nationale du Vietnam" (Journal Vien Dong du 23 novembre 2000, citation traduite par mes soins).
Bref, avec le changement des visions des populations et des réalités du monde, la coopération Nord-Sud a évolué dans ses visions aussi bien que dans ses pratiques pour mieux contribuer au développement des peuples du Sud. Cependant ces dernières ont toujours de nouvelles voies à explorer puisque le développement est synonyme de changement. D’autre part, après l’effondre-ment de tant de modèles que l’on croyait pouvoir se reproduire (Touraine, 1993), il serait sans doute plus sage de ne pas vouloir modéliser et réduire ainsi la diversité des situations et des hommes à un schéma simplificateur selon une vision subjective et loin d’être exhaustive.
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