Les tendances actuelles de l’aide internationale au développement
Bảo Dziên



Comme d’une part, les conséquences néfastes de l’aide étrangère au développement des pays du Sud sont imputées au néo-libéralisme et que de l’autre, l’incapacité du socialisme à proposer un modèle de développement valable a été prouvée par son effondrement, la notion de développement ainsi que celle de l’aide internationale au développement ont été remises en question par bon nombre d’économistes, experts et chercheurs.

En fait, dès les années 60-70, des économistes ont déjà mis en garde contre l’économisme du modèle de développement fordiste et se sont orientés vers la recherche d’un développement économique qui soit plus humain, où l’économie doit occuper la place qui lui revient, un instrument de développement et non une fin en soi. Après avoir été témoins de l’effondrement de tant d’idéologies et de modèles durant le vingtième siècle, de nos jours, des chercheurs "avancent plutôt l’idée d’une pluralité des modèles de développement à travers le monde et d’une pluridimen-sionnalité du développement, dévelop-pement qui n’a de sens qu’en combinant l’économique, le social et l’environne-mental" (Favreau, 2000).

3.1. Une coopération solidaire, équitable et décentralisée…

Dans ce contexte, la coopération internationale au développement doit être convertie "en instrument politique servant à l’interdépendance des peuples et à la construction solidaire d’un destin commun" (Corsino, 1994 , dans Centre Tricontinental, 1998: 44). Elle vise donc la solidarité internationale et l’échange équitable entre les peuples du Nord et ceux du Sud. Par ailleurs, c’est une coopération décentralisée qui laisse à chaque localité la responsabilité de son développement pour qu’il soit réalisé par "la société civile, capable d’exercer les contrôles nécessaires pour limiter la corruption, revendiquer et développer la bonne gestion des affaires publiques basée sur une démocratie représentative de la base" (Rapport du séminaire). La "gouvernance locale" est donc privilégiée et les protagonistes de la coopération internationale, désormais, sont les sociétés civiles et non plus les gouvernements ou les États.

Ce sont donc des individus et des groupes locaux qui identifient leurs problèmes, qui les traduisent en objectifs de développement et qui les résolvent en conformité avec leurs visions, leurs valeurs et leurs pratiques. À cet effet, la coopération doit prendre en compte leur empowerment (Lamoureux, 1998) pour qu’ils soient conscients de leurs droits et connaissent des formes d’organisations démocratiques. Ce qui leur permet de participer aux actions, de se doter de moyens d’influence et d’avoir plus de possibilités d’accéder aux ressources et institutions, car : "Un développement effectif signifie (donc) un pouvoir populaire, c’est-à-dire la possibilité pour le peuple de déterminer et d’être l’artisan de son propre destin économique" (Encarnacion, 1994 : 116).

3.2. …sur la base d’une économie populaire et locale…

Ainsi, pour leur décollage économique, la participation des populations locales dans des micro-projets, semble correspondre mieux que leur intégration au marché mondial. En effet, des chercheurs ont justifié que ni les théories libérales, ni les théories marxistes n’ont réussi à déclencher le développement car elles ignoraient justement le premier développement, le tissu économique populaire et local, sans lequel le développement à une autre échelle est impossible (Favreau, 2000). Cette économie populaire - que sont les systèmes locaux d’échanges : marchés urbains élémentaires, petites boutiques d’artisans, micro-crédit, micro-entreprises, etc. - est en train de prouver sa pertinence et son efficacité à faire décoller des communautés et régions des sociétés du Sud : "Avec la crise du socialisme réel et de l’État-providence, l’économie sociale revient à l’ordre du jour comme une approche qui nous invite à repenser les rapports entre l’économique et le social à l’échelle de la société et non plus à l’échelle d’une entreprise ou d’une organisation prise individuellement" (Levesque et Mendell 1999: 106).

L’économie populaire crée ainsi de nouveaux espaces assez favorables aux initiatives de la coopération internationale au développement, en particulier aux ONG. En effet, celles-ci sont devenues des lieux privilégiés de pratiques de développement communautaire et d’économie sociale. Elles interviennent surtout dans "ce qu’il est convenu d’appeler le community developp-ment (ou micro-développement)". Cette intervention soutient des micro-projets au sein des communautés locales qui désirent avoir de meilleures conditions de vie en ce qui concerne le logement, la santé, l’éducation et l’emploi. Mais ces ONG s’occupent également de la défense des droits sociaux des couches populaires les plus défavorisées, paysans dans les campagnes ou habitants des bidonvilles. Des comités de quartier sont ainsi mis sur pied pour s’auto-organiser et défendre leurs droits en ce qui concerne des questions vitales telles que l’accès à l’eau, à l’électricité, aux services sanitaires, aux centres sportifs, d’alphabétisation et d’éducation, etc. Bref, elles mettent en œuvre des démarches de développement économique et social, local et intégré (Favreau, 1997).

3.3. …en vue d’un développement durable.

Mais c’est aussi un développement durable des peuples que la coopération doit viser, ce développement durable qui a été défini par la FAO comme "la gestion des ressources naturelles et l’orientation des changements techniques et institutionnels de manière à assurer ou à maintenir la satisfaction des besoins humains pour les générations actuelles et futures" (cité par Corsino, 1994 : 41). Ainsi, l’environnement devient un facteur important dans tout processus de développement et les choix économiques doivent en tenir compte : "le productivisme qui, par imitation ou sous la pression de la dette, s’est diffusé sur toute la planète, a saturé notre écosystème et prodigieusement raccourci le temps disponible pour l’adaptation aux dérèglements que nous provoquons nous-mêmes" ( Lipietz, 1989 : 65).

Mais quand on parle d’environnement, l’écologie n’est pas le seul facteur concerné. L’aménagement du territoire en constitue aussi un autre aspect tout aussi important. En effet, "quels que soient le pays et la situation économique, on constate (donc) une urbanisation accélérée, souvent anarchique, qui va de pair avec une certaine désertification de la campagne" (Malherbe, 2000 : 258). La formation des grandes concentrations urbaines n’est donc pas encouragée car non seulement la vie y devient insupportable mais l’économie d’échelle liée à la grande taille ne peut plus être recherchée quand le grossissement des villes arrive au point où des surcoûts d’infrastructures sont exigés.

Cet équilibre entre villes et campagnes doit être également respecté dans les programmes de lutte contre la pauvreté qui devient l’objectif principal du dévelop-pement durable. En effet, si la coopération accorde une priorité au développement rural pour empêcher l’exode vers les villes, elle s’intéresse aussi aux différentes formes de pauvreté qui se développent dans les villes: violence, mendicité, prostitution, crimi-nalité, chômage de masse, enfants des rues, etc. D’autre part, la coopération au dévelop-pement durable travaille également à soutenir cet équilibre dans les relations entre les hommes et les femmes pour éviter à ces dernières toutes sortes d’injustices que leur condition leur a fait subir: violence, esclavage, discrimination, etc.

Par ailleurs, un développement durable consiste à prévenir plutôt que de guérir. Ainsi, l’enjeu de la coopération au développement se trouve dans la prévention des catastrophes naturelles, des problèmes sociaux et la limitation de leur impact. Celle-ci consiste à lutter contre la déforestation, à maintenir sous contrôle le changement climatique, à construire des habitations de manière durable pour ne pas avoir à « parachuter de l’aide alimentaire » ou à « construire des habitations de fortune » (Plan politique pour la coopération internationale de la Belgique). Mais il s’agit aussi de prévenir les conflits, sociaux, ethniques, aussi bien que politiques ou religieux. En vue de ce but, la coopération doit contribuer au renforcement des sociétés et à la démocratisation des peuples du Sud ainsi que faire respecter la diversité de leurs langues et de leurs particularités culturelles, voire la valoriser, la promouvoir dans un échange de richesses culturelles mondiales.