De l'influence des médias dans la guerre du Việt Nam
Nguyễn Ngọc Quỳ

C'est devenu presqu'un lieu commun de reconnaỵtre l'influence considérable des médias pendant la guerre du Việt Nam. Si la presse communiste appuie sa propagande en faveur du Nord et donne de la guerre un éclairage partial et déformé, cela ne surprend personne. L'étonnement vient du fait que les médias occidentaux dont la majorité est loin d'être communiste, emboỵtent le pas à leurs confrères communistes déclarés et déforment sans scrupules, durant des années, des faits et des chiffres.

Etudier et décrire les phénomènes dans l'ensemble du monde est une vaste entreprise, sans nul doute d'un grand intérêt didactique, académique et éthique, qui nécessiterait une ou plusieurs thèses. Je me contenterais, avec quelques exemples types frappants, de pratiquer une opération de mise en bouche.

Lénine enseigne qu'une contre-vérité non démentie finit par emporter l'adhésion. Les réussites léninistes s'appuient donc, en grande partie, sur des mensonges systématiques: diffusion des images manipulées, fabrication de toutes pièces des crimes attribués à l'ennemi, dissimulation des objectifs inavouables. Le monde communiste a ainsi acquis une avance méthodologique considérable en matière de propagande.

Goebbel, ministre de la propagande de Hitler, donne ses titres de noblesse à cette pratique par une organisation scientifique de la propagande nazie. "Plus gros est le mensonge, mieux ça prend". C'est, avec la violence, le socle sur lequel reposent les régimes totalitaires. Ils contrôlent, sans complexe, tous les moyens d'information, que ce soit sous Lénine ou Hitler, Staline ou Mao, Kim ou Castro, Hồ ou ses disciples actuels.

Pendant la guerre du Việt Nam, les autorités militaires américaines imbues de leur supériorité en démocratie, fournissent généreusement des facilités de transport au front à tous les correspondants de guerre accrédités, tout comme leurs homologues sud-viêtnamiens, jouant la carte honorable de la transparence et de la démocratie. Les articles et les images ne sont soumis à aucune censure. La liberté de la presse si bien respectée conduit rapidement à la catastrophe, non seulement au Sud-Việt Nam, mais également dans les pays dits démocratiques dans le sens occidental du terme.

Le Sud Việt Nam est donc présenté au reste du monde comme un pays vivant sous un régime militariste imbuvable, gangrené par la corruption, traitant des prisonniers comme au temps des sauvages (scandale dit des "cages de tigre"), manipulant des élections présidentielles à candidature unique. L'armée nationale est incapable. Le taux de désertion est élevé. Les opérations sérieuses sont laissées au soin des troupes américaines.

Le principal allié est traité d'impérialiste, et il ne peut pas en être autrement. Dans ce combat entre la puissance américaine et un petit pays tel que le Nord Việt Nam, il est naturel et chevaleresque de prendre parti pour David contre Goliath. Comment ne pas citer cette journaliste hollandaise Dieudonnee Ten Bergen, en poste au Cambodge, qui a l'honnêteté de plaiderses erreurs de jugement dans un film documentaire "La chute de Phnom Penh" réalisé en commun avec J. J. Cazaux, correspondant de l'AFP au Cambodge? Voici ce qu"elle dit:

"...Issue de la génération de 68, j'ai manifesté à Amsterdam, à Paris, à Londres contre la guerre au Việt Nam, contre les Américains et pour Hồ Chí Minh (Hô, Hô, Hô Chi Minh). Mais, arrivée sur le terrain, ce que je vois ne correspond pas du tout à ce que je croyais, à ce que les gens de ma génération en Europe croyaient... Tout ce qui ne correspond pas à mes croyances, je ne le vois pas... La guerre du Việt Nam, c'est l'événement médiatique du siècle, la première guerre en direct. C'est la lutte entre le Bien et le Mal. Le Bien, c'est le Nord Việt Nam; le Mal, c'est l'impérialisme américain... Nous avons vu très peu ce qui se passe en zone communiste. Le Nord Viêt Nam est complètement fermé... J'ai en tête l'image d'un peuple qui monte à la guerre en bicyclette contre les B52. Ce que nous pouvons voir, ce sont des tableaux soigneusement contrôlés tels que la visite de Jane Fonda, par exemple; mais, sur le moment, nous n'en sommes pas conscients... C"est géniale la façon des Viêtnamiens de traiter les journalistes capturés; ces derniers sont bichonnés de telle façon que lorsqu'ils sont relâchés, ils sont devenus des adeptes... La phrase terrible de la confession de Dieudonnee Ten Bergen corroborre absolument avec le témoignage de Sydney Shanberg, correspondant du New York Times:" Quand je relate dans mes articles ce que je vois, le rédacteur en chef me fait savoir que cela ne peut pas être la vérité...Quand nous lisons dans les publications occidentales que "la presse est tenue pour rsponsable du retrait des Etats Unis du Việt Nam et du Cambodge, nous en sommes très fiers..."

Voila une description typique du correspondant de guerre envoyé au Việt Nam ou au Cambodge, dans un document rare où la journaliste se remet en question plus de 20 ans après, avec quelques confrères, dans une autocritique émouvante.

En France, "Le Monde"

Le parti pris idéaliste de la génération de 68 pour le faible, s'il n'est pas toujours excusable, est facile à comprendre. Mais cette motivation, somme toute romantique, se retrouve rarement à l'origine du comportement des dirigeants de médias, souvent d'une autre génération.

Tout le monde connaỵt, en France et à l'étranger, Le Monde. Bien peu savent que ce "journal de référence" créé à la sortie de la deuxième guerre mondiale par Hubert Beuve-Méry, doit sa naissance au Général De Gaulle. Celui-ci est sans doute l'un des premiers hommes d'Etat occidentaux à comprendre l"importance des médias; c'est ainsi qu'il fait donner à Beuve-Méry les moyens de créer Le Monde. De temps en temps, raconte l'amiral Philippe de Gaulle dans le livre "De Gaulle, mon père" écrit dernièrement par Michel Tauriac, mon père convoque Beuve-Méry et lui demande: "Qu'avez-vous écrit pour nous? -"Mon Général, répond Beuve-Méry, si on écrit pour vous, on ne peut pas vendre !"

Le Monde a été, pendant toute la guerre du Viêt Nam, un fervent défenseur de la cause du Nord Viêt nam; Dans les années 60, un de mes amis, Lê Doãn Kim, promoteur de la neutralisation de tout le Viêt Nam comme solution pacifique pour mettre fin à la guerre, a été reçu par le comité de direction du Monde. Jean Lacouture lui dit:"Votre projet nous est sympathique. Mais, ici, nous avons opté pour une ligne de conduite, et nous ne changerons pas."

D'où tous les articles parus dans Le Monde toujours favorables à Hô chi Minh et à sa ligne belliqueuse qualifiée de résistance, quitte à faire croire à la jeunesse estudiantine que la guerre du Viêt Nam résulte d'une agression américaine contre le Nord-Viêt Nam. Cette fable a la vie tellement dure que lors du 30ème anniversaire des Accords (de Paix) de Paris signés en 1973, un colloque international est organisé en janvier à Paris par le Centre d'histoire d'Europe du 20ème siècle et l'Association Diplomatie et Stratégie; personne ne souffle mot de la responsabilité du déclenchement de la guerre par Hô Chi Minh et son Parti Communiste Viêtnamien, ce dès janvier 1959, par la Résolution 15 longtemps gardée secrète. A cette date, il y a zéro homme de troupe américain au Sud-Viêt Nam.

La partialité de Le Monde continue longtemps après la chute de Sàigòn en avril 1975,

 chute saluée par le journal avec allégresse; dans des articles dithyrambiques fêtant la naissance d'un "paradis socialiste". C'est précisément cette perspective paradisiaque qui a attiré TTL., jeune docteur en mathématique, rentré avec famille et bagages au pays pour apporter sa contribution à la reconstruction. Peu d'années après, ses amis sont surpris de le revoir à Paris, après un périlleux périple de boat people. Comme explication, il reconnaỵt qu'il a été "intoxiqué" par Le Monde. Si TTL est guéri, Le Monde continue à être porteur de germes.

Le 5 mai 1995, le journal publie, sous la plume de J.C. Pomonti, une longue intervieww de Võ Văn Kiệt, alors premier ministre du Viêt Nam, auteur du fameux décret 31/CP autorisant la mise en résidence surveillée pendant 2 ans, sans explication, de tout individu pouvant représenter "une menace pour le régime communiste".

L'article porte un titre "Ceux qui prétendent se battre pour les droits de l'homme le font sous le drapeau de Sàigon" et un chapeau "Alors que le Viêt Nam vient de commémorer le 30 avril, le vingtième anniversaire de la chute de Sàigòn, le premier ministre confirme l'ambition de son pays..." Dans la dernière partie de l'interview, Võ Văn Kiệt déclare:"... Ceux qui prétendent se battre pour la liberté religieuse ou les droits de l'homme le font sous le drapeau rayé jaune et or de l'ancien régime de Sàigon, drapeau qui a été le symbole de l'oppression, qui flottait sur le toit de prison ou était peint sur les avions qui bombardaient nos populations. J'ai un conseil à l'intention de ces gens-là: s'ils abandonne ce drapeau, leur voix sera peut-être davantage entendue. En brandissant ce drapeau, ils sabotent les causes pour lesquelles ils prétendent se battre".

Je prends ma plus belle plume et j'écris au directeur du journal, Jean-Marie Colombani. 

Voici la lettre, datée du 7 mai 1995:

"Monsieur le Directeur,

Que la France invite aux cérémonies du 50ème anniversaire de la victoire des alliés sur le nazisme le général Lê Đức Anh, Président du Comité d'Etat viêtnamien, état stalinien durissimo s'il en est, cela crée un malaise bien compréhensible parmi tous les démocrates.

Que Le Monde qui se veut "journal de référence" publie sous la plume de Monsieur J.C. Pomonti les propos fallacieux de M. Võ Văn Kiệt, Premier Ministre du Việt Nam communiste, et surtout son inqualifiable conseil à tous ceux qui luttent pour défendre les droits de l'homme au Việt Nam, cela laisse rêveur sur la qualité de la référence.

Comment ne pas s'indigner de la tribune que vous offrez encore de nos hours, cinq ans après la chute du mur de Berlin, à ce "mensonge stratégique" à propos du drapeau national de l'ex Etat du Sud-Việt Nam, ce Việt Nam du Sud que des centaines de tanks nordistes arborant le drapeau rouge sang frappé de l'étoile jaune sont venus envahir en toute impunité en ce mois d'avril 1975, malgré les Accords de Paix signés en 1973 à Paris? Ces tanks qui tirent impitoyablement sur les populations civiles du Sud fuyant, sans défense et sans drapeau, ces tanks qui tuent des dizaines de milliers de fuyarts innocents après la débandade suivant la chute de Ban Mê Thuột, ces drapeaux rouge sang qui flottent sur des milliers de camps dits de ré-éducation, en réalité, des camps de concentration (Colonel Bùi Tín, nordiste, dixit, dans l'émission de France Culture du 10 avril dernier) de type nazi, M. Kiệt servi par M. Pomonti n'en parle guère, par pudeur cynique ou par omission stratégique?

A qui M. Kiêt servi par M. Pomonti veut-il faire croire qu'il suffit de ne plus brandir le drapeau du Sud-Việt Nam pour que la liberté religieuse et les droits de l'homme soient respectés par ce régime de fascisme rouge?

Un peu de respect pour vos lecteurs, S.V.P.

Docteur Nguyễn Ngọc Quỳ

P.S.- Si vous faites publier cette lettre, tous ceux de vos lecteurs qui croient en la démocratie et la justice vous donneront acte."

Au fond, Võ Văn Kiệt ne croyait pas si bien dire. La communauté viêtnamienne aux Etats Unis arrive à faire reconnaỵtre, depuis le début de 2003, dans une trentaine de villes américaines, comme leur symbole, le drapeau nationaliste rayé de trois bandes rouges sur fond or qu'elle brandit vigoureusement dans toutes les manifestations de protestation contre les violations des droits de l'homme et contre les persécutions religieuses au Việt Nam.

Le cas de Le Monde, journal prestigieux dans le monde de l'intelligentsia française et internationale, est parfaitement représentatif en Europe.

Aux Etats Unis, Symposium en 1986 "Le Việt Nam et les médias"

Devant ces distortions volontaires et systématiques des informations par partialité idéologique, des chercheurs s'inquiètent et voudraient trouver remède par une réforme de la formation de journalistes. Les victimes des désinformations pendant la guerre du Việt Nam sont, à plus d'un titre, les combattants et les anciens combattants américains qui se regroupent dans l'association V.V.A.R. (VietNam Veterans for Academic Reform) fondée et présidée par Leonard Magruder, Professeur de Psychologie à l'Université Suffolk, New York.

En 1986, un symposium d'envergure nationale ayant pour thème "Le Việt Nam et les médias" est organisé par le docteur Theodore Kennedy, Professeur d'Anthropologie à l'Université d'Etat de New York à Stony Brook. Celui-ci fait appel au Professeur Leonard Magruder et lui demande d'en assumer la coordination sur le plan national. 

800 vétérans du Viêt Nam participent ainsi au symposium, avec 60 orateurs invités venant de tout le pays, composés de représentants de militaires, des médias, des pacifistes, du gouvernement et de l'Académie. Parmi les invités qui ont pris la parole, on trouve M. Bruce Hare, Prof. de Philosophie à l'Université de Stone Brook, M. Kenneth Steadman, Directeur de VFW, le Général William C. Westmoreland, Jan Scruggs du Mémorial des Vétérans du Viêt Nam, Leroi Jones (Baraka), activiste et poète, Florynce Kennedy, co-fondatrice de NOW, Alain Ginsburg, poète et activiste, le Sénateur Eugène McCarthy, David Horowitz, co-éditeur de Remparts, Hô Van Hung, ancien de l'Armée du Sud-Viêt Nam et William Gibbons, Division de la Défense Nationale.

Les médias sont anormalement sous-représentés. Au début, le Docteur Kennedy passe des heures à appeler au téléphone les personnalités représentatives des médias nationaux à New York, démontrant l'importance nationale du Symposium et l'utilité d'une couverture médiatique. Après l'échec de tels appels, M. Magruder écrit une lettre ouverte à Dan Rather, patron de CBS, passant en revue les prestations de CBS pendant la guerre, et l'invitant à participer à un débat au Symposium. Des copies de la lettre sont remises en main propre par des étudiants aux membres de la communauté des Médias newyorkais.

Voici la lettre (que je reproduis in extenso, tellement elle contient d'éléments significatifs):

Cher M. Rather,

Vous êtes certainement au courant du fait que de nombreuses enquêtes sociologiques ont montré que, durant les années 60, les réseaux de télévision avaient fortement orienté les reportages des événements du Viêt Nam, suivant la vision gauche/libérale des universités qui formaient les journalistes. La meilleure de ces études est "Les informations distordues" (The News Twisters) par Edith Efron, un livre que CBS essayait désespérément de faire disparaỵtre. Les données quantitatives dans cet ouvrage et d'autres études montrent que les chaỵnes désinforment copieusement, et même, mentent au peuple américain. Les reportages de CBS, ABC et NBC durant une longue période de 1968 révèlent un battage des voix anti-gouvernementales, unies dans un assaut contre la guerre.Ces trois chaỵnes ne permettent qu'à peu ou pas d'opinion de s'exprimer en faveur de la guerre alors que jusqu'en octobre 1969, la majorité des Américains, selon un sondage de l'Institut Lou Harris, était partisans d'une victoire militaire au Viêt Nam.

Les documents montrent également que les chaỵnes ne donnaient jamais l'occasion aux vues des néo-fascistes, aux tactiques de la Nouvelle Gauche et S.D.S. de se faire connaỵtre, les protégeant comme une partie d'un grand corps de la jeunesse "innocente" ou "idéaliste", et s'en servaient pour projeter une image d'une jeunesse en révolte contre la guerre, et, en général, aidaient activement à promouvoir leur version marxiste de la guerre. Les documents montrent comment, par le biais d'une sélection éditoriale, les vues de la gauche avaient virtuellement étranglé l"opinion sur la guerre. De fait, l'opinion des journalistes et l'opinion de l'ennemi constituaient la majorité de l'opinion plaidant pour un arrêt unilatéral des bombardements. Parmi les 37 déclarations en ce sens, un tiers provient de sources ennemies. Le sénateur Margaret Chase Smith dit: " La presse est devenue plus soucieuse de l'ennemi que de nos propres intérêts nationaux" (Congressional Record, 16 juin, 1971). Theodore White, l'auteur respecté de la série The Making of the President s'exprime ainsi: " Il y a une nouvelle avant-garde qui domine dans les directions de médias nationaux et qui agit au mépris de leurs compatriotes et de leurs traditions."

A l'occasion, dans le cas de la guerre du Việt Nam, l'Université et les médias agissent comme un gouvernement-fantôme non élu, certains qu'ils sont les seuls à savoir ce qui est le mieux pour la nation. Mais si la vision du monde qu'ils partagent est, en fait, plus proche dans leurs assertions philosophiques des totalitaristes que de la majorité judéo-chrétienne, le danger est évident: ils peuvent désinformer et mal orienter le pays. En conséquence, il y a de fortes craintes, à l'étranger comme dans le pays, qu'en cas d'une novelle crise, l'Université et les médias, s'ils ne sont pas réformés, peuvent de noveau se laisser manipuler par la propagande ennemie ou bien exploiter la crise dans le sens de leurs intérêts idéologiques opposés à l'intérêt national.

L'une des conséquences des plus significatives de la guerre du Việt Nam était la mise au grand jour d'un manque total d'objectivité et de respect pour la vérité dans les cercles d'intellectuels et de journalistes. La vérité est que les médias de tendance gauche libérale, informée dans leur analyse des événements du monde par un dogme lạque de morale appauvrie et contraire aux valeurs traditionnelles américaines, souhaitant voir Hànội gagner la guerre pour prouver que ces valeurs sont révolues, cachaient la vérité dans les informations dispensées au peuple américain tout au long de la guerre. En particulier, ils créaient une image de "désastre" de l'offensive du Tết (perpétrée 15 ans après dans "L'ennemi non dénombré" (The Uncounted - CBS) parce qu'elle servait des desseins idéologiques, même mise en face des bulletins de victoire provenant du front.  Le Président Ronald Reagan remarque: "Dans les circonstances de la 2ème guerre mondiale, CBS aurait été accusé de trahison."

La philosophie de vie qui permet un mépris aussi flagrant de la vérité sévit de façon rampante dans les cercles des médias newyorkais et dans le monde académique de la région Est. Theodore White écrit dans Newsweek: "Je considère la scission entre la pensée dominante actuelle de New York avec la perception de la réalité par Monsieur Tout le monde comme un fait politique dangereux et d'une grande importance".

Caroline Lewis, ancienne vice-présidente de l'Ecole de journalisme de Columbia avait certainement touché du doigt une partie du problème lorsqu'elle écrit récemment dans Washington Mensuel: "Le cursus de formation des journalistes manque tellement de substance intelletuelle que les étudiants peuvent passer tout le programme sans avoir à lire un seul livre".

Une autre partie du problème révélée dans deux études bien connues réalisées par l'Université de Columbia et l'Université George Washington montrent que les gens des médias, presque tous formés à l'Université et libéraux, "non seulement diffèrent profondément du public sur les conceptions morales mais mettent entre parenthèses la religion et cherchent à réformer la société selon leur point de vue". L'Institut de Recherche, dans sa célèbre étude sur l'importance de la religion sur le Législatif dit: "Un facteur important de l'ignorance nationale du facteur religieux par le Législatif... provient de notre presse nationale. Une caractéristique prédominante de l'élite des médias est leur vision lạque. Vraisemblablement, les journalistes et les commentateurs sont incapables de reconnaỵtre une influence religieuse quand ils la voient".

Il s'en suit qu'ils seraient aussi incapables de reconnaỵtre le vrai visage d'une idéologie telle que le communisme athée. Ce n'est pas par hasard que Howard K. Smith, célèbre présentateur de journaux à la télévision souligne dans les années 60 que les médias ne présentent pas d'image vraie du Việt Nam et que les journalistes sont spécialement nạfs à propos des intentions des communistes et de Hồ Chí Minh; La désinformation par les médias, dit-il, est massive et anti-américaine".

Les faits paraissent clairs. Les chaỵnes de télévision sont contrôlées par des gens qui méprisent la plupart des valeurs traditionnelles et qu'ils cherchent activement à imposer leur vue sur le reste des Etats Unis. Dans ce sens, ils servent comme bras de propagande des établissements académiques. En résumé, il semble que le terme "libéral" aujourd'hui signifie mal formé, désinformé et nạf. Pour les médias et le pouvoir qu'ils détiennent, se méprendre sur le sens des événements contemporains les transforme en une dangereuse force dans la société américaine, et clairement, il est nécessaire de clarifier sérieusement le problème.

J'espère que vous acceptez mon invitation pour vous joindre à moi afin de clarifier le problème au Symposium.

Bon courage.

Leonard Magruder

M. Rather ne répond pas à la lettre. Et après le Symposium, le communiqué de presse préparé par M. Magruder en résumant les résultats du Symposium est uniformément boycotté par les médias newyorkais.

Si je vous ai présenté dans son intégralité la lettre du Professeur Magruder mettant au défi le patron de CBS de venir débattre publiquement au Symposium des accusations de désinformations voire de mensonges de CBS (entre autes) pendant la guerre du Viêt Nam, c'est parce que le phénomène est quasi généralisé sur tout le territoire national américain et ne se cantonne pas à la côte Est. L'absence de réponse de Dan Rather et le boycott des médias newyorkais constituent, à mes yeux, une reconnaissance, en négatif, de leur comportement pendant la guerre.

Quittons le domaine des généralités pour aborder, dans cette dernière partie, un cas type concret, également étudié en profondeur lors de ce Symposium coordonné par Leonard Magruder et ayant pour titre: "Comment mentent les médias nationaux sur l'offensive du Tết? (Tết Mậu Thân, 1968) L'offensive du Tết, décrit par les médias libéraux de New York comme une défaite américaine, était, en fait, comme en conviennent le général Westmoreland et les historiens, une défaite presque désastreuse pour les Nord viêtnamiens. Non seulement, ils ont perdu la moitié des troupes engagées (90.000 hommes), le Việt Cộng fut virtuellement anéanti.

Contrairement à l'attente des dirigeants du Nord, la population du Sud ne fait pas un pas pour soutenir les envahisseurs. Tout au contraire, elle se cabre dans une résistance qui galvanise pour la première fois le gouvernement et le peuple, et les volontaires pour servir dans l'Armée de la République du Sud-Viêt Nam ont presque doublé.

Aux Etats Unis, il devient clair que par l'offensive du Tết, la guerre n'est plus juste une "guerre civile", que le Sud, clairement, ne souhaite pas vivre sous la férule communiste, et que l'aide américaine est la bienvenue; que les Nord-Viêtnamiens qui s'engageaient dans le "génocide" et "l'agression" avec le massacre massif à Huê et les tirs de rocquettes sur la population civile sans défense, mirent fin au mouvement "pacifiste". Ce fut le moment de vérité pour les gens des universités et des médias. Ils ont échoué au test. Le mensonge continuait avec une fureur nouvelle.

Les médias newyorkais trouvèrent une occasion de manipuler les informations afin d'imposer leur point de vue de la guerre sur le peuple américain. Délibérément, ils créèrent et soutinrent une image de "désastre", même contre les informations provenant du front qui contredirent cette image. Cette image fut sérieusement tenue en compte par les conseillers du Président Johnson, altéra totalement l'issue de la guerre juste au moment où la victoire parut possible. Les médias libéraux empêchèrent le gouvernement et le peuple américains d'avoir la possibilité de porter un jugement critique de leurs intérêts vitaux et de leur sécurité en temps de guerre.

La vraie raison du tragique changement de politique de Johnson après l'offensive du Tết fut connue dans la confidence du Président à Westmoreland, que poursuivre une guerre plus agressive devint politiquement impossible, "qu'il n'eut pas d'autre choix que de calmer les pacifistes pour les empêcher d'exiger brusquement un retrait ignoble des Américains" (America in Viet Nam, Levy, 1978). Phénomène des plus incroyables dans l'histoire de la guerre, il n'y a, pendant cette période, -merci aux médias-, aucune corrélation entre ce qui se passe en réalité au Viêt Nam avec ce qui se passe dans l'arrière-front dans le pays. La réponse à la victoire fut un désespoir. C'est ce que les médias appellent une "victoire psychologique" qu'ils créèrent de toutes pièces.

Et, pour leur honte éternelle, le mouvement pacifiste répondit à toutes allusions de succès des forces américaines pendant le Tết par la panique, craignant que leur propre pays pût gagner la guerre. Comme le dit George McGovern, candidat aux élections présidentielles à l'actuel et ancien Secrétaire d'Etat à la Marine James Webb: "Ce que vous n'arrivez pas à comprendre, c'est que je ne voudrais pas que nous gagnions cette guerre" (American Enterprise Mag, Mai/June 1997).

Le numéro Avril/Juin 1986 de The National Viêt Nam Veteran's review contenait en première page un article (avec photos) intitulé "Le professeur lance un appel pour une enquête parlementaire sur le traitement par les médias de la guerre du Việt Nam"; Pendant cette période, M. Magruder avait distribué une "Requête au Congrès" afin que la majorité du Congrès proposât une enquête parlementaire pour savoir comment une grande victoire américaine avait pu être rapportée au peuple américain comme une défaite. La requête était soutenue par 12 grandes organisations d'anciens du Viêt Nam et le Général Westmoreland, comme rapporté dans l'article du NVVR. Le Général, qui a déjà lancé un appel pour une commission d'enquête, affirme publiquement cette semaine: "Le projet du Professeur Magruder est d'une extrême importance et je soutiens ses efforts à 100%".

Des documents que le Professeur Magruder faisait parvenir au Congrès, des copies furent distribuées aux organisations médiatiques à la Maison de la Presse Nationale à Washington, mais nulle mention à ces documents ne paraissait jamais dans la presse écrite. Les médias ont toujours essayé de cacher l'accusation de mensonge à propos de l'offensive du Têt, mais dans les documents envoyés au Congrès par le Professeur Magruder figuraient des citations de 21 historiens et de commentateurs de renom;

J'espère avoir fourni au lecteur quelques éléments de base pour apprécier le rôle vicieux et néfaste de la presse nationale américaine pendant la guerre du Viêt Nam, en particulier, les chaỵnes de télévision d'envergure nationale.

Le 13-9-82, le Général Westmoreland attaque CBS devant les tribunaux, réclamant 120 millions de dollars de dommages. Le 10-10-84, la chaỵne ABC diffuse un reportage montrant une succession de généraux et de colonels venir témoigner devant le tribunal des mensonges de CBS.

Cette chaỵne, en fin de compte, est obligée de présenter des excuses au Général Westmoreland, ce qui anéantit la crédibilité de la chaỵne pour des décennies.

Pour les amis de vérités historiques, la lecture de ce bref "dossier américain" suffirait à convaincre de la perversion des médias pendant la guerre au Việt Nam, n'hésitant pas à désinformer voire d'aller jusqu'à la trahison pour empêcher les Etats Unis de gagner la guerre.

Je me dois de leur signaler l’attitude diamétralement opposée des autorités militaires américaines vis-à-vis des médias pendant les deux guerres irakiennes. Le Commandant en chef de Tempête du Désert, le Général Schwarzkoff, ancien conseiller du fameux général Sud-Vieät Nam Ngô Quang Tröôûng, sembla, de la guerre du Vieät Nam, avoir tiré la leçon, -très efficace, achetée à prix d’or- .

Pour le lecteur d'origine viêtnamienne, je ne saurais trop suggérer d'approfondir la question par la consultation des travaux du Symposium de la VVAR coordonné par le Professeur Leonard Magruder. Je signale l'excellente traduction en viêtnamien par Nguyễn Phượng Hoàng, phothong vietnamese community newspaper in Australia et parue dans Tạp Chí Cách Mạng..